DROITS-AFRIQUE: Aider le continent à vieillir dignement

JOHANNESBURG, 20 août (IPS) – "Si seulement je peux arrêter de coudre pendant un mois, ma toux va diminuer.

Je dépense l'argent de ma couture pour acheter de la nourriture et faire des sandwiches pour mes petits-enfants afin qu'ils les emportent à l'école", déclare une vieille femme sud-africaine prise sur vidéo au moment où elle travaillait sur une machine à coudre archaïque.

Un vieil homme ougandais de 57 ans, qui a perdu quatre de ses enfants à cause du SIDA, raconte comment il s'occupe des 14 petits-enfants – dont sept ont besoin de payer leurs pensions scolaires. La vidéo a été projetée à une conférence de trois jours sur le vieillissement en Afrique, qui s'est ouverte dans le centre économique sud-africain de Johannesburg le mercredi, 18 août.

"En plusieurs endroits en Afrique, la charge laissée aux grands-parents -particulièrement les grands-mères – est écrasante. Des rapports indiquent qu'il n'est pas rare que les grands-mères perdent plusieurs de leurs propres enfants à cause du VIH/SIDA, et recueillent ensuite leurs différents petits-enfants orphelins", a indiqué Robert Huber de la Division des Nations Unies pour la politique sociale et le développement. "La solitude accrue, l'isolation, l'ostracisme et la contrainte provoquée par la charge de s'occuper des maisons et des petits-enfants laissent un lourd tribut sur des personnes d'un certain âge", a-t-il ajouté.

Huber a dit à plus de 200 délégués que plusieurs pays en voie de développement sont incapables de collecter assez de fonds pour financer les services sociaux de soins de santé qui accueillent des personnes âgées, qui ont encore peu de ressources à générer.

"Les femmes âgées sont particulièrement affectées. Elles manquent de ressources et d'opportunités, souffrent d'un taux élevé d'infirmité et mauvais traitements – et ont la principale responsabilité pour les soins dans la famille", a-t-il souligné. Les Nations Unies définissent "les personnes âgées" comme celles qui ont 60 ans et plus. A travers le monde, il y a environ 600 millions de personnes âgées; on estime que ce nombre va doubler d'ici à 2025, et va s'accroître pour approcher deux milliards vers 2050. La grande majorité de ces gens résidera dans les pays en voie de développement – plusieurs d'entre eux en Afrique, selon l'ONU. Actuellement, juste un Africain sur 20 est une personne âgée. Même si le vieillissement ne sera pas aussi rapide en Afrique que dans les régions développées, au cours des prochaines décennies, on estime que le pourcentage des personnes âgées devrait s'accroître de six à 12 pour cent de la population, a dit Huber.

"Le continent africain est le plus jeune dans le monde", a affirmé Joseph Troisi, directeur adjoint de l'Institut international des Nations Unies sur la vieillesse, qui est basé à Malte.

"Mais l'Afrique se trouve également à un virage critique", a-t-il ajouté.

"La famille africaine est en train de changer, et de plus en plus de personnes consacrent beaucoup de temps au travail, abandonnant la charge des enfants leurs grands-parents".

Cette situation, ajoutée aux responsabilités imposées par la pandémie du SIDA, a fait que la fixation du seuil de la vieillesse à 60 ans paraît plutôt arbitraire en Afrique.

"Bien que nous prenions le seuil de 60 ans pour définir les personnes âgées, pour plusieurs personnes dans différentes régions du monde en développement, la vieillesse commence plus tôt. Ceux qui sont épuisés par l'usure physique ainsi que la souffrance de la pauvreté et la maladie pourraient être confrontés à la dépendance à un âge plus jeune", a expliqué Huber. "En plusieurs endroits d'Afrique, des personnes qui ont dépassé les 60 ans, continuent de travailler durant de longues heures pour essayer d'entretenir des familles déchirées par des effets dévastateurs de la guerre, la détérioration économique et le VIH/SIDA", a-t-il ajouté.

Vusi Madonsela, directeur général du Département du développement social de l'Afrique du Sud, exhorte les gouvernements africains à prendre en compte convenablement les personnes âgées dans leurs politiques nationales.

"Des professionnels ne devraient pas essayer de diriger des personnes âgées; ils doivent…donner la possibilité aux personnes âgées de diriger leurs propres services", a-t-il dit dans le discours d'ouverture de la conférence. Il a averti que l'objectif du millénaire pour le développement des Nations Unies, visant à réduire la pauvreté d'ici à 2015, ne serait pas atteint en Afrique subsaharienne sauf si les personnes âgées sont partie prenante des politiques et programmes destinés pour l'atteindre. Huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ont été arrêtés par les leaders du monde aux Nations Unies à New York en 2000 dans le but d'améliorer les conditions de vie dans le monde. Les OMD comprennent également les engagements de réduire la mortalité maternelle de trois-quarts, et de réaliser l'éducation primaire universelle d'ici à 2015.

Plus de 350 millions de personnes, ou la moitié de la population africaine, vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour, selon la Banque mondiale. Adelaide Tambo, la femme du feu Oliver Tambo – une importante figure au sein du parti au pouvoir, le Congrès national sud-africain – a raconté comment elle était tombée sur les mauvais traitements des personnes âgées, au moment où elle préparait sa thèse sur la maladie d'Alzheimer, il y a quelques années. "J'ai trouvé (que) ces gens souffrant d'Alzheimer étaient placés dans des centres d'asile. Ceux dont la maladie était avancée étaient enfermés.. J'ai dit : "Pourquoi?", a déclaré Tambo aux délégués.

Elle a également exhortée les jeunes générations à puiser dans l'expérience des personnes âgées.

"Inspirons-nous des personnes âgées – ne les repoussons pas de côté.. C'est là où se trouvent nos richesses", a-t-elle dit. "Ils ont acquis de l'expérience : l'expérience de la vie, l'expérience de l'éducation des enfants". "Quand nous étions petits, on nous avait appris que lorsque nous sommes dans un car et qu'une personne âgée est debout, nous devons lui offrir le nôtre. Cela n'arrive pas de nos jours". Huber a ajouté : "Les sociétés ne peuvent pas se permettre de considérer plus longtemps leurs citoyens âgés comme improductifs. Nulle part, cela n'est plus vrai qu'en Afrique, où beaucoup de personnes âgées continuent d'apporter d'énormes contributions au bien-être de leurs familles et de leurs communautés".