BERLIN, 14 juin (IPS) – Si le développement en Afrique continue de la même façon, l'Afrique subsaharienne atteindra l'Objectif du millénaire pour le développement de réduction de la mortalité infantile de l'ONU – pas en 2015 comme prévu, mais un siècle plus tard, indique une étude.
Cela signifie que 28 millions d'enfants mourront, qui auraient pu être sauvés si les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) avaient été atteints en 2015.
"Ces chiffres devraient servir d'avertissement aux dirigeants du G8", a déclaré Kevin Watkins, directeur du Rapport pour le développement humain produit par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), à une réunion à Berlin. Le nouveau rapport analyse les tendances sur différents indicateurs comme la mortalité infantile, la pauvreté et l'éducation, et les compare aux objectifs fixés par les OMD.
Des experts en développement estiment que pour que les objectifs soient atteints, il est non seulement crucial que les leaders du G8 accroissent le financement en faveur des activités de développement, mais qu'ils offrent un commerce plus équitable, et un allègement du poids écrasant de la dette.
Les dirigeants ont contribué à cela en offrant 100 pour cent de l'annulation de la dette aux pays pauvres très endettés à une réunion des ministres des Finances à Londres, vendredi et samedi derniers.
Les dirigeants du monde avaient convenu des Objectifs du millénaire pour le développement en 2000. Ces derniers fixent des objectifs de développement concrets devant être atteints d'ici à 2015, au nombre desquels la réduction de la mortalité infantile des deux-tiers, l'arrêt de la propagation du VIH/SIDA, la promotion de l'égalité de genre et la réalisation de l'éducation primaire universelle.
"La continuité des choses comme d'habitude comportera un prix élevé en termes de vies perdues et en potentiel humain pour l'Afrique", a déclaré Watkins. Les chiffres qu'il a présentés montraient une tendance qui pourrait être inversée à travers des politiques nationales et une coopération internationale effective, a-t-il ajouté.
Mais si les tendances continuent, 19 millions d'enfants seront toujours hors de l'école d'ici à 2015 en Afrique subsaharienne, souligne le rapport.
La région représente 37 pour cent des 115 millions d'enfants qui ne vont pas à l'école, mais sa part devrait augmenter. Certains pays comme la Tanzanie, le Kenya, l'Ouganda et le Rwanda ont fait des progrès dans l'inscription, mais les taux d'achèvement des études sont de loin à la traîne, selon l'étude.
Le groupe des huit (G8) comprend les sept nations les plus industrialisées — la Grande-Bretagne, le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon et les Etats-Unis — plus la Russie. Des dirigeants de ces pays se retrouvent pour une réunion le mois prochain dans la ville écossaise Gleneagles. Plusieurs groupes demandent des décisions critiques pour soutenir le développement au cours du sommet et en prélude à cela.
Tilmann Brück, un expert en développement à l'Institut allemand pour la recherche économique (DIW) voit quatre mesures que les dirigeants du G8 devraient prendre : accroître l'aide au développement, offrir un allègement de la dette, convenir d'arrangements commerciaux équitables, et mettre fin aux conflits.
"Ce sont plusieurs chantiers, mais ils sont complémentaires", a-t-il dit à IPS. Vous ne pouvez pas choisir ce que vous voulez faire".
Brück a estimé que, pour obtenir une réduction de la mortalité infantile et un accroissement du nombre d'enfants allant à l'école, il était crucial que leurs parents aient un emploi afin de pouvoir faire face aux services de santé et d'envoyer leurs enfants à l'école.
Mais les nations industrialisées n'accordent pas un accès équitable à leurs marchés, ni à travers l'application des régulations ni par la subvention de leurs produits. "Si nous offrons des produits sur le marché mondial à des prix qui sont très en dessous des coûts de production en Afrique, les agriculteurs africains ne pourront pas vendre leurs produits", a déclaré Bruck.
Il a souligné que près de la moitié du budget de l'Union européenne (UE) était constituée de subventions agricoles, et réduire cela contribuerait à une aide au développement bien meilleure. Mais le président français Jacques Chirac a dit aux journalistes à Paris vendredi qu'il n'était pas prêt à accepter un quelconque changement dans les subventions agricoles de l'UE.
L'objectif de réduction de moitié de l'extrême pauvreté, mesuré par le nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour peut être atteint, mais seulement grâce à l'extraordinaire croissance de l'Inde et de la Chine, affirme le nouveau rapport.
L'Afrique subsaharienne manquerait de loin l'objectif. Selon les projections de l'ONU, d'ici à 2015, environ 353 millions de personnes dans la région vivront dans l'extrême pauvreté — 219 millions de plus qu'aujourd'hui. Cela signifie également que la part de l'Afrique subsaharienne dans la pauvreté mondiale grimperait de 29 pour cent à 53 pour cent.

