MBABANE, 15 sep (IPS) – Les femmes swazies se sont lancées dans une révolution culturelle tranquille avec l'auto-émancipation comme objectif, mais en face de lois traditionnelles qui leur ont pendant longtemps dénié des droits égaux. La bataille affecte directement la capacité des femmes à faire face à la crise actuelle du SIDA.
"Nous avons travaillé longtemps et durement pour l'égalité, et nous avons réussi à faire écrire cela dans le projet de constitution. Mais ceci pourrait se révéler être une fausse victoire", a déclaré Andrea Mavuso, une directrice d'école dans le district de Manzini, dans le centre du pays.
La discrimination contre les femmes est interdite dans un nouveau projet de constitution rédigé par le frère du roi Mswati, le prince David Dlamini.
Bien qu'on s'attende à ce que le roi approuve la constitution d'ici novembre, il a également indiqué qu'aucune de ses dispositions ne saurait être maintenue si elle est en conflit avec le droit et la coutume swazis.
"Les autorités sont en train de donner avec une main, mais elles retiennent toujours avec l'autre", a déclaré Mavuso. "Nous n'avons aucune garantie, parce que par habitude, les femmes sont soumises aux hommes".
Actuellement, les femmes ne sont pas autorisées à posséder des propriétés, à passer des contrats ou à prendre des prêts bancaires. Des parents de sexe masculin doivent le faire. La conséquence de ceci sur la sécurité familiale a été préjudiciable au moment où le SIDA décime la population masculine adulte. Un total de 38,6 pour cent de la population adulte est infecté par le VIH. Les décès de travailleurs et d'administrateurs de sexe masculin pour cause de SIDA inquiètent de plus en plus les entreprises et les familles qui dépendent d'eux.
"Les femmes ont besoin de sécurité financière pour elles-mêmes et pour leurs enfants. Ceci est souvent impossible si elles ne peuvent pas avoir leurs propres propriétés ou prendre des prêts bancaires", a indiqué Doo Aphane, précédemment de la branche swazie de Femmes et Droits en Afrique australe.
Le groupe juridique a réussi à introduire, dans le projet de constitution, une section qui rend illégal le refus de faire des affaires avec des femmes.
Toutefois, des hommes traditionalistes ont indiqué leur intention de défier toute clause constitutionnelle qui, selon eux, menace leur position coutumière en tant que chef d'un ménage swazi. Ils espèrent gagner leurs procès qui font jurisprudence, sur la base de la déclaration des autorités de la nation qui disent que lorsqu'il s'agit du droit statutaire contre le droit coutumier, le dernier va toujours l'emporter.
Un bon exemple de ce combat direct entre deux systèmes légaux conflictuels est l'interdiction actuelle de la participation des veuves aux élections parlementaires.
Le principal responsable chargé des opérations électorales, Robert Thwala, a informé la nation que les femmes, qui ont perdu récemment leurs maris, ne pouvaient pas être nommées ou élues députées. Le projet de constitution interdit ce genre de discrimination, mais le droit coutumier est catégorique. Les veuves sont considérées impures jusqu'à ce qu'elles achèvent une période de deuil de deux ans, et qu'elles subissent des rituels de purification.
Les tenues noires de deuil sont obligatoires pour avertir le public du statut affligé d'une femme, afin que certaines autorités traditionnelles puissent l'éviter. (On pense également que les veuves polluent le bétail, selon le Times de Swaziland, et elles ne sont pas autorisées à se trouver sur le chemin d'une vache qu'elle rencontre dans la rue). L'une de ces autorités est le roi. Les veuves ne sont pas autorisées à entrer dans des habitations royales, ou dans des zones que la royauté visite.
Ces zones incluent les parlements et la propriété de n'importe quel chef, qui est le représentant du roi au niveau local. Parce que le vote se déroule dans les propriétés des chefs, qui sont utilisées comme lieux de réunion communautaires, les veuves ne sont pas autorisées à voter.
"Vous pouvez croire que lorsque j'ai appris que les veuves n'étaient pas autorisées à se présenter aux élections législatives, j'ai eu honte d'être une Swazie", a indiqué l'avocate Fikile Mthembu. Mthembu est elle-même une nouvelle veuve, et, comme plusieurs autres femmes travailleuses ou professionnelles swazies, a raccourci sa période de deuil de deux ans afin de retourner travailler pour supporter sa famille.
"Le SIDA tue des hommes à gauche et à droite. Le pays a besoin de toutes les personnes valides qu'elle peut avoir. Cela est également vrai au parlement. Vous ne pouvez pas enfermer et écarter une femme capable pendant deux années de deuil lorsqu'on a besoin d'elle pour représenter sa communauté, lorsqu'elle a des idées pour aider sa nation, et lorsque les gens la réclament", a affirmé Mthembu.
Comment les veuves vont-elles venir à bout de l'interdiction qui les empêche de représenter leurs régions au parlement, reste une question sans réponse. Très probablement, une candidate potentielle qui est une veuve devra défier l'interdiction du principal responsable chargé des opérations électorales devant un tribunal, ont indiqué des experts juridiques.
Pendant ce temps, la révolution furtive de l'émancipation des femmes continue, comme en témoigne un rapport du ministère de l'Entreprise et de l'Emploi qui a surpris plusieurs Swazis. Malgré leurs statuts de mineurs légaux, qui ne peuvent donc pas posséder des propriétés ou prendre des prêts bancaires en leurs propres noms, les femmes possèdent actuellement 71 pour cent des petites entreprises.
"Ce sont principalement, mais pas exclusivement des salons de coiffure, des magasins de vêtements, des coopératives de fruits et légumes, et autres sociétés généralement associées aux femmes", a déclaré Margaret Mngomezulu, qui dirige une petite boulangerie à Mbabane, la capitale.
Les femmes ont montré leur sens aigu des affaires sans une formation formelle dans la plupart des cas, indique le rapport du gouvernement. "Les femmes ont toujours eu à travailler au Swaziland. Le SIDA l'a rendu beaucoup plus important. Que va faire une ménagère lorsque son mari, le soutien de la famille meurt? Les femmes savent aujourd'hui qu'elles doivent avoir des revenus de leurs côtés", souligne Mngomezulu.
Avec des connaissances et des aptitudes en affaires, il est nécessaire que les femmes swazies aillent vers des entreprises plus grandes, et soient remarquées pour des places dans les grandes industries du pays lorsque des remplacements sont nécessaires pour une main d'œuvre ravie par le SIDA.

