DEVELOPPEMENT: L'Afrique a besoin de cultures, et non d'argent

HELSINKI, 4 nov (IPS) – Des cultures novatrices offrent beaucoup plus d'espoir pour le développement de l'Afrique que l'aide financière, affirme un expert travaillant sur des projets de nouvelles cultures en Afrique.

"Tout le monde parle d'aider l'Afrique, mais ce bavardage n'a aucune substance", a déclaré, Dr Dov Pasternak, directeur du Programme international sur les cultures sur terres arides (IPALAC) aux représentants des médias à Helsinki, en Finlande.

L'IPALAC est un projet basé à Niamey, au Niger, en Afrique de l'ouest, pour promouvoir une utilisation judicieuse des plantes dans des régions en proie à la désertification. Le projet est financé est grande partie par le gouvernement finlandais.

Pendant les dix dernières années, les principaux donateurs, y compris la Banque mondiale, ont négligé l'agriculture, selon Pasternak. L'agriculture a disparu de l'écran radar des décideurs politiques nationaux en Afrique, a-t-il dit.

"La réduction de la pauvreté ne peut pas être réglée en transférant simplement de grandes quantités d'argent", a souligné Pasternak. "Si vous voulez aider l'Afrique, vous devez les soutenir pour qu'ils fassent ce qu'ils connaissent le mieux, et l'agriculture est ce que les Africains connaissent le mieux simplement parce que près de 80 pour cent des populations vivent dans des zones rurales, et l'agriculture est la principale occupation dans les zones rurales".

L'IPALAC a été fondé par des scientifiques israéliens en 1995 pour aider les pays islamiques voisins dans la gestion de l'eau et des vivres. Le projet s'est étendu depuis.

Israël est un leader mondial dans l'agriculture sur terres arides et un pionnier dans des technologies comme l'irrigation au goutte-à-goutte — un système dans lequel on conduit l'eau directement vers des plantes individuelles au lieu d'arroser toute la zone.

L'IPALAC a lancé un projet dénommé 'Arbres de la Terre sainte' visant à planter des cultures méditerranéennes comme des olives, des caroubes, des figues, des dattes et des pins, a indiqué Pasternak à IPS. Le nom est un moyen de marketing pour les agriculteurs chrétiens de la région, a-t-il dit.

Certaines technologies agricoles appliquées en Afrique sahélienne ont la possibilité d'être largement adoptées dans le reste de l'Afrique dans quelques années, a affirmé Pasternak.

Parmi celles-ci, figure un système d'irrigation au goutte-à-goutte dénommé le Jardin du Marché africain qui requiert la pression de l'eau de juste un mètre de hauteur pour irriguer 500 mètres carrés de terre. Jusqu'ici, 1.500 unités ont été installées dans huit pays dans la région du Sahel. Pasternak croit que 4.000 autres seront bientôt utilisées dans d'autres parties d'Afrique.

Le système coûte environ 50 dollars pour une zone de 80 mètres carrés, et 500 dollars pour 500 mètres carrés.

World Vision, Care International et Catholic Relief Services font partie des organisations non gouvernementales offrant un crédit pour ces unités..

Parce que la technologie produit des rendements élevés, Pasternak dit que les agriculteurs peuvent rembourser leurs dettes en une saison seulement.

L'Institut international de recherche sur les cultures pour les tropiques semi-arides (ICRISAT), basé en Inde, travaille aux côtés de l'IPALAC sur plusieurs projets. Il est au centre de l'introduction de pratiques agricoles novatrices qui ont une énorme promesse de réduction de la pauvreté en Afrique, a indiqué Pasternak.

L'ICRISAT est en train d'effectuer une recherche sur les cinq cultures locales — arachides, pois chiche, pois de pigeon, sorgho et petit mil — cultivées, pour la plupart, par des agriculteurs pauvres dans des régions semi-arides. Le directeur de l'ICRISAT, Dr William D. Dar, a déclaré aux représentants des médias que les trois pour cent de croissance rapide de la population, dans la région, ne peuvent plus supporter le système traditionnel de mise en jachère des terres. La seule alternative est d'intensifier l'agriculture.

La technologie de micro-dosage développée par l'ICRISAT à Niamey signifie que 20 pour cent seulement de l'utilisation normale d'engrais apporte les mêmes résultats, parce qu'il est appliqué directement sous la plante au lieu d'être étalé à travers tout le champ.

De telles innovations ont signifié que pendant les quatre dernières années, plus de 100 espèces de cultures et d'arbres fruitiers résistantes à la sécheresse ont été disséminées dans la région du Sahel, a souligné Pasternak.

"Il doit y avoir une deuxième révolution verte pour l'Afrique parce que l'Afrique a raté la première", a déclaré Pasternak. La première, a-t-il dit, s'est produite principalement dans la région Asie parce que l'accent était mis sur l'accroissement des rendements en blé et en riz.

L'Afrique est confrontée à un défi différent à cause de ses vastes surfaces minées par de longues périodes de sécheresse ou des pluies insuffisantes.

La nouvelle technologie répond exactement à un tel défi.