NAIROBI, 7 avr (IPS) – Alors que la communauté internationale commémore la Journée mondiale de la santé de cette année (7 avril), la question de la faible rémunération des agents de santé au Kenya est en train d'être débattue.
"Le salaire payé aux médecins et autres agents de santé dans le service public est si bas que nombre de ces personnes ne pourraient pas consacrer tout leur temps au service public – comme moi qui me suis engagé à exercer en clientèle privée parce que l'argent que je gagne à l'université ne suffit pas à me nourrir", a déclaré à IPS, Dr Stephen Ochiel, président de l'Ordre des médecins du Kenya (KMA). Le KMA est une association professionnelle de médecins.
Selon des agents de santé, quelqu'un qui est dans des échelles inférieures de la profession médicale, peut gagner un salaire aussi dérisoire que 121 dollars par mois.
"Ceux qui sont dans des hôpitaux privés reçoivent plus de dix fois ce que gagnent ceux du service public ", a souligné Ochiel.
"Mais c'est pire dans les zones rurales. Les médecins dans ces régions ne peuvent exercer en clientèle privée parce que la majorité des gens sont pauvres, et n'ont pas les moyens de payer pour des services dans des institutions privées".
Le résultat est une pénurie particulière d'agents de santé dans des régions éloignées – un problème mis en exergue l'année dernière après des affrontements ethniques qui ont eu lieu à Turbi, situé dans une partie reculée du nord du Kenya. Soixante personnes sont mortes dans la violence, tandis que des centaines d'autres ont été sérieusement blessées et amenées à l'hôpital du district, qui n'aurait qu'un seul médecin pour leur prêter assistance.
Les bas salaires ont poussé des toubibs à lorgner vers l'extérieur, avec des destinations de choix qui incluraient les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l'Australie, et des pays en Afrique australe, où de meilleures conditions de travail sont disponibles. Même si aucun chiffre officiel n'a été compilé pour le nombre d'agents de santé ayant quitté le Kenya à la recherche de nouveaux cieux plus cléments, les autorités croient que c'est substantiel.
"Le nombre de départs est élevé, mais nous ne savons pas si cela est dû au décès, à la retraite ou à la démission", a déclaré Ahmed Ogwell, président du comité d'organisation de la Journée mondiale de la santé au ministère de la Santé.
A ce jour, un gel des recrutements des fonctionnaires a compliqué les efforts pour pourvoir les postes vacants.
"Je peux vous dire qu'il y a 6.000 infirmiers parcourant les rues pour chercher un emploi. Mais nous ne pouvons pas les absorber à cause des contraintes budgétaires", a fait remarquer Ogwell.
Ces mots ont été repris en écho par le vice-ministre de la Santé Enoch Kibunguchy, qui a dit à IPS récemment que le ministère de la Santé ne recrutait pas "parce qu'il y avait un embargo sur le recrutement de nouveaux agents de santé, parce que la masse salariale était trop élevée".
Toutefois, plus tôt cette semaine, le président Mwai Kibaki a annoncé que le gouvernement allait recruter 3.200 nouveaux agents de santé d'ici à la fin de juin 2006 pour aider à réduire les pénuries actuelles de personnel dans les centres de santé. Un total de 12.000 agents de santé est nécessaire.
Des statistiques du ministère de la Santé indiquent qu'il y a actuellement un médecin pour 100.000 personnes au Kenya, et 49 infirmiers pour 100.000.
Ceci est très en deçà du ratio recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé, qui est d'un professionnel de santé pour 5.000 personnes.
Le KMA estime que les bas salaires ne constituent pas le seul obstacle au maintien du personnel : le gouvernement doit également trouver des mesures incitatives pour les agents de santé, en particulier ceux qui seront déployés dans des zones rurales, note-t-il.
"Nous parlons de primes de logements et d'éloignement substantielles", a déclaré Ochiel.
"Actuellement, ces primes sont insignifiantes. Personne ne voudrait aller dans des régions éloignées parce que là, il n'y a rien pour le/ou la motiver. Par ailleurs, le personnel médical doit travailler 24 heures d'affilée, avec un équipement minimum". Des autorités sanitaires affirment qu'elles ont fait des propositions par rapport aux mesures incitatives.
"Nous avons dit que les primes de logement doivent être les mêmes pour tous : ceux qui sont à l'intérieur et à l'extérieur de Nairobi. Ceci sera un grand coup de pouce pour quelqu'un qui va dans un lieu comme Garissa (nord du Kenya) parce que depuis toujours, les maisons y sont moins chères; il pourra épargner une partie de cet argent", a souligné Ogwell.
"En outre, nous avons proposé que les travailleurs, qui sont dans les régions les plus reculées, reçoivent une prime d'éloignement beaucoup plus élevée à cause des conditions difficiles dans lesquelles ils travaillent".
Un programme d'incitation qui accorde un avancement professionnel continu est déjà en train d'être mis en place.
Certains ont toutefois souligné que des équipements de travail appropriés et des fournitures adéquates de médicaments étaient également cruciaux pour garder suffisamment motivés les toubibs. Les autorités affirment que les institutions de santé publique — qui sont plus de 2.000 — à travers le pays sont bien approvisionnées en médicaments essentiels.
Le thème de la Journée mondiale de la santé 2006 est "Travailler ensemble pour la santé". Il a été choisi pour mettre en exergue la pénurie d'agents de santé sur le plan international, et la meilleure manière d'attirer et de retenir le personnel médical.

