BLANTYRE, 16 sep (IPS) – Des femmes activistes au Malawi ont mené la guerre contre le travail des enfants, estimant que c'est l'une des nombreuses formes de violence dont souffrent les femmes du pays.
Dans la lutte contre le travail des enfants – notamment parmi les enfants filles – des femmes activistes, des éducatrices et des entrepreneurs utilisent l'éducation comme une arme pour permettre aux filles de s'assumer. Elles affirment que la violence endémique au Malawi est en partie due aux niveaux élevés de l'analphabétisme parmi les femmes et les filles.
"Nous avons décidé de combattre le travail des enfants en nous assurant qu'autant de filles que possible suivent l'éducation formelle parce que l'accès – et l'obtention de – diplômes scolaires sont nécessaires si l'on veut que davantage de femmes deviennent des artisans de changement", affirme Catherine Munthali, directrice exécutive de la Société pour l'avancement des femmes.
Munthali souligne que des organisations de défense des droits des femmes se sont introduites dans des zones rurales où le travail des enfants est endémique pour le combattre depuis la base jusqu'au sommet. "Nous combattons actuellement le travail des enfants parce que le gros des victimes de la pratique oppressive est constitué de filles", ajoute Munthali.
Des efforts entrepris par des activistes pour éradiquer le travail des enfants semblent être en train de porter des fruits. Une femme basée dans le district rural de Rumphi, dans le nord du Malawi, a ouvert une école primaire communautaire dans la banlieue du district de Rumphi où des enfants, qui travaillaient dans des plantations de tabac, vont maintenant à l'école.
Selon la femme d'affaires, Bessie Chirambo, environ 300 enfants, qui allaient à l'école, n'ont pas pu le faire et étaient soumis à toutes sortes d'abus à l'encontre de l'enfant sur les plantations de tabac ainsi qu'à la maison où ils n'avaient rien d'autre à faire que des travaux manuels toute la journée.
"J'ai été très touchée par les conditions dégradantes dans lesquelles les enfants, notamment les filles, qui travaillent dans les plantations de tabac, se retrouvaient. Je savais que la seule façon de combattre la situation passait par l'éducation", souligne Chirambo, qui dirige plusieurs magasins de détails et d'autres entreprises.
A part le travail dans les champs, des parents dans Rumphi utilisent les enfants pour dénicher des souris et les enfants passent des heures juste pour trouver une souris.
Les enfants vont à l'école gratuitement. L'école est dénommée Kapyolambavi et est située le long de la route menant au Parc national Nyika. Chirambo confie qu'elle a décidé de construire l'école parce qu'il n'y a aucune école dans un rayon de 15 kilomètres et qu'il est impossible pour les jeunes enfants de se rendre à pied dans l'école la plus proche, qui est à 17 kilomètres plus loin.
Les femmes activistes malawites font également monter la pression sur les sociétés et les plantations pour qu'elles cessent d'utiliser la main-d'œuvre infantile. Pour la directrice exécutive de la Commission des libertés civiles (CILIC), Emmie Chanika, avec les progrès faits jusqu'ici, on espérait que suffisamment de pressions seraient exercées contre les sociétés pour finalement faire de la pratique du travail des enfants quelque chose du passé. Chanika affirme que les plantations de tabac emploient actuellement des adultes pour travailler pour elles.
Des propriétaires des plantations dans les districts du sud du Malawi, qui produisent le thé et le café, admettent qu'ils ont cessé d'utiliser la main-d'œuvre infantile à cause de la pression exercée par le gouvernement et la société civile.
Le chef du personnel pour Conforzi Tobacco, Tea & Tung Limited in Thyolo district, Maki Gondwe affirme : "Nous avons cessé. En effet, certains fonctionnaires du ministère du Travail font le tour des plantations pour voir s'il y a des ouvriers mineurs. Nous participons à tous les séminaires sur le travail des enfants".
Il a indiqué que la société était maintenant consciente qu'employer des jeunes personnes a un effet négatif drastique sur la vie des enfants et que l'action menée contre ce travail a pour but d'améliorer la vie des enfants du Malawi.
Chanika souligne que le Centre novateur pour la mobilisation communautaire (Creccom), financé par l'Agence américaine pour le développement international (USAID), joue un rôle crucial pour compléter les efforts des femmes activistes dans la lutte contre le travail des enfants.
Le Creccom, sous son programme de campagne de mobilisation sociale pour une éducation de qualité (SMC-EQ), mobilise les communautés pour prendre totalement en charge l'éducation et enrayer les facteurs qui empêchent les enfants d'accéder à une éducation de qualité.
Un responsable du Creccom, Levison Lijoni, affirme que le principal objectif est d'autoriser les communautés à chercher leurs propres solutions qui influent sur la marche vers l'obtention d'une éducation de qualité dans leurs zones.
Des responsables du Creccom, par exemple, ont interrogé les parties prenantes dans le district producteur de tabac de Mzimba, dans Mbalachanda Tobacco Estate (la plantation de tabac Mbalachanda) – dont des leaders traditionnels, des responsables politiques, des notables, des éducateurs et des membres du comité des délégués de classe – sur le travail des enfants et la délégation de pouvoir à la communauté.
En quelques mois, les habitants autour de Mbalachanda Tobacco Estate ont débattu du problème du travail des enfants avec les propriétaires des plantations et se sont mis d'accord pour sortir les enfants des plantations, et les envoyer à l'école. Le point de départ était de changer les attitudes des gens et de soustraire les enfants des champs pour les amener dans les écoles.
Actuellement, les taux d'inscription dans le district de Mzimba sont de 40 pour cent plus élevé qu'il y a huit ans. Ceci indique clairement que les parents accordent maintenant de la valeur à l'éducation plutôt qu'au renflouement des coffres de leurs familles au détriment de l'éducation de leurs enfants, affirme Sipika Nkhonjera, conseiller pédagogique de l'éducation primaire du district de Mzimba.
La guerre des femmes contre la pratique a été renforcée par certains acheteurs internationaux de tabac qui ont menacé de cesser d'acheter le tabac du Malawi si le pays continuait d'utiliser de la main-d'œuvre infantile dans l'industrie.
Le président de l'Association du tabac de Malawi(TAMA) a indiqué à IPS que les firmes internationales ont menacé de boycotter l'achat de "notre tabac si nous continuons d'utiliser de la main-d'œuvre infantile".
Pour la ministre du Travail et de la Formation professionnelle du Malawi, Alice Sumani, garder les enfants hors de l'école pour travailler, c'est favoriser et entretenir la pauvreté dans le pays. Il n'y a pas meilleur travail pour un enfant dans ce monde que d'aller à l'école. Les parents doivent apprécier ce fait, a déclaré Sumani.
Elle est par ailleurs d'avis avec les activistes des droits des femmes que donner l'éducation à un enfant contribuerait à réduire les cas de violence provoquée par la pauvreté contre les femmes, à l'avenir. Selon elle, des études indiquent qu'il existe des niveaux élevés de violence contre les femmes dans des pays où les taux d'analphabétisme sont élevés.
Actuellement, environ 60 pour cent des 11 millions d'habitants du Malawi sont analphabètes.
Sumani indique que la section 24 à 26 de la loi sur l'emploi au Malawi dit que c'est un délit punissable par la loi que d'offrir un emploi aux enfants âgés de moins de 14 ans.
Pendant ce temps, le ministère du Travail et de la Formation professionnelle fait des contrôles surprises sur des plantations de thé et de tabac pour s'assurer que le travail des enfants a cessé.
Le Malawi est l'un des pays qui ont ratifié la Convention 182 de l'Organisation internationale du travail (OIT) en 1999. La Convention a décidé qu'on ne devrait pas donner un emploi à tout enfant âgé de moins de 16 ans.

