DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Quatre feuilles de route pour l'avenir du continent

JOHANNESBURG, 17 nov (IPS) – Une étude révolutionnaire du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a cherché à prévoir ce que pourrait être la vie en Afrique d'ici à 2025.

Des contributions à l'étude sont venues de plus de 1.000 penseurs à travers le continent. Leur pronostic : quatre scénarios allant d'une ruine imminente ou la stagnation, à une modernisation rapide et à la prospérité accrue. Le rapport – "Afrique 2025" – a été coordonné par le projet Avenirs d'Afrique du PNUD, et édité par Alioune Sall. "Plus de mille personnes réparties dans 54 pays africains, à un moment ou à un autre, ont participé à cet exercice, qui ressemblait à une odyssée intellectuelle – et qui a commencé en Afrique du Sud", écrit-il. En tant qu'architecte de, et membre d'un groupe de pression en faveur du rêve panafricain inhérent au Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) – le président sud-africain Thabo Mbeki a été un partisan du projet Avenirs d'Afrique.

Ecrivant dans l'avant-propos de "Afrique 2025", il constate que le continent "n'a pas un droit divin pour réussir dans ses entreprises dans le siècle actuel. Il n'y a pas non plus une force surnaturelle qui peut vouloir que nous échouions. La manière, dont se dérouleront les événements au cours des 20 prochaines années, dépendra, dans une large mesure, de ce que nous, en tant qu'Africains, faisons".

Les chercheurs du continent ont commencé par élaborer un rapport sur la situation des principales tendances qui ont fini par définir le continent.

La première est le boom de la population que l'on observe actuellement. Les contributeurs croient que ce n'est pas exceptionnel, mais que "l'Afrique rattrape son ancienne proportion de la population mondiale".

Mais, ce boom alimente également une croissance économique faible et la stagnation du développement – plus que le SIDA, les problèmes environnementaux, la corruption ou la mauvaise gouvernance. Des nombres records de jeunes gens représentent, pour des gouvernements africains, une facture salée dans le domaine de l'éducation. Le continent détient également le ratio le plus élevé de personnes qui dépendent d'un salarié dans le monde. L'urbanisation est une autre tendance importante. En 1950, près de 10 pour cent des populations à travers le continent vivaient dans les villes et les cités. Ce chiffre a triplé depuis. Un défi vital concerne la manière dont la plupart des économies africaines sont structurées. L'étude indique que "l'Afrique en général reste une économie de rente", – une économie où il y a eu peu d'investissements étrangers dans des secteurs autres que ceux liés à l'exportation des matières premières. Le "processus d'accumulation n'a pas encore véritablement commencé", sur le continent, affirme le rapport. L'Afrique subsaharienne, qui reste enfermée dans un schéma d'endettement élevé, est marginale dans le commerce international et les flux d'investissement – et possède une économie informelle énorme.

Quelles seront nos chances dans 22 ans? Sall utilise diverses métaphores d'un lion pour représenter les réalités possibles. Celles-ci sont appelées "les lions sont affamés", "les lions sont pris au piège", "les lions sont sortis de leur tanière", et les "lions marquent leur territoire". Une Afrique dans laquelle les lions sont affamés dans le scénario du jugement dernier. "On doit craindre que l'Afrique ne soit de plus en plus à deux doigts de tomber au cours des 25 prochaines années. Plusieurs facteurs contribueront à la fragilité croissante des régimes qui provoquent la stagnation de l'économie", fait remarquer le rapport.

Ceci sera causé par une baisse rapide de l'aide étrangère, la dégradation de l'environnement et par des conflits. "Nous ne pouvons pas oublier que l'Afrique subsaharienne aura la plus forte proportion de jeunes gens âgés de 15 à 29 ans. Dans le monde entier, c'est la tranche d'âge la plus encline à la violence", indiquent les contributeurs.

Dans un scénario de "lion pris au piège", l'Afrique restera marginale dans la communauté mondiale, la projection de sept pour cent de croissance annuelle du NEPAD "loin d'avoir été atteinte". Cette réalité verra les "Africains continuer à vivre ou à survivre. Mais leur niveau de vie (ne s'améliorera pas) aussi considérablement que sur d'autres continents".

La série des Objectifs de développement du millénaire – un plan des Nations Unies pour stimuler le développement d'ici à 2015 – n'a pas été atteinte dans le scénario du lion pris au piège. Ceci s'explique également par le fait que "les gens sont réticents à verser une contribution dans les caisses du gouvernement. Ils voient toujours le gouvernement en train de voler les gens, plutôt que de fournir les services attendus".

L'étude examine alors les deux dernières alternatives, dans lesquelles les lions sont sortis de leur tanière et marquent leur territoire. Ce sont les scénarios de la renaissance dans lesquels une génération d'entrepreneurs vient au premier plan, actionne la croissance, et où un leadership puissant se développe : "Il apparaît une nouvelle génération de politiciens qui se détache des générations passées".

Pour que ces choses deviennent une réalité, une série de conditions préalables doit être satisfaite. Au nombre de celles-ci, figure la réalisation de l'éducation universelle et de la santé pour tous, d'une meilleure infrastructure et d'une architecture internationale plus équitable.

"Les gouvernements africains auront probablement à se faire entendre, fort et clairement, pour obtenir les nouvelles exemptions dont ils ont besoin pour protéger leurs jeunes industries", affirme l'étude.

Et qu'en sera-t-il du NEPAD dans 23 ans? "Le NEPAD n'a certainement pas apporté tous les changements radicaux que ses promoteurs attendaient. Mais c'était le point de départ pour une 'Renaissance africaine'." Des poches d'espoir dans plusieurs parties du continent suggèrent que ce scénario final pourrait se réaliser, selon Sall, qui attire l'attention sur l'enracinement des démocraties multipartites dans plusieurs Etats, une certaine stabilité et des économies plus fortes. Il ajoute que le jury est toujours en délibération sur Afrique 2025 – qui a été lancé à la fin du mois dernier. Mais, il croit que le désir du PNUD d'entreprendre le projet est de bon augure pour l'avenir : "Après être tombé en disgrâce et après avoir été relégué au rang des doctrines arbitraires… la perception à long-terme a maintenant trouvé sa place légitime dans des cercles de développement", indique Sall.