POLITIQUE-DRC: Noël sanglant dans le massif du Ruwenzori

Kinshasa, 28 déc (IPS) – Les habitants des localités d'Eringeti, située à 20 km au nord de la ville de Beni, et de Mukongwe, 15 km au sud-est de la même ville, étaient à peine allés au lit ce 25 décembre, quand vers 03 heures du matin, ils ont été réveillés par des déflagrations assourdissantes d'armes lourdes et de vrombissements d'hélicoptères.

Une position de la Mission d'Observation des Nations Unies au Congo (MONUC) dans cette paisible contrée des alentours du massif du Ruwenzori venait d'être attaquée à la roquette par des rebelles ougandais de l'Allied Defence Forces -National Army for the Liberation of Uganda (ADF-NALU) – Forces alliées de défense et Armée nationale de libération de l'Ouganda. Les deux mouvements rebelles ougandais, faisant l'objet, depuis le 11 décembre, d'une opération de désarmement et de rapatriement forcés menée par les Forces armées de la RDC (FARDC), soutenues par les troupes onusiennes, venaient ainsi de répliquer à leur manière. La présente campagne de désarmement a d'abord consisté en une sensibilisation en faveur du rapatriement des rebelles dans leur pays. La réponse des rebelles fut l'attaque du 25 décembre. Les rebelles étaient estimés à environ 2500 hommes, les FARDC en ont engagé 3500, et la MONUC, 600 éléments. Les affrontements de la nuit du 25 décembre ont fait 86 morts du côté des rebelles, quatre dans les rangs des FARDC et un mort du côté de la MONUC. Les attaques des rebelles n'ont jusqu'ici visé que les populations civiles pour leur argent et leurs bien matériels. Ils terrorisent parfois les populations pour leur voler leurs récoltes dans les champs. "Nous avons décidé de lancer cette campagne de rapatriement forcé des rebelles ougandais après leur refus de se laisser désarmer et de regagner leur pays", a déclaré Frédéric Médard, porte-parole de la mission onusienne en RDC. Wilson Tino Mugiswa, responsable du "bureau amnistie" ougandais chargé du rapatriement des rebelles avoue ne rien comprendre de l'attitude des rebelles. En dépit de ses appels de paix vers les rebelles, il n'a reçu aucune réponse positive. L'ADF comme le NALU demandent une seule chose, le départ du pouvoir du président ougandais, Yoweri Museveni. Ces incidents surviennent alors que les populations congolaises attendent encore d'être fixées sur les résultats définitifs du référendum constitutionnel qui s'est déroulé sur toute l'étendue du territoire les 18 et 19 décembre. La province du Nord-Kivu où se déroulent les affrontements a massivement participé aux opérations référendaires en votant "oui" au projet de Constitution à près de 98 pour cent. Ce vote traduit la détermination de la population du Nord-Kivu à voir leur région revenir à une paix totale et durable. "Depuis 1996, nous sommes en guerre permanente sans savoir ce que nous y gagnons", s'est exclamé Emmanuel Munyambalu, enseignant à Beni. Si les populations de Beni ne savent pas ce qu'elles gagnent à travers les différentes guerres et rébellions, elles savent au moins ce qu'elles y perdent. Rien que la dernière guerre, déclenchée le 2 août 1998, a coûté la vie à près de 3,5 millions de Congolais et la province du Nord-Kivu se trouve parmi celles qui en ont particulièrement souffert. Les deux guerres ont commencé à la frontière avec l'Ouganda et le Rwanda. La ville de Beni se trouve à mi-chemin entre Kasindi, à la frontière RDC-Ouganda, et Butembo, la ville la plus commerçante de la région. La route Kasindi-Beni traverse le nord du parc National des Virunga, une abondante réserve d'animaux sauvages protégés. Cette route est le tronçon rêvé pour de nombreux mouvements rebelles, ougandais ou congolais, pour attaquer les commerçants qui transportent des marchandises importées de l'Extrême-Orient, et pour se nourrir des réserves du parc. Beaucoup de commerçants ont perdu leur vie ainsi que leurs marchandises Sur la route reliant Kasindi à Butembo. "Quand ce ne sont pas les rebelles qui nous coupent la route et pillent nos marchandises, ce sont les soldats de l'armée régulière ougandaise qui nous créent des ennuis ou alors ceux des FARDC qui nous exigent des taxes qu'ils ont créées eux-mêmes", confie à IPS Léopold Kakule, un commerçant de Butembo. La traque des éléments ADF et NALU arrivera-t-elle à sécuriser la région ? C'est ce que croient les plus hautes autorités des Forces Armées de la RDC, le chef d'état-major général des FARDC en tête. Le général Kisempia Sungilanga suit de très près les opérations de ratissage des rebelles à travers les forêts bordant la frontière entre la RDC et ses deux voisins de l'Est, l'Ouganda et le Rwanda. "Nous procédons d'abord par une approche de dialogue et c'est quand Nous constatons que les rebelles ne veulent rien savoir que nous décidons d'utiliser la manière forte", déclare à IPS le général Mbuyi Musamu, commandant des opérations dans la région de Beni. Par feux fois, en 1996 et 1998, les troupes ougandaises et rwandaises ont attaqué le Congo sous prétexte de poursuivre et anéantir les groupes armés rebelles respectifs qui avaient établi leur base en République démocratique du Congo. Kinshasa voudrait en finir tant avec les groupes armés étrangers qu'avec les différentes milices congolaises qui terrorisent les populations afin de sécuriser les prochaines élections générales fixées au mois de mars et avril 2006. En traquant particulièrement les troupes rebelles ougandaises et rwandaises, Kinshasa voudrait également se dédouaner envers les deux capitales, Kampala et Kigali, en leur ôtant toute opportunité de l'accuser de déstabilisation ou de fragilisation de la frontière au moment où la RDC vient de remporter une victoire significative contre l'Ouganda devant la Cour internationale de Justice de La Haye. La CIJ a en effet accédé à la plainte de la RDC contre l'Ouganda concernant l'invasion de ses troupes au Congo et les nombreuses violations des droits de l'Homme commises par les forces ougandaises. La RDC aurait demandé le paiement de dommages et intérêts de l'ordre de 6 à 10 milliards de dollars. Le rapatriement des rebelles ougandais dans leur pays permettra à la RDC de contrôler le réseau de trafics d'armes de guerre à sa frontière avec l'Ouganda et de réorganiser son économie dans les provinces en proie à la déstabilisation. Cela signifie, pour les paysans locaux, le retour à la production agricole et au bénéfice. La base du massif du Ruwenzori produit du café, du bois et du manioc mais tout cela est à l'abandon à cause de l'insécurité. "Les rebelles ougandais venaient se servir dans nos champs dès que la moindre récolte se faisait, raconte à IPS Madeleine Lukwangi, maraîchère à Beni. Beni et sa banlieue ont retrouvé un brin d'espoir de paix et de développement depuis que l'armée loyaliste a décidé d'assainir la région.