DEVELOPPEMENT: La société civile et le NEPAD face au défi del'environnement dans les Grands Lacs

BUJUMBURA, 18 fév (IPS) – "Le grand défi, pour la région des Grands Lacs, consiste à faire concilier les ressources naturelles avec la lutte contre la pauvreté", estime Innocent Kamanzi, secrétaire général de l'organisation non gouvernementale (ONG) locale rwandaise Jeunesse ouvrière chrétienne.

La restauration et la sauvegarde de l'environnement dans les pays des Grands Lacs ont été au cœur d'une conférence sous-régionale sur l'implication de la société civile dans la mise en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). La réunion s'est tenue à Bujumbura, la capitale du Burundi, du 16 au 17 février. Les participants venaient de la République démocratique du Congo (RDC), du Rwanda et du Burundi. Des représentants de l'Union mondiale pour la nature (IUCN), dont le Bureau régional de l'Afrique centrale est basé à Yaoundé, au Cameroun, avaient également participé à la réunion.

Environ une quarantaine de représentants de la société civile des trois pays se sont retrouvés au cours de la rencontre pour définir des stratégies de leur intervention pour accompagner la mise en œuvre du NEPAD dans le domaine de l'environnement dans cette sous-région. Selon Albert Mbonerane, ministre burundais de l'Environnement, "ce forum sous-régional témoigne de l'engagement de différents partenaires d'Afrique et des organismes internationaux à restaurer l'environnement dans la région des Grands Lacs victime des conflits armés qui durent pour certains pays, dont le Burundi, depuis une décennie".

Pour Susan Matindi, chargée des programmes environnementaux au sein du NEPAD, "les membres de la société civile des pays africains et en particulier ceux des Grands Lacs, doivent unir leurs forces, promouvoir une vision commune et renforcer la collaboration sous-régionale pour la sauvegarde de l'environnement".

Des environnementalistes estiment que malgré la présence des forêts dans la région des Grands Lacs comme en RDC, "la dégradation des ressources est liée à l'absence de la mise en œuvre de lois adéquates pour protéger l'environnement, une mauvaise réglementation et surtout à une forte pression exercée sur ces ressources, soit par la population locale, soit par de grandes compagnies".

Cependant, nul n'ignore que la société civile se cherche encore dans tous les domaines, dans cette région, notamment dans le secteur de l'environnement. Les observateurs s'interrogent même sur la façon dont elle pourrait jouer un rôle important dans la sauvegarde de l'environnement. Cleto Ndikumana, coordonnateur du projet de l'Appui à la collaboration sous-régionale pour la gestion des écosystèmes forestiers de l'Afrique centrale, basé à Yaoundé, répond à cette interrogation : "Nous sommes très conscients de l'absence d'une société civile structurée en Afrique et dans les Grands Lacs en particulier, mais c'est un processus progressif. Grâce à ces forums régionaux, cela donne petit à petit un engouement à la société civile et l'interpelle pour qu'elle joue un rôle important dans la sauvegarde de la nature".

Sur cette même interrogation, Dr Bihini won Wamusiti, coordonnateur de programme au Bureau régional de l'IUCN, est optimiste : "La façon dont travaille la société civile doit changer. C'est le moment de le faire.

C'est de la jeunesse de la société civile qu'il faut attendre des solutions les plus efficaces pour la sauvegarde de l'environnement. C'est pourquoi on vient maintenant à pour qu'elle élabore ses propres stratégies et ses possibilités de pouvoir s'engager dès à présent dans le processus du NEPAD".

L'Afrique des Grands Lacs reste aux prises avec des conflits, et souvent, l'environnement est rarement inscrit sur le tableau des priorités.

Toutefois, Bihini est d'avis contraire : "Je pense qu'il y a lieu de croire que ces pays donnent une place de choix à l'environnement, à voir comment ils s'engagent dans des conventions internationales en matière de la conservation des ressources naturelles".

"Nous avons d'autres exemples qui témoignent de l'engagement des Etats en Afrique des Grands Lacs comme "la promotion de nouvelles approches, notamment les parcs pour la paix qu'on retrouve au Burundi et en RDC. C'est la manifestation d'un engagement pour pouvoir créer des zones de dialogue autour des aires protégées pour que le conflit – aires protégées/population – deviennent des solutions et non des problèmes", souligne Bihini.

Selon Salvatore Ndabirore, conseiller du ministre burundais de l'Environnement, la société civile burundaise se recherche en terme de capacité, mais elle a une ferme volonté et le dynamisme pour travailler.

"Sa force est qu'elle est beaucoup plus proche de la population", affirme-t-il.

Emmanuel Nshimirimana, responsable de l'ONG locale 'Biraturaba' (qui signifie ça nous concerne en kirundi), estime que la société civile burundaise est à ses débuts, mais que ce forum permet l'échange d'expériences entre les sociétés civiles du Rwanda, du Burundi et de la RDC. "Cette conférence va nous mettre en contact avec d'autres organisations qui s'occupent de l'environnement dans la sous région, elle nous aidera surtout dans les échanges d'expériences. Ce forum nous aidera aussi à avoir des forces du lobbying auprès des gouvernements".

Malgré les guerres qui n'ont rien épargné dans les Grands Lacs, l'environnement n'a pas été complètement détruit, affirme Claude Sikubwabo, responsable du projet 'Parc pour la paix' dans l'est de la RDC.

"L'environnement en RDC a été sauvé par certains cadres amoureux de l'environnement, œuvrant dans des institutions et ONG locales, mais aussi et surtout par des appuis des organismes internationaux de conservation comme l'UNESCO".

Les stratégies du NEPAD en matière de l'environnement ont été définies et adoptées par des chefs d'Etat et de gouvernement africains à Maputo en juillet 2003, et tiennent compte des principales menaces des différents écosystèmes et de leurs conséquences sur l'accroissement de la pauvreté des populations.

Mais, selon Ter Heegde de l'IUCN à Yaoundé, "Il revient à la société civile de décider comment elle va travailler ensemble pour s'intégrer dans le processus du NEPAD. C'est à nous, c'est-à-dire la société civile internationale, les organismes internationaux, d'aider ce processus, surtout dans la recherche de financement. Nous sommes prêts si les ONG locales viennent avec des idées et plans clairs".