NAIROBI, 6 fév (IPS) – La question controversée de l'avortement au Kenya a été réexaminée mercredi, au cours des événements commémorant la Journée de la santé et des droits des femmes africaines.
A ce jour, l'avortement est interdit dans ce pays d'Afrique de l'est.
Toutefois, des groupes de femmes demandent avec insistance au gouvernement d'ouvrir un débat sur cette politique.
"Nous apprécions et respectons les points de vue et opinions divergents sur l'avortement. Toutefois, nous sommes préoccupées par le taux de décès causés par l'avortement clandestin", a déclaré Leah Nyambura de 'Sisters Beyond Boundaries' (Sœurs au-delà des frontières), un groupe qui fait pression en faveur des droits des femmes à la reproduction.
"Nous demandons alors au gouvernement d'adopter une position sur la question ou de faire quelque chose au sujet des femmes qui meurent", a-t-elle ajouté.
Des statistiques du ministère de la Santé du Kenya indiquent que 700 avortements sont effectués chaque jour dans le pays sur des filles âgées de 15 à 19 ans. Environ 5.000 femmes meurent annuellement des suites de complications liées à l'avortement.
Mais, le gouvernement soutient qu'il ne néglige pas le sort de ces femmes.
Josephine Kibaru, qui préside la division santé reproductive du ministère de la Santé, dit que des services post-avortement sont disponibles dans les cliniques et hôpitaux.
"Nous avons (rapproché) ces services des populations. Nous avons outillé nos infirmiers pour faire face aux complications provenant de l'avortement afin que la femme ne meure pas d'hémorragie excessive", a-t-elle indiqué à IPS.
Des appels pour légaliser l'avortement ont commencé par s'amplifier l'année dernière lorsque des femmes parlementaires ont appelé à un changement de politique, parce que les femmes devraient être libres de prendre des décisions à propos de leur santé reproductive. Ces déclarations ont suscité la fureur des leaders religieux.
Récemment, la ministre des ressources en eau, Martha Karua, est également entrée dans l'arène.
S'exprimant à un forum d'évaluation des améliorations de la situation des femmes depuis la 4ème Conférence des Nations Unies sur la femme, qui s'est tenue dans la capitale chinoise Beijing, il y a une décennie, elle a déclaré : "L'avortement devrait être légalisé. Voulez-vous avoir plus d'enfants courant dans les rues sans nourriture? Lorsque cela arrive, c'est le meurtre le plus odieux".
Cette année marquera également le 10ème anniversaire de la Conférence internationale des Nations Unies sur la population et le développement (ICPD), organisée au Caire, en Egypte.
"Dix ans après l'ICPD, la domination et le pouvoir des hommes, ajoutés à la soumission des femmes et leur ignorance de leurs droits humains et de reproduction, continuent d'entraver les efforts qui sont en train d'être faits en vue de la délégation des responsabilités aux femmes", a déclaré Joyce Muchewa de la Coalition contre la violence à l'égard des femmes, basée à Nairobi.
La conférence du Caire a élaboré un plan d'action qui a été adopté par 179 pays. Entre autres choses, le programme a assigné aux nations de travailler en vue de garantir l'accès aux services de santé reproductive pour tous d'ici à 2015. Le besoin pour les femmes d'être éduquées sur leurs droits et choix en matière de reproduction, notamment en ce qui concerne la contraception, a été également débattu avec passion.
"L'information et l'éducation sur ces questions ne devraient pas être seulement confinées aux hôpitaux et aux centres de santé, mais devraient être également disponibles au niveau communautaire", a souligné Josephine Ojiambo, présidente de l'Association des femmes médecins du Kenya, dans un entretien téléphonique. "On devrait également faire en sorte que les contraceptifs soient facilement accessibles ici", a-t-elle ajouté.
Leah Nyambura est de cet avis. Elle estime que les contraceptifs doivent être accessibles – et abordables – même dans les parties les plus reculées du Kenya : "Par exemple, le condom féminin est actuellement hors de portée pour les Kényanes ordinaires lorsqu'on le compare au condom masculin".
(Le prix moyen d'un paquet de trois condoms féminins est de près de trois dollars, contre moins d'un dollar pour un paquet de condoms masculins).
Une fois encore, le gouvernement défend son bilan : "Nous avons veillé à ce que tous les contraceptifs comme les pilules (et) les condoms soient disponibles", affirme Kibaru du ministère de la Santé.

