DROITS-KENYA: Une ''réinsertion souple'' pour maintenir les prisonniersdans le droit chemin

NAIROBI, 18 juil (IPS) – Un appel a été lancé au Kenya en faveur d'initiatives visant à faciliter la réinsertion des prisonniers dans la société -ceci après l'annonce faite par le gouvernement, le 13 juillet, de libérer près de 8.000 détenus pour réduire le surpeuplement dans les prisons.

"Beaucoup d'éducation civique doit être dispensée pour informer le public que les gens qui vont en prison sont membres de notre société", a déclaré Samwel Mohochi, directeur par intérim de l'Unité indépendante médico-légale (IMLU). L'IMLU est une organisation non gouvernementale basée dans la capitale, Nairobi, qui est en train de recueillir des informations sur la torture dans les prisons. L'unité aide également des victimes de torture à se remettre de leurs expériences.

Les propos de Mohochi ont été repris en écho par un membre du personnel des relations publiques au département en charge des prisons.

"La communauté n'est toujours pas compréhensive envers les détenus. Au cas où ces gens n'arrivent pas à se réinsérer dans la communauté, ils commettent de (nouveaux) délits", a indiqué ce membre du personnel à IPS.

"Si ces gens étaient bien reçus dans la société, s'ils recevaient un accueil en douceur, peut-être qu'ils pourraient faire quelque chose de constructif de leurs vies".

Des statistiques officielles indiquent qu'il y a plus de 50.000 détenus dans les 92 prisons du pays, qui ne sont supposées abriter que 16.000.

"La plupart des installations carcérales remontent à la période coloniale, avec quelques-unes construites peu après l'indépendance au moment où la population du Kenya faisait moins de 10 millions d'habitants", a indiqué le vice-président Moody Awori dans la déclaration informant le public que 7.713 prisonniers allaient être libérés. Des statistiques des Nations Unies estiment actuellement la population du pays à environ 33 millions.

Le surpeuplement dans les prisons a été également attribué au nombre élevé d'affaires pendantes dans les tribunaux, avec quelque 60 pour cent des prisonniers en détention préventive, selon Mohochi.

Mais, alors que la police accuse les tribunaux d'être trop lents dans le jugement des détenus, le judiciaire accuse la police d'être trop zélée dans l'arrestation de petits malfaiteurs. Des autorités carcérales affirment que la plupart de ces prisons surpeuplées attendent un procès pour des délits mineurs.

Le gouvernement a précédemment annoncé des plans pour embaucher plus de magistrats afin de réduire les retards des tribunaux; mais un manque de financement a entravé ces initiatives.

Les nouvelles de la libération imminente ont provoqué des craintes d'un regain de criminalité, bien que le gouvernement ait assuré les citoyens que des mesures sont prises pour empêcher cela. Awori attire l'attention sur le 'Community Service Order' (Service d'ordre communautaire) : un arrêté de 1996 qui demande que la conduite des personnes libérées soit examinée régulièrement, pour se prémunir contre de nouvelles infractions.

La décision de libérer des prisonniers fait suite à une révélation sur les conditions inacceptables dans la Prison de Meru dans l'est du Kenya, également l'objet d'un précédent scandale.

La prison a été visitée le mois dernier par des journalistes et des membres de la Commission nationale des droits de l'Homme du Kenya, un organisme de contrôle nommé par le gouvernement, qui a vu 73 prisonniers entassés dans une cellule conçue pour 20 personnes.

Cette situation était pareille dans d'autres cellules. La prison a été construite pour accueillir un maximum de 500 détenus, mais abrite actuellement 1.600, selon l'IMLU.

En l'absence d'installations sanitaires adéquates, des seaux d'ordures avaient été accrochés aux murs de la cellule et aux portes. Des conditions non hygiéniques et le surpeuplement ont rendu courantes les épidémies de maladie dans les prisons, où des détenus avaient également des plaies sur leurs jambes et leurs mains.

En 2004, cinq détenus de Meru ont été retrouvés morts dans leur cellule. Un autre prisonnier est décédé sur le chemin de l'hôpital, tandis que 23 autres ont été admis à l'Hôpital de District de Meru dans un état critique.

Les autorités carcérales ont attribué les décès à une suffocation; mais, un rapport de police a indiqué que certains des corps portaient des signes de blessure. De même, une enquête de l'IMLU a révélé que la plupart des personnes décédées étaient mortes de blessures à la tête et à la poitrine, d'autres d'étranglement.

Des prisonniers ont indiqué plus tard que ceux qui étaient morts n'avaient pas voulu se conformer aux ordres de partager une petite cellule qui était déjà occupée par d'autres détenus. Les prisonniers ont dit que ceci avait mis en rage les gardiens, qui ont battu à mort ceux qui avaient désobéi.

L'employé du département en charge des prisons a noté que le manque de personnel dans les prisons pouvait contribuer à la maltraitance des détenus : "Il est fort probable qu'à cause du nombre beaucoup plus élevé des détenus par rapport à celui du personnel, la sécurité dans les prisons soit compromise. Les gardiens et autres membres du personnel pourraient se sentir débordés, et la violence pourrait survenir". Mohochi a également indiqué qu'une meilleure formation du personnel était nécessaire.

"Les réformes des prisons doivent s'attaquer au recyclage des autorités carcérales. La formation qu'ils ont est celle qui a été héritée des maîtres coloniaux. C'est déshumanisant; c'est une formation (qui permet aux gardes) de tabasser les détenus, de leur faire adopter une position accroupie, et de les dénuder".

Les réformes des prisons, défendues par le vice-président, ont démarré depuis 2003. Des détenus sont maintenant autorisés à recevoir des visites conjugales, des postes téléviseurs, des matelas et de nouveaux uniformes — ainsi que des bus pour le transport. Auparavant, ils étaient transportés dans des véhicules couverts de grilles.

Mais, comme le montre la situation dans la Prison de Meru, beaucoup reste à faire.