DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Un verdict mitigé pour le rapport de la commission

JOHANNESBURG, 16 mars (IPS) – Une "première étape décisive" pour expédier la pauvreté de l'Afrique dans l'histoire, une "manœuvre pour couvrir la guerre de l'Irak" : les réactions au rapport publié la semaine dernière par la Commission de la Grande-Bretagne pour l'Afrique ont été nombreuses et variées. Le document, qui compte jusqu'à 453 pages, étale les conclusions d'une enquête de neuf mois, menée par 17 membres de la commission dont neuf viennent d'Afrique – sur la meilleure façon de mettre fin à la pauvreté et de promouvoir le développement en Afrique. "La commission a été créée à un moment unique dans l'histoire.

C'est une période où le monde fait d'énormes progrès dans la réduction de la pauvreté, à l'exception notable de l'Afrique", a déclaré le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, vendredi (11 mars), dans un discours d'ouverture qu'il a prononcé à Addis Abéba, au cours de l'un des lancements du rapport. (Le document a été publié simultanément dans la capitale éthiopienne et à Londres).

"Pour l'Afrique aussi, c'est pourtant un moment de renaissance soutenue par une nouvelle résolution de prendre des mesures concrètes pour s'attaquer à ses problèmes profondément enracinés", a ajouté Zenawi.

Wole Olaleye de 'ActionAid International', une organisation non gouvernementale qui a son siège à Johannesburg, était relativement optimiste par rapport au contenu du rapport.

"Malgré quelques points faibles dans le rapport, nous croyons que les recommandations de la CfA (Commission pour l'Afrique) constituent un programme qui vaut la peine d'être mis en œuvre comme une première étape décisive pour faire de la pauvreté un souvenir", a-t-il dit aux journalistes dans la capitale économique d'Afrique du Sud.

"Le véritable test pour savoir si le temps et l'argent consacrés à la commission sont justifiés sera le degré auquel il sera accepté et mis en œuvre au sommet de Gleneagles en juillet", a ajouté Olaleye.

Le sommet prévu dans la ville écossaise de Gleneagles marquera la rencontre annuelle du Groupe des huit (G8) qui comprend les huit pays les plus industrialisés au monde : la Grande-Bretagne, le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, les Etats-Unis et la Russie. Le G8 est présidé cette année par la Grande-Bretagne qui a promis d'utiliser sa présidence du groupe pour focaliser l'attention des Etats riches sur l'Afrique.

"Les deux dernières décennies sont jonchées d'initiatives et de plans ambitieux pour la région, qui ont été pendant longtemps objet d'analyse et à court d'application. Cette année doit être différente", a déclaré Olaleye.

La recommandation de la CfA, qui a peut-être reçu le plus d'attention, est l'appel pour que les flux d'aide à l'Afrique soient triplés et passent à 50 milliards de dollars par an d'ici à 2015. (Cette année a été retenue dans un forum séparé, le Sommet du millénaire aux Nations Unies – comme le délai pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement – ou OMD. Les huit OMD ciblent des aspects clés du sous-développement, comme la faim et l'extrême pauvreté, l'absence d'une éducation primaire universelle, l'inégalité de genre – et la prévalence de maladies comme le SIDA et le paludisme dans des nations pauvres).

Aux termes des recommandations de la commission, il serait demandé aux pays riches de consacrer 10 milliards supplémentaires de dollars par an pour combattre la pandémie du VIH, avec une partie de cet argent (3,2 milliards de dollars) allant dans le comblement du déficit financier auquel est confronté actuellement le Fonds mondial pour la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Ce fonds a été créé en 2002 pour mobiliser un appui supplémentaire dans la lutte contre ces maladies, qui feraient plus de six millions de morts par an.

Les recommandations de la CfA incluent également des appels en faveur de l'effacement total de la dette pour les pays africains, la suppression des subventions agricoles qui faussent le commerce – et le rapatriement de milliards de dollars qui ont été détournés par des responsables africains corrompus et déposés à l'étranger.

Par ailleurs, la commission note que l'Afrique a un rôle significatif à jouer dans l'amélioration du sort de ses populations, en rehaussant les niveaux de la gouvernance – et en dépensant plus d'argent dans des programmes sanitaires, entre autres mesures.

Certains analystes soutiennent que la CfA parle très peu du débat sur comment éviter que l'Afrique ne soit, selon les propos du Premier ministre britannique Tony Blair, "une cicatrice sur la conscience du monde".

Sam Moyo, directeur exécutif de l'Institut africain pour les études agraires, basé à Harare, se méfie également du calendrier de travail de la commission.

"Pour être cynique, l'on pourrait dire que c'est un exercice de RP (relations publiques) pour couvrir la guerre en Irak. C'est un exercice de RP pour dissimuler l'échec de la Grande-Bretagne en Afrique", a-t-il indiqué aux journalistes à une conférence de presse organisée par ActionAid à Johannesburg, vendredi. Le gouvernement de Blair s'est attiré beaucoup de critiques aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur pour son soutien à l'invasion américaine de l'Irak.

Partageant la même tribune que Moyo, Chris Landsberg du Centre d'études politiques, installé à Johannesburg, qui semblait également beaucoup pessimiste sur les avantages éventuels du travail de la CfA.

"Nous n'allons pas obtenir une réponse du reste du G8. Je ne pense pas qu'ils effaceront, par exemple, la dette de l'Afrique", a-t-il souligné.

"Et il n'y aura aucun engagement réel en tant que partenaires égaux parce que l'Afrique n'est d'aucune importance stratégique pour l'Occident".