POLITIQUE-RD CONGO: Les généraux prêtent serment pour unearmée unifiée

KINSHASA, 10 sep (IPS) – Une trentaine d'officiers généraux, provenant des différentes armées impliquées dans la guerre en République démocratique du Congo (RDC), ont prêté serment devant le chef de l'Etat, Joseph Kabila, le 5 septembre à Kinshasa.

L'événement constitue une étape importante dans le processus de pacification de la RDC. Le texte du serment était, en soi, très significatif. Les officiers généraux, et plus particulièrement les ex-rebelles, prenaient officiellement l'engagement de "veiller désormais à l'intégrité physique de la République démocratique du Congo et de la défendre jusqu'au sacrifice suprême". Ils s'interdisent également de faire de la politique.

Le cheminement a été très long avant qu'on n'en arrive à cette étape cruciale. Les Congolais ont même failli perdre patience, tellement les goulots d'étranglement étaient nombreux, souvent sans réelle importance. "Il est impératif que les animateurs des différentes rébellions s'engagent pour la paix, devant la nation tout entière", confie à IPS, Jean Kiakwama, ancien ministre sous Mobutu. "Nous avons souvent craint que les militaires des différentes armées aient opté pour la partition du pays, tellement les positions paraissaient inconciliables. Aujourd'hui, tous les Congolais devraient pousser un ouf de soulagement".

Les Congolais ont pu voir, au cours de la cérémonie, presque côte à côte, des seigneurs de guerre aussi irrémédiablement opposés que les généraux Padiri Bulenda, chef des célèbres résistants mai-mai, sorti pour la première fois de son maquis du Sud-Kivu, et Gabriel Amisi du RCD-Goma, alias Tango Fort, sur qui pèsent de lourdes présomptions pour sa participation aux massacres de Kisangani, à la mi-mai 2002. On a également vu des généraux des Forces armées congolaises, formés dans les académies militaires les plus célèbres du monde, sur les mêmes bancs que leurs anciens élèves devenus entre-temps généraux au même titre, sinon plus, par le seul fait d'être passés par la rébellion. Ce sont autant de frustrations et de risques de frictions. "Le plus important aujourd'hui est de réunifier le pays et réconcilier les Congolais", estime Tom Tshibangu, journaliste à Radio Okapi. "Nous ne sommes pas dupes. Ces généraux ne s'entendent pas et ne peuvent pas s'entendre par le seul fait qu'il y a eu Sun City. Ils s'en veulent toujours autant à mort. Mon opinion est que ceux qui ont initié les rébellions ont décidé d'en siffler la fin. Ce sont eux qui demandent à tout le monde de se réconcilier. Et tout le monde se réconcilie en dépit des divergences. Il n'y a pas beaucoup de choix", ajoute-t-il. Mais il n'empêche. L'étape de la prestation de serment des généraux devant le président de la République qu'ils vilipendaient, il n'y a pas si longtemps, est un signal fort vers la cessation définitive des hostilités en RDC. C'est l'ultime étape dans la mise en place des institutions de transition.

Tout à tour, les quatre vice-présidents, le gouvernement, le parlement, le sénat, la Cour suprême ainsi que les institutions dites d'appui et d'accompagnement à la démocratie comme la Haute autorité de l'audiovisuel ont été installés. Le comité de suivi du processus de la paix, dont c'était la charge, vient de se saborder, à l'issue des travaux, comme prévu par l'accord de paix de Pretoria.

Pierre Pay-Pay, l'un des membres du comité de suivi, estime le travail complètement terminé : "Nous avons fait tout ce que nous avons pu et ce n'était pas facile vu les nombreux pesanteurs. Il nous a fallu user de beaucoup de doigté et de tact. Nous avons pu installer les différentes institutions dans les délais". "Nous devons, bien entendu, accepter que nous avons été beaucoup aidés par le Comité international d'accompagnement de la transition (CIAT) composé des ambassadeurs des pays membres de la communauté internationale", a-t-il ajouté. A chaque goulot d'étranglement – et il y en a eu beaucoup – le comité de suivi a eu recours à l'arbitrage des représentants de la communauté internationale, les ambassadeurs des Etats-Unis, de France, du Royaume-Uni, de Russie et de Chine plus ceux de Belgique, et d'Afrique du Sud. Le tout chapeauté par le chef de la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC).

D'une manière générale, l'opinion congolaise préfère rester optimiste après la mise en place de l'état-major intégré de la nouvelle armée. Une polémique sémantique a failli, en dernière minute, compromettre la tenue de la cérémonie. Les parties ne se sont pas entendues sur l'appellation appropriée pour la nouvelle armée. Le gouvernement tenait à son appellation de Forces armées congolaises (FAC) tandis que chacune des ex-rébellions voulait imposer la sienne : Armée nationale congolaise (ANC) pour le RCD-Goma, Armée du peuple congolais (APC) pour le RCD-KML ou Armée de libération du Congo (ALC) pour le MLC. Finalement, ils ont opté provisoirement pour la version utilisée dans l'accord de Pretoria : les Forces armées de la République démocratique du Congo. Elles seront en principe fortes d'environ 150.000 hommes dont 60.000 pour l'ancien gouvernement, 45.000 pour l'ex-RCD-Goma et 35.000 pour l'ex-MLC. Le reste provenant des autres groupes armés restants.