FORUM SOCIAL MONDIAL: Que les débats commencent

BAMAKO, 20 jan (IPS) – La capitale malienne, Bamako, a ouvert ses portes au Forum mondial social (FSM) jeudi avec un appel passionné en faveur de la justice dans tous les secteurs de la vie.

L'événement historique – qui marque la première tenue d'un forum mondial en Afrique – a drainé quelque 10.000 représentants d'organisations de la société civile et de mouvements sociaux (venus) des quatre coins du monde.

"C'est le forum mondial clé pour aborder les inégalités entre nations riches et pauvres", a déclaré Fanta Diarra, représentant les petits exploitants agricoles africains, devant une foule immense au stade Modibo Keita où le FSM a été lancé officiellement.

Des délégués – dont plusieurs avaient fait une certaine distance à pied pour s'y rendre – agitaient des drapeaux, brandissaient des pancartes et des banderoles exigeant la justice partout. Depuis le secteur informel jusqu'au commerce international, les personnes présentes au forum insistaient pour que les nations conduisent leurs affaires différemment.

"Le secteur informel s'est révélé très important en Afrique; il représente 90 pour cent des travailleurs", a indiqué Uzziel Twagilimana, coordonnateur africain de 'Social Alert' (Alerte sociale), un organisme qui regroupe des organisations mettant en avant les droits des travailleurs dans le secteur informel.

Malgré cela, des employés sans papiers manquent de protections comme l'assurance maladie et le congé maladie; en outre, ils reçoivent souvent de très bas salaires. "Ce sont juste quelques-unes des injustices, et nous espérons qu'une voie de sortie sera trouvée au forum", a noté Twagilimana.

Sur la question du commerce, des activistes ont condamné la disparité entre les Etats industrialisés et les Etats du Tiers-Monde, où les agriculteurs souffrent à cause des subventions payées à leurs homologues plus riches.

"Nous voulons que les subventions agricoles soient supprimées et qu'un bonus et de meilleurs prix soient plutôt accordés aux agriculteurs pour leurs produits. Ceci garantira un terrain de jeu égal entre les nations en développement et les nations développées", a déclaré Fredrick Masinde, de Coopération pour un commerce équitable en Afrique.

Les subventions cotonnières reçues par les agriculteurs américains se sont révélées être un sujet de dispute particulier pour les producteurs au Mali, et dans nombre d'autres Etats ouest-africains.

"Nous investissons beaucoup pour produire le coton, mais lorsque nous le vendons, nous n'obtenons pas grand-chose parce que les prix baissent – à cause du dumping pratiqué par les pays riches. Et si vous n'avez pas un prix juste, vos populations vont s'appauvrir encore et encore", a souligné Diarra.

En dehors du coton, au nombre des questions qui devraient être débattues au forum, figure l'annulation de la dette pour les pays pauvres. Cette question, qui a été défendue par des organismes comme le 'Global Call for Action against Poverty' (Appel mondial pour une action contre la pauvreté) : une alliance internationale d'organisations de développement.

Les activistes anti-dette soutiennent que les pays pauvres consacrent des parts substantielles de leurs budgets au remboursement de la dette au détriment des besoins locaux. On craint que l'étendue des remboursements ne mette à mal la capacité des nations en développement à réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement – une série d'objectifs convenus par des dirigeants de la planète pour améliorer les niveaux de vie dans le monde entier d'ici à 2015.

Le FSM s'est tenu pour la première fois en 2001 dans la ville brésilienne de Porto Alegre comme un événement parallèle au Forum économique mondial : une rencontre – de grande envergure – de leaders politiques et d'importants patrons d'entreprises, entre autres. Le forum social, appelé parfois "le carnaval des opprimés", s'interroge sur la mondialisation, ainsi que les réalités politiques et économiques auxquelles les délégués à Davos (Suisse) pourraient souscrire. Les travaux du FSM à Bamako prennent fin le 23 janvier. Le forum de cette année, dénommé événement "polycentrique", comprendra également des rencontres dans la capitale vénézuélienne, Caracas – et la capitale économique pakistanaise – Karachi.