ADDIS ABEBA, 5 fév (IPS) – Meseret, du district de Lalibela dans le nord de l'Ethiopie, n'avait que treize ans lorsqu'elle est tombée enceinte.
Mariée à l'âge de 12 ans, son corps insuffisamment développé n'était pas prêt pour supporter le stress de l'accouchement. Après six jours de travail éreintant, sa fille est finalement née, mais elle était morte.
Suite au long travail, Meseret a souffert de blessures invalidantes – y compris la déchirure d'un tissu interne. Cela a créé un trou entre sa vessie, son vagin et le rectum, une affection que les médecins appellent "fistule obstétricale". Par conséquent, Meseret s'est retrouvée dans l'impossibilité de contrôler ses fonctions excrétoires normales – et aussi bien l'urine que les excréments ont commencé par dégouliner continuellement le long de ses jambes.
Le mari de la fille l'a rapidement rejetée. Elle lui a donné un mort-né et maintenant elle empestait terriblement. Il l'a renvoyée dans sa famille.
Si elle n'est pas traitée, l'affection de Meseret conduirait probablement aux infections, à une défaillance rénale – et finalement à la mort.
Mais heureusement, sa mère a entendu parler d'une autre fille qui avait souffert de cette affection dans le village – et comment elle avait cherché à se faire soigner, avec succès, dans la capitale, Addis Abeba.
La famille a alors vendu une vache pour payer le voyage de trois jours sur la capitale et est arrivée aux portes de Fistula Hospital d'Addis Abeba, avec Meseret, sans le sou.
Pour la fondatrice de l'hôpital, Dr Catherine Hamlin, c'est une histoire courante. Hamlin est une gynécologue australienne qui a passé les 44 dernières années dans la capitale.
Son hôpital traite 1.200 femmes par an. Toutefois, au moment où le continent commémore la Journée de la santé et des droits des femmes africaines aujourd'hui, des experts sanitaires reconnaissent que c'est une infime partie du nombre total de cas de fistules qui surviennent en Ethiopie.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) croit que près de 8.500 femmes dans ce pays d'Afrique orientale développent cette maladie chaque année.
"Dans plusieurs pays en développement, le rôle des femmes est limité à la procuration de la satisfaction sexuelle à leurs maris, à l'enfantement et à l'exécution du dur labeur associé à la vie champêtre", déclare Hamlin.
"Les blessures de la fistule détruisent leur capacité à s'acquitter de leurs missions, et avec cela, leur sens de l'estime de soi. Elles deviennent des exclues de leur communauté sans avoir commis une quelconque faute elles-mêmes".
Heureusement, la plupart des fistules peuvent être corrigées chirurgicalement, même après plusieurs années.
Le coût de l'opération varie entre 100 et 450 dollars US.
Tandis que ce montant est de loin supérieur à ce que peuvent payer la plupart des patients, Fistula Hospital d'Addis Abeba offre une opération gratuite – et un lit gratuit pour le patient.
"Si c'est fait correctement, une réparation chirurgicale peut avoir un taux de succès allant jusqu'à 90 pour cent et les femmes peuvent généralement avoir beaucoup d'autres enfants", a indiqué Hamlin.
Il est difficile d'obtenir des statistiques fiables sur la fistule obstétricale pour toute l'Afrique, même si le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) estime qu'entre 50.000 et 100.000 femmes peuvent être affectées.
"Si la fistule obstétricale était quelque chose qui arrivait aussi bien aux hommes qu'aux femmes, beaucoup plus d'efforts auraient été faits pour l'étudier", a affirmé Ruth Kennedy, l'administratrice de l'hôpital d'Addis Abeba.
Mais à cause de la pauvreté et de la honte associée à leur maladie, la plupart des femmes vivant avec des fistules sont ignorées par les décideurs politiques aussi bien dans leurs propres pays qu'à l'étranger.
"Ce sont des filles qui sont illettrés et ne peuvent pas communiquer – elles ne peuvent pas écrire pour dire 'Regardez, j'ai ce problème, pouvez-vous m'aider?", fait remarquer Kennedy.
Le FNUAP a démarré des programmes de prévention de la fistule en 2002. Mais le président américain George Bush, alarmé par des rapports selon lesquels l'agence appuyait des avortements provoqués en Chine, a retiré plus tard un financement de 34 millions de dollars au FNUAP. Ceci a eu des répercussions sur le travail de l'agence dans d'autres parties du monde, y compris l'Ethiopie. Le FNUAP rejette l'accusation selon laquelle il endosse des avortements provoqués en Chine.
Repousser l'âge du mariage et retarder la maternité peuvent considérablement réduire le risque d'exposition des jeunes femmes au travail difficile qui provoque les fistules. Toutefois, l'éducation des femmes éthiopiennes sur ces faits se révèle être une tâche difficile.
A ce jour, Fistula Hospital d'Addis Abeba gère un programme de sensibilisation conjointement avec l'Association des femmes juristes d'Ethiopie.
"Nous avons une femme juriste qui cause avec les filles, ici à l'hôpital, sur leurs droits : qu'elles n'ont pas besoin de se marier tôt, et devraient plutôt aller à l'école", souligne Hamlin.
"Mais il est très difficile de changer la culture lorsque vous vous essayez à Addis Abeba, à moins que cela ne vienne des gens au village", ajoute-t-elle.
"Nous devons donc aller dans les villages, je pense, pour parler aux gens là-bas, si nous voulons observer un changement".

