POLITIQUE-ZIMBABWE: Les femmes déplorent leur manque d'influence politique

BULAWAYO, 9 sep (IPS) – Au moment où se déroulaient des élections municipales cruciales au Zimbabwe les 30 et 31 août, des activistes de genre ne pouvaient que s'étonner du peu de percées qu'ont faites les femmes en politique.

Sur les 333 conseillers urbains sortants dans le pays, 14 pour cent seulement étaient des femmes. Le nombre le plus élevé se trouvait à Harare, la capitale, qui avait six femmes conseillères sur un total de 50. Les femmes représentent 54 pour cent de la population au Zimbabwe.

Sur un total de plus de 500 candidats qui ont pris part aux élections, 67 ou environ 10 pour cent étaient des femmes. Moins de femmes encore ont remporté les élections.

Pour les femmes activistes, l'ironie est que le principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a présenté très peu de femmes, affirmant que les femmes désirent moins être candidates à cause de la violence électorale et de l'intimidation.

"Le MDC est en fait en train de dissuader les femmes de se présenter, rejetant le tort sur à la violence alors que les femmes portent le plus gros de cette violence partout", affirme Janah Ncube, directrice du groupe de pression Unité de soutien aux femmes en politique. "Ils ne sont pas sensibles au genre et ne devraient pas se réfugier derrière la question de la violence".

Dans la ville de Chitungwiza, des femmes ont disparu de la liste finale des candidats du MDC dans ce que Ncube voit comme preuve que les femmes étaient dissuadées d'être candidates. Ce qui a froissé les femmes est que le MDC affirme être une alternative meilleure et plus progressiste par rapport au parti au pouvoir qui est en déclin, notamment dans les centres urbains.

A Harare et à Bulawayo, le parti au pouvoir n'a même pas gagné un seul siège au conseil. Même les maires des deux villes appartiennent au MDC.

Pour Ncube, par rapport aux femmes, le parti au pouvoir, la ZANU-PF a été un parti meilleur, parce qu'il a présenté trois femmes candidates à la mairie et a permis à plusieurs autres d'être candidates au poste de conseillers.

Toutefois, toutes les trois femmes candidates à la mairie ont perdu, comme la majorité des candidats ZANU-PF, au conseil. "En termes de participation des femmes, nous sommes en deuil", affirme Ncube. "Là où la ZANU-PF a gagné, c'est que nous voyons en fait plus de femmes candidates".

Le porte-parole du MDC, Paul Themba Nyathi, estime qu'à cause de la violence politique répandue dans le pays, le parti n'a pas pu respecter le quota de 30 pour cent édicté dans sa propre constitution. Dans la ville de Gwanda, à 200 kilomètres au sud-est de Bulawayo, quatre des 12 candidats du parti étaient des femmes, mais "ont toutes abandonné à cause des intimidations".

Pour Nyathi, en tant que mères, les femmes sont beaucoup plus vulnérables à l'intimidation et à la violence que les hommes. Le résultat, soutient-il, est qu'elles ont également besoin de près de deux à trois fois d'autant de sécurité – ce qui a un coût prohibitif.

Mais Ncube soutient que c'est seulement aux membres de sexe masculin qu'on assure la sécurité et jamais aux femmes. "Nous ne décourageons pas les femmes candidates, mais nous savons ce que cela demande", répond Nyathi qui accuse certaines femmes candidates de la ZANU-PF de prendre part à la violence électorale.

La violence politique et l'intimidation sont le nouveau fléau dans la politique zimbabwéenne. L'ONG Crise au Zimbabwe a récemment indiqué que les femmes noires pauvres avaient porté le plus gros de la violence sexuelle croissante aux mains de la milice du parti au pouvoir.

Lillian Kandemiri est une candidate de la ZANU-PF qui a perdu à Bulawayo.

Quelques heures avant l'annonce des résultats, elle présidait la distribution des vivres dans la 26ème circonscription électorale, une zone ouvrière où elle était candidate. Depuis que le maïs, aliment de base, est maintenant un produit rare et coûteux dans tout le pays, même des citadins sont en train de recevoir du maïs subventionné du Conseil d'administration des céréales. Les bénéficiaires doivent simplement prouver qu'ils paient des impôts.

L'opposition a accusé le parti au pouvoir d'utiliser des vivres pour acheter des votes. Mais, même cet avantage de campagne n'a pas donné à Kandemiri la victoire qu'elle désirait. A ce jour, la plupart de ceux qui reçoivent le maïs à travers ce processus, que Kandemiri dit avoir initié, étaient des femmes.

Ancienne enseignante, Kandemiri affirme que pendant des années, les hommes n'ont rien fait pour les femmes. Elle avait eu l'intention d'aider les femmes dans la circonscription électorale, dont la plupart sont des ménagères, à trouver des projets générateurs de revenus.

"En tant que femmes, pendant longtemps, nous nous sommes considérées comme valant moins que les hommes", a-t-elle déclaré. "Nous devons continuer à éduquer les femmes, à leur dire qu'elles sont aussi valables que les hommes".

Kandemiri était l'une des 46 femmes candidates de la ZANU-PF qui représentaient 15 pour cent du total. Le principal parti d'opposition, le MDC, avait seulement 6 pour cent.

"La situation est absolument triste", déclare Ncube. "Sur ces quelques femmes, nous n'attendons pas des changements qui aient un impact sur la généralité de genre". Pour elle, le système politique du Zimbabwe est insensible aux priorités des femmes et continue de marginaliser leurs préoccupations.

"Nos études ont prouvé que plus nous plaçons des femmes à ces endroits, plus elles peuvent s'opposer aux politiques qui ?uvrent contre le genre", ajoute-t-elle.

Il y a encore moins de femmes dans les conseils de district rural. Dans le parlement de 150 sièges, les femmes constituent 10,6 pour cent des membres..

"Elles peuvent faire très peu de choses", poursuit Ncube.

La polarisation au sein du parlement en fonction des lignes partisanes est également très restrictive. Pourtant, les femmes députées ont réussi à former leur propre groupe de pression qui a déposé récemment la motion sur la pénurie paralysante de la laine de coton dans le pays.

Selon Ncube, des études avaient montré que 60 pour cent des femmes urbaines utilisaient la laine de coton pour des buts sanitaires, ainsi, la pénurie continuelle du produit a obligé les femmes à retourner à des alternatives non hygiéniques. Toutefois, la motion a été "rangée" depuis, sans aucune résolution finale.

Dans une déclaration de 1997, des chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) s'étaient engagés à atteindre un objectif de 30 pour cent de représentation de femmes dans leurs institutions politiques nationales en 2000. Trois années après la date limite, les femmes ont peu de choses à montrer.

"Il est très décevant de voir que le gouvernement n'a pas mis en place des mesures pour s'assurer de l'objectif sur lequel nous, en tant que pays à travers notre président, avons apposé notre signature", souligne Ncube.

Cette déclaration sur le genre et le développement demandait l'abrogation de toutes les lois discriminatoires et l'amendement des constitutions là où c'est nécessaire, pour faire avancer le statut des femmes.

Happygirl Mberi, présidente du Forum des femmes au gouvernement local, dit que ce n'est pas simplement une question de combien de femmes sont des leaders. "Pour ce qui me concerne, je ne suis pas mécontente de la situation sur le terrain", affirme-t-elle, faisant remarquer que les femmes sont venues de loin, étant donné l'histoire politique du pays et la culture de la domination des hommes.

"Vous ne pouvez pas obtenir tout du jour au lendemain", poursuit Mberi.

"Vous ne pouvez devenir dirigeant juste parce que vous êtes une femme.

Vous devez être formé et être visible. Elle pense qu'en tant que groupe, les femmes jouent toujours un grand rôle dans la stratégie politique et marquent une différence dans tout scénario politique.

Il est maintenant temps pour elles de se distinguer en tant qu'individus.

Dans ce processus, estime Mberi, les femmes ont besoin des compétences de dirigeants, de confiance et de modèles.