LAGOS, 23 avr (IPS) – La police du Nigeria est en train de prendre des mesures énergétiques contre les armes à feu illicites qui, selon elle, menacent le pays le plus peuplé d'Afrique.
Tafa Balogun, le chef de la police nigériane, a pris un arrêté pour sévir contre les armes à feu illicites il y a trois semaines. Depuis lors, de grandes quantités d'armes ont été retrouvées et 105 suspects arrêtés.
Balogun a ordonné que les détenteurs de fusils rendent de leur propre gré leurs armes à la police au risque d'être appréhendés.
"Cela a été un énorme succès puisque de grandes quantités d'armes illégales ont été retirées à des bandits armés, des voyous politiques et des fabricants d'armes à feu", a dit à IPS, Chris Olakpe, un porte-parole de la police dans la capitale administrative du Nigeria, Abuja.
Olakpe a indiqué que 211 armes ont été retrouvées par le 'corps expéditionnaire' depuis la prise de l'arrêté le 14 mars.
Les armes retrouvées sont constituées de 64 pistolets, trois fusils à pompe, deux mitraillettes, 126 fusils AK-47, cinq fusils à deux canons et 11 fusils à un canon ainsi que 3.547 cartouches à balles.
La police a également saisi d'énormes quantités d'armes et de munitions passées frauduleusement à travers le Ghana et la République du Bénin..
La semaine dernière, la police d'Ibadan, la capitale de l'Etat d'Oyo, dans l'ouest du Nigeria, a présenté trois suspects accusés d'avoir importé une importante expédition de munitions par les frontières poreuses entre le Nigeria et la République du Bénin.
Les suspects ont été arrêtés à Saki, une ville entre les deux pays, avec trois camions. Les camions transportaient 105.000 cartouches à balles empaquetées dans 80 sacs, mélangés avec des sacs de maïs et de la sciure pour passer inaperçues. Des investigations préliminaires montrent que les expéditions ont été passées en contrebande depuis Kpobè, en République du Bénin.
Récemment, un contrebandier de 24 ans, Ugochukwu Okeke, a été arrêté avec 16 armes à feu dissimulées dans un sac contenant des chaussures usagées, après avoir réussi à passer le dispositif de sécurité aux frontières du Togo et du Bénin.
Les armes — toutes de fabrication russe — ont été achetées sur le marché d'armes de Tudu au Ghana et transportées à travers le Togo et la République du Bénin jusqu'au Nigeria.
Okeke a avoué à la police qu'il s'était rendu plusieurs fois dans le marché pour importer des armes et des munitions. Parmi ses clients, figurent des politiciens, de petits malfaiteurs, des assassins et des voleurs à Onitsha, dans l'est du Nigeria.
Le prix à la revente d'une arme de fabrication russe à un canon est de 25.000 nairas (environ 250 dollars) à Onitsha. Une arme à deux canons se vend à 35.000 nairas (environ 350 dollars) tandis qu'un fusil à pompe est vendu à 75.000 nairas (environ 750 dollars), selon le contrebandier.
Olakpe ne pouvait pas donner le nombre d'armes illégales en circulation au Nigeria, mais on croit qu'elles dépassent celles qui sont dans l'armurerie de la police dans tout le pays. "Je ne connais pas le nombre total d'armes à feu illégales en circulation. Je ne suis pas un magicien", a-t-il dit à IPS.
Un autre policier, qui a requis l'anonymat, a indiqué à IPS : "La licence de port d'armes à feu est délivrée seulement pour la chasse, mais beaucoup de Nigérians haut-placés acquièrent des armes pour leur propre protection ou pour des intérêts politiques égoïstes. Des criminels achètent également des armes illégalement pour leurs viles activités. En fait, aussi bien les politiciens que les criminels ne font jamais enregistrer leurs armes".
Il y a quelques années, le gouvernement avait annoncé une interdiction de la licence de port d'armes à feu pour réduire l'activité criminelle.
Pour faire une demande d'achat de fusil de chasse, le requérant doit remplir tous les documents nécessaires et obtenir une lettre de 'bonne conduite' d'un haut officier de police ou un officier de l'armée, ou encore un juge ou d'un membre du clergé. Un médecin doit également attester que la personne est apte à porter une arme tandis que l'approbation finale de la licence est donnée par un préfet de police.
Le mois dernier (mars), des agents de sécurité ont découvert une fabrique d'armes illégales dans l'Etat de Katsina, dans le nord du Nigeria.
Au moins dix personnes, au nombre desquelles un sergent révoqué, ont été arrêtées durant une descente sur la fabrique suite à des aveux de certains bandits armés dans l'Etat. L'usine de l'ex-sergent serait une grande source d'armes pour les bandits qui ont terrorisé des citoyens ordinaires à Katsina et dans d'autres Etats environnants.
"L'ancien sergent ne produisait pas seulement des pistolets fabriqués au Nigeria, mais les transformaient en armes à feu automatiques qui peuvent utiliser des balles automatiques", a expliqué Alhaji Fakai, préfet de police de l'Etat de Katsina.
Il y a deux semaines, la police a présenté à Abuja 19 fabricants présumés d'armes et de munitions illégales au Nigeria avec de vastes caches d'armes à feu d'une valeur de plusieurs millions de nairas. Les suspects ont été arrêtés à Abala, un village d'Abia State, dans l'est du Nigeria.
Au nombre des armes retirées aux suspects, qui passeront bientôt en jugement, figurent 96 fusils AK-47, 93 chargeurs et pistolets.
"L'arrestation des 19 fabricants d'armes à feu, qui fait suite à un tuyau, dans l'Etat d'Abia, marque une percée dans les efforts pour éliminer les armes à feu acquises illégalement", a déclaré Olakpe.
Il a demandé aux Nigérians de continuer à fournir à la police des informations sur les criminels et leurs cachettes. Il a ajouté que la police n'aurait de répit tant qu'elle ne mettra pas fin à la prolifération des armes illégales et des munitions dans le pays.
La police cible également les politiciens. On pense généralement que des politiciens de haut-placés mettent sur pied des armées privées pendant les élections. Parfois, ils les utilisent pour éliminer des opposants politiques.
Vingt fusils et plus de 100 munitions à balles ont été retrouvés par la police chez des politiciens dans l'Etat du Delta durant les élections de gouvernements locaux en mars. Au nombre des armes retrouvées, figurent des fusils AK-47 et des pistolets.
La plupart des armes distribuées aux voyous pour intimider des opposants politiques pendant les élections de l'année dernière, selon la police, n'ont jamais été retrouvés. Elles ont été utilisées pour des activités criminelles.

