EDUCATION-KENYA: L'enseignement de la langue maternelle efficace etdifficile à la fois

NAIROBI, 22 avr (IPS) – Un débat sur le degré auquel l'enseignement de la langue maternelle améliore la qualité de l'éducation apparaît au Kenya, avec certains experts faisant campagne pour que la langue maternelle des enfants soit utilisée comme la langue d'instruction dans les écoles.

Le Kenya, tout comme un certain nombre d'autres pays à travers l'Afrique, a une majorité de ses enfants évoluant dans un système éducatif qui ne donne pas parfois l'instruction dans la langue qu'ils parlent à la maison — qui est la langue qu'ils comprennent mieux.

Ceci, a-t-on dit, participe à l'analphabétisme — et amène les gens à intégrer le monde de l'emploi avec des connaissances inadéquates.

Les experts soutiennent que les élèves sont mieux placés pour savoir lire et écrire lorsqu'ils commencent par apprendre dans leur première langue, et qu'ensuite ils vont graduellement vers une autre langue, que lorsqu'ils essaient d'apprendre directement dans une deuxième langue.

Des études conduites par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture ont également montré que les enfants qui reçoivent l'éducation de base dans leur propre langue ont de meilleurs résultats que ceux qui sont seulement scolarisés en anglais. Des campagnes entourant l'enseignement de la langue maternelle sont maintenant focalisées sur l'introduction de politiques qui s'attaqueront effectivement à l'enseignement de la langue maternelle dans les écoles. Le Kenya, par exemple, a une politique d'enseignement de la langue maternelle qui permet aux enfants, à la maternelle et pendant les premières années du cours primaire, d'être instruits dans leur langue maternelle.

Dans les classes supérieures du cours primaire et au cours secondaire, l'anglais devient la langue d'instruction. Toutefois, cette politique semble n'avoir été mise en œuvre que dans des zones rurales, selon Mary Njoroge, directrice de l'enseignement de base au ministère de l'Education, de la Science et de la Technologie. "La politique serait une réalité dans les zones rurales. Dans les zones urbaines, il n'y a pas (d'enseignement) uniforme de la langue maternelle", a-t-elle déclaré à IPS.

Dans les zones urbaines, il n'est pas rare de voir des enfants âgés d'à peine deux ans parler l'anglais, qui est largement utilisée comme la langue d'instruction.

On craint même que le kiswahili (la langue nationale du Kenya) n'ait été négligée. Il est seulement enseigné dans les écoles comme une matière.

"On ne met pas autant d'accent sur le kiswahili qu'on le fait pour l'anglais, qui est une langue étrangère et coloniale", affirme Francis Ng'ang'a, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du Kenya.

"Le kiswahili devrait être également développé comme une langue d'enseignement. Le niveau auquel il a été sous-utilisé pose beaucoup de questions. Ceci montre le poids de l'héritage colonial, et la tendance doit changer".

Même s'il admet que l'anglais est utile, Ng'ang'a dit que les langues locales jouent un rôle important en faisant la promotion de la culture — et en donnant aux enfants un sentiment d'appartenance et une identité. "Il est alors important de promouvoir ces langues au tout premier niveau d'apprentissage comme les écoles maternelles, et de laisser ensuite les enfants être peu à peu introduits au kiswahili, et puis à l'anglais au fur et à mesure qu'ils gravissent l'échelle. Ceci doit être fait aussi bien dans les zones rurales que dans les zones urbaines", souligne-t-il.

Toutefois, la promotion de l'enseignement de la langue maternelle requiert un vaste soutien. "Cela nécessite beaucoup de sensibilisation des parents afin qu'ils puissent comprendre pourquoi il est important que les enfants soient instruits dans leur vernaculaire", a indiqué Njoroge. L'anglais reste recherché par nombre de gens, qui le voient comme une langue supérieure, pour les lettrés.

La campagne pour l'intensification de l'enseignement de la langue maternelle dans les écoles jouit également du soutien du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

"Nous soutenons que l'enseignement de la langue maternelle est important, exactement comme l'anglais, parce que nous vivons dans un monde globalisé et nous devons préparer les enfants à être à la fois des citoyens nationaux et internationaux", déclare Haregot Teija Valladingham, conseiller régional par intérim pour les questions d'éducation à l'UNICEF, pour l'Afrique orientale et australe.

"Par ailleurs, lorsque nous parlons de la réalisation de l'éducation pour tous, nous devons aborder cela (enseignement de la langue maternelle)".

Mais le coût de la mise en oeuvre du système d'enseignement de la langue maternelle constitue un défi.

"Ceci est cher parce que les enseignants doivent être formés et les livres traduits dans les diverses langues. Nombre de pays ont plusieurs langues maternelles", note Valladingham.

L'Ouganda a été confronté à ce défi. Avec une politique qui fait en sorte que la langue locale appropriée soit le moyen d'instruction dans les zones rurales durant les quatre premières années d'enseignement primaire, l'un des obstacles majeurs a été le coût élevé de la préparation et de la production des manuels scolaires et autres matériels didactiques de base dans plusieurs langues (l'Ouganda compte plus de 30 langues).

Le gouvernement a pu, selon certaines informations, produire du matériel dans environ 20 langues.

Certaines matières résistent également à la traduction dans la langue maternelle.

"Il est difficile d'enseigner et de traduire des concepts comme les maths et la biologie dans des langues locales — Pourquoi ne pas utiliser l'anglais? L'anglais est facile pour communiquer", a déclaré à IPS récemment, Nelson Kaperemera, directeur de l'enseignement de base au Malawi. Le Malawi s'est lancé dans l'enseignement de la langue maternelle, où la langue nationale – le chichewa – est utilisée comme un moyen d'instruction dans les quatre premières années d'enseignement primaire.