SANTE-MALI: Les malades du SIDA plaident pour une baisse du coût desanti-rétroviraux

BAMAKO, 18 nov (IPS) – Les malades du SIDA doivent débourser encore 45.000 francs CFA (environ 80 dollars US) chaque mois pour se faire soigner au Mali alors que le salaire minimum du pays n'est que de 24.730 FCFA (44 USD).

Ce prix pour le traitement du SIDA exclut encore une bonne partie des Maliens malades. "C'est un prix que je ne peux pas payer avec mon salaire qui n'est que de 50.000 FCFA (environ 89 dollars US)", avoue Salif Diarra, employé de commerce à Bamako, la capitale malienne, séropositif déjà en phase terminale, qui n'est pas encore sous médicaments anti-rétroviraux (ARV) faute d'argent. Les ARV sont des médicaments qui freinent la réplication du virus. Ils sont les seuls médicaments capables aujourd'hui de prolonger de plusieurs mois, voire des années, la vie des personnes infectées par le VIH/SIDA. Selon son médecin, Diarra est déjà à une étape de la maladie où il doit prendre des ARV. Sa maladie ne lui permet même plus d'être très régulier à son service, dit-il, et son patron, qui connaît pourtant son état de santé, manifeste, par moments, des mécontentements. Diarra a écrit au ministère de la Santé pour bénéficier d'un soutien financier, mais il attend toujours une réponse. "Si les prix des médicaments n'étaient pas si chers, je pouvais au moins les payer moi-même", regrette Diarra, souhaitant vivement la réduction du coût des ARV, à défaut de bénéficier de l'aide de l'Etat malien. Fanta Diallo, 36 ans, une mère séropositive vivant au quartier Banankabougou, à Bamako, n'est pas encore sous ARV, mais elle envisage déjà ce qui pourrait se passer lorsque viendra le moment où elle devra les prendre. "Si le coût des ARV devait rester aussi élevé, je crois que je ne pourrais jamais me les payer", avoue-t-elle. "Je suis veuve et je n'ai aucun soutien, si ce n'est le prêt que le CESAC m'a accordé pour monter une fabrique de savon". Le CESAC est le Centre d'écoute, de soutien, d'animation et de conseil aux personnes infectées ou affectées par le VIH/SIDA. Veuve depuis trois ans, suite à la disparition de son mari, mort du SIDA, Diallo dit avoir déjà trop de charge avec ses six enfants à nourrir.

"C'est trop me demander que de me dire de payer 45.000 FCFA de médicaments par mois. Vraiment, je ne pourrai pas…". Le CESAC est à la fois un centre de soins et une organisation non gouvernementale (ONG) d'assistance et de conseils pour les personnes vivant avec le VIH/SIDA. Le CESAC suit actuellement 5.000 Maliens dont 265 sont sous ARV, avec l'obligation de participer au coût de leur traitement à hauteur de 50 pour cent. Le Mali a connu son premier cas de SIDA en 1984. Près de 20 ans plus tard, en 2003, plus de 750.000 personnes (1,7 pour cent de la population sexuellement active) sont infectées par le virus du SIDA, signe que le pays ne compte plus parmi les moins épargnés par la maladie. Ali Djerma, 29 ans, a la chance de ne pas payer ses médicaments. Employé au CESAC, il bénéficie gratuitement du traitement par les ARV. Mais il avoue ne pas pouvoir s'offrir aujourd'hui ces médicaments à leur coût actuel, s'il devait les acheter avec son salaire. Il se rappelle toutefois avoir acheté, en 1998 avec l'aide de son père, des médicaments – qui n'étaient pas encore des ARV -, mais qui coûtaient jusqu'à 450.000 FCFA (environ 803 dollars US) pour un traitement mensuel. A l'époque, le Mali n'avait pas encore bénéficié de la réduction des prix accordée par des firmes pharmaceutiques. Mais les temps ont changé depuis lors pour Djerma. Les affaires de son père ne marchent plus comme avant et il a dû chercher un travail malgré sa maladie. "A 45.000 FCFA, je ne peux pas me payer ces médicaments avec mon salaire. Je pense que très peu de Maliens le pourront d'ailleurs. Il faut que les gens baissent le coût de ces ARV avant que la situation ne s'aggrave". Aujourd'hui, il avoue qu'il serait déjà mort s'il ne travaillait pas au CESAC et ne bénéficiait pas gratuitement des ARV. "Le coût actuel des ARV est encore très élevé pour les Maliens", reconnaît Dr Idrissa Cissé, responsable de l'Initiative malienne d'accès aux anti-rétroviraux (IMAARV). Pourtant, explique-t-il, les 45.000 FCFA sont déjà subventionnés par l'Etat malien, sinon, le coût réel des ARV donnés aux malades au Mali est de 90.000 FCFA (environ 160 dollars US) par mois. L'idéal, souligne Cissé, c'est de baisser encore ce coût. "Nous nous battons pour arriver à un coût de 5.000 FCFA (environ neuf dollars US) par mois et par malade, ce qui reflèterait le niveau de vie réel des Maliens". Le CESAC se bat également pour faire baisser le coût des ARV au Mali à défaut de pouvoir les offrir gratuitement. "Ce que nous recherchons, c'est de réussir à donner gratuitement les ARV à tous les malades maliens", confie Dr Bintou Kéita-Dembélé, directrice adjointe du CESAC.

Plus de 63 pour cent des Maliens vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.