NIAMEY, 25 oct (IPS) – Malgré la multiplication et l'intensification des campagnes de vaccination porte à porte, le virus sauvage de poliomyélite (polio) continue de faire des victimes au Niger, où cinq nouveaux cas ont été déclarés cette année par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Selon Jadi Dan Baki Magagi, directeur-adjoint du Programme élargi de vaccination (PEV), à Niamey, la capitale nigérienne, la poliomyélite est une maladie virale très invalidante, qui se transmet d'une personne à une autre à travers les selles et les mains souillées. La polio affecte particulièrement les enfants de zéro à cinq ans et n'a pas de traitement.
Le seul moyen de lutte, c'est la vaccination.
"Le Niger figure en bonne place parmi les pays endémiques où le poliovirus sauvage (PVS) circule encore", a déclaré à IPS, Magagi, affirmant que le gouvernement nigérien a réitéré son engagement à arrêter la circulation du PVS à travers l'intensification des journées nationales de vaccination.
De trois cas en 2002, le Niger, ce pays sahélien de l'Afrique de l'ouest, qui connaît une recrudescence de la pandémie ces dernières années, a enregistré 40 cas en 2003 avant de chuter à 25 cas 2004, selon des statistiques de l'OMS.
Magagi du PEV explique la flambée de la maladie par la proximité du Nigeria dont certains de ses Etats du nord sont restés longtemps hostiles au vaccin contre la polio. Les leaders de ces Etats, qui appliquent la charia (loi islamique), soupçonnent le vaccin de contenir des substances qui rendraient stérile. "Cette année, nous avons prévu cinq passages des vaccinateurs et nous avons déjà organisé trois, avec un taux de couverture de l'ordre 105 pour cent. Les deux passages restants sont prévus pour novembre et décembre prochains", annonce Magagi à IPS. Mais selon des analystes, l'éradication de cette maladie tarde au Niger à cause d'un certain nombre de comportements dont le refus de certains leaders religieux musulmans locaux de cautionner le vaccin pour les mêmes soupçons de stérilité. C'est pour briser cette résistance que des associations islamiques, avec le soutien financier de l'OMS et de l'UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l'enfance) ont convoqué une rencontre des ulémas (théologiens musulmans) du Niger, à la mi-octobre, à Niamey. Le Niger est un pays musulman à plus de 90 pour cent, selon des statistiques officielles.
"Cette rencontre nous a permis d'échanger avec des experts en santé qui ont apporté les éclaircissements nécessaires sur le vaccin, son caractère inoffensif", a déclaré à IPS, Dr Amadou Sambo de l'Association nigérienne pour l'appel à la solidarité islamique (ANASI), basée à Niamey.
"Il a été demandé aux marabouts (musulmans sages et respectés), qui n'ont pas été convaincus par l'éclairage des experts, d'apporter les preuves matérielles, dont ils disposent, que le vaccin empêche la procréation. En fait, ils n'avaient aucune preuve; et on s'est finalement compris", ajoute Sambo, imputant cette résistance à l'ignorance et à un déficit d'information.
Mallam Alio, un marabout de la région de Maradi, dans le centre-est du pays, rencontré par IPS à la rencontre de Niamey, se confesse : "J'avais pendant longtemps cru, avec la limitation des naissances que les Blancs cherchent à nous imposer, que la vaccination des enfants poursuivait cette politique. Mais Dieu merci, cette réunion de Niamey m'a ouvert les yeux".
"Je vais désormais faire vacciner mes enfants et encourager mon entourage à en faire autant lors des prochaines campagnes", promet Alio, reconnaissant avoir été victime de l'influence des ulémas du Nigeria, où il a reçu sa formation coranique.
Le président de l'ANASI, Elhadj Samaïla Mahamadou, affirme également à IPS que les ulémas réfractaires au vaccin ont pris l'engagement de ne plus s'opposer à la vaccination des enfants. "Nous avons même fait une recommandation importante, demandant au gouvernement d'éditer un guide islamique sur les maladies liées à une vaccination et de multiplier les séminaires de formation au profit des ulémas".
Au Nigeria, les marabouts ont pendant longtemps opposé une résistance au vaccin, et ne l'ont accepté que tout récemment. La conséquence de ce refus, selon des spécialistes, est que ce pays le plus peuplé d'Afrique et voisin du Niger, enregistre encore le plus fort taux de prévalence de la polio dans la sous-région, avec 504 cas déclarés au cours de cette année, contre 476 cas en 2004. "Pour accepter le vaccin, il a fallu que les autorités politiques et des grands marabouts du Nigeria aillent en Indonésie pour voir comment se fabrique le vaccin dans un laboratoire", explique Magagi, soulignant que des échantillons ont été testés, en présence de la délégation, par des médecins musulmans afin de prouver que le vaccin n'a aucune nocivité.
Mais outre la résistance de certains ulémas, Ibrahim Cheik Diop, du bureau de l'UNICEF à Niamey, énumère également comme freins "la mobilité des populations qui vivent sur les frontières et la transhumance qui caractérise les communautés nomades".
"Pour atteindre le maximum d'enfants, avant le démarrage de chaque passage (pour la vaccination), on procède à une campagne d'information et de sensibilisation au moyen de la radio, de la télévision, des journaux, des mobilisateurs et des crieurs publics", souligne Magagi.
Les agents vaccinateurs vont de porte à porte, de village en village, de hameau en hameau, de campement en campement pour administrer les doses de vaccin oral aux enfants de zéro à cinq ans, a constaté IPS, à l'occasion des journées nationales de vaccination de cette année. La première édition remonte à 1997.
"L'UNICEF travaille avec l'association des chefs traditionnels, qui font un important travail de mobilisation des populations sur le terrain, dans le combat pour l'éradication du poliovirus sauvage", explique Diop à IPS.
"Grâce aux activités d'encadrement et de sensibilisation que nous menons, les agents vaccinateurs parviennent de plus en plus à toucher beaucoup d'enfants, même dans les zones nomades où les populations sont caractérisées par une grande mobilité", déclare à IPS, Amirou Alhassane Albadé, le secrétaire général de l'Association des chefs traditionnels du Niger, basée à Niamey.
Cependant, il n'existe pas de statistique sur le nombre d'enfants invalidés par la polio au Niger à cause, selon Magagi, de la mobilité des populations vivant sur la frontière entre le Niger et le Nigeria, et des déplacements fréquents des communautés nomades.
Selon l'OMS, le poliovirus sauvage circulait encore de manière endémique, en 2004, au Nigeria, en Inde, en Afghanistan, au Pakistan, en Egypte et au Niger. Le virus a été importé par contamination dans certains pays comme le Tchad, le Bénin, le Soudan, le Burkina Faso, le Mali, le Cameroun, et la Centrafrique.

