DEVELOPPEMENT-AFRIQUE DU SUD: Plus il y a de zones humides réhabilitées,plus il y a de l'eau disponible

JOHANNESBURG, 17 mai (IPS) – Alors que le nouveau gouvernement d'Afrique du Sud rassemble ses forces pour étendre les fournitures d'eau potable à plus de personnes, des écologistes avertissent qu'il pourrait y avoir peu d'eau à distribuer si des efforts de conservation n'étaient pas intensifiés.

Ils croient que le pays sera à court d'eau d'ici à 2030 à moins que les ressources d'eau actuelles ne soient mieux entretenues. Une partie clé de ce défi implique la récupération des zones connues comme étant humides.

Les zones humides jouent le rôle d'éponges empêchant l'évaporation et la circulation de l'eau en particulier durant l'été. Puisque la végétation recouvre les zones humides, il y a peu d'inquiétude pour la perte de l'eau à travers l'évaporation. Les zones humides jouent également un rôle crucial de filtres naturels, purifiant l'eau en retenant les polluants, les bactéries et les virus qui provoquent des maladies comme la diarrhée et la dysenterie.

Selon John Dini de l'Institut national de botanique d'Afrique du Sud, entre 35 et 60 pour cent des zones humides d'Afrique du Sud – qui incluent des sources, des marécages et des marais – ont été détruits au cours des 40 dernières années.

"Historiquement, les zones humides étaient perçues comme (n'ayant) aucune valeur. Elles étaient drainées pour l'agriculture, le développement de l'habitat, ou la construction des barrages", a-t-il dit à IPS.

Les provinces du KwaZulu-Natal, le Cap oriental, le Mpumulanga et le Limpopo ont été particulièrement très touchées par cette approche sans fondement pour le développement suite aux activités agricoles et à l'ensablement causé par l'érosion des terres à fort pâturage. Ces provinces reçoivent maintenant l'attention du gouvernement et des groupes écologistes.

"Depuis 2000, nous avons récupéré 50.000 hectares – la taille d'environ 100.000 terrains de football – ou de zones humides", affirme Dini.

Entre 2000 et 2004, le gouvernement a alloué environ 16 millions de dollars pour réhabiliter les zones humides conformément à une initiative de réduction de la pauvreté.

"Conformément à ce programme, nous employons 1.000 personnes par an. Sur ce total, 60 pour cent doivent être des femmes, 20 pour cent des jeunes gens, un pour cent des personnes handicapées, et ainsi de suite. Le programme cible les personnes désavantagées", ajoute Dini.

Le travail de réhabilitation inclut le blocage des canaux qui étaient initialement creusée pour assécher les zones humides, ainsi l'eau peut se répandre dans les marais précédemment asséchés. Une fois cela fait, la végétation repousse à nouveau.

Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), une organisation non gouvernementale (ONG) basée en Suisse qui aide actuellement à récupérer les zones humides, environ 65 pour cent de l'Afrique du Sud reçoit une moyenne de moins de 500 mm de pluie par an – ce qui fait d'elle un pays ayant peu d'eau.

D'ici à 2025, les besoins en eau du pays dépasseront la fourniture à moins que des mesures urgentes ne soient prises pour gérer cette ressource d'une façon plus durable, ajoute de WWF.

Selon l'ONG, il y a déjà des problèmes de fourniture et de qualité par rapport à la fourniture de l'eau, avec quelque huit millions de Sud-Africains n'ayant pas accès à l'eau potable.

Un chiffre comparable a été donné par le président sud-africain Thabo Mbeki dans un discours au parlement en février. "Après la fin de l'apartheid en 1994, 16 millions de personnes n'avaient pas du tout accès à l'eau potable.

En 2004, neuf autres millions de personnes ont maintenant accès à l'eau potable", a-t-il dit aux députés.

Des décennies de ségrégation raciale en Afrique du Sud avaient fait en sorte que la plupart de la majorité des Noirs du pays ne profitaient pas de la fourniture des services de base comme l'eau et l'électricité. Le problème est particulièrement grave dans les zones rurales où vivent plusieurs Noirs – dont la plupart sont très pauvres.

Près de la moitié des 45 millions de citoyens du pays vit en dessous du seuil de pauvreté nationale, avec moins de 52 dollars par mois, a indiqué John Ohiorhenuan, représentant du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Afrique du Sud, au lancement du 'Rapport 2003 sur le développement humain en Afrique du Sud', le 5 mai.

On craint également que le réchauffement de la planète n'aggrave les problèmes affectant les zones humides.

"Si le réchauffement du globe s'intensifie, l'Afrique du Sud deviendra sèche", a déclaré Geoff Cowan, vice-directeur du ministère des Affaires environnementales et du Tourisme, dans un entretien téléphonique.

Le taux de croissance annuelle de la population sud-africaine, de 1,35 pour cent, est également une source d'inquiétude. "Il y aura beaucoup de gens et pas assez d'eau pour tout le monde", a noté Cowan.

L'Afrique du Sud est signataire de la Convention de Ramsar, un traité international qui fournit un cadre de coopération sur la préservation des zones humides. Pretoria a ratifié le traité en 1975, deux ans après l'avoir signé dans la ville iranienne du même nom.

La convention couvre plus de 1.000 sites de zones humides à travers le monde, ou environ un territoire de 78 hectares.

Environ 16 sites en Afrique du Sud ont été, selon les termes de la convention, classés zones humides d'importance internationale. Ces zones humides sont considérées comme importantes à cause de leur valeur écologique et hydrologique, et leur importance pour la conservation de la diversité biologique.

L'une des zones humides, De Mond State Forest – qui a été classée en 1986 – est située dans la Province du Cap occidental, à l'estuaire de la rivière Heuningnes qui s'étend dans un périmètre de 12 kilomètres à travers la plaine côtière plate de la zone agricole de Valley Zoetendals avant de déboucher sur la mer à travers une corniche à double-dunes, selon le document sud-africain de briefing, La 'Convention de Ramsar' sur les zones humides.

La zone humide, déclarée comme un site de Ramsar, est l'un des rares sites sud-africains d'élevage de l'hirondelle de mer de Damara. Cette espèce endémique à l'Afrique australe, est classée comme rare et vulnérable et est probablement l'oiseau de mer non migrateur le plus rare en Afrique du Sud, souligne le document.

"Au nombre d'autres oiseaux élevés, figurent l'huîtrier noir africain, la grue bleue, le pluvier de Kittlitz et l'oie égyptienne. Comme estuaire le plus au sud en Afrique, le site est scientifiquement important pour la distribution des espèces aux points les plus reculés, y compris les témoins des espèces tropicales de l'extrême sud comme la crevette rousse, le crabe de boue géant et le gastéropode", selon le document.

Au nombre des obligations de l'Afrique du Sud conformément à la convention de Ramsar, figure la promotion de l'utilisation judicieuse de toutes les zones humides.

Les populations locales bénéficient directement des produits des zones humides comme le poisson, le riz et le bois ou indirectement de leurs fonctions comme le contrôle de l'inondation, le contrôle de l'érosion et la reconstitution de la nappe phréatique. Les zones humides sont également utiles pour les activités récréatives comme la visite du gibier et la pêche. Selon des écologistes, on a besoin de plus d'argent pour réhabiliter les zones humides, mais le gouvernement ne donne qu'une somme dérisoire de 40 millions de rands (environ 7 millions de dollars) par an pour cet objectif.