FREETOWN, 1 avr (IPS) – Des rebelles du mouvement 'Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie' (LURD) sont en train d'encercler la capitale Monrovia, engageant des combats avec des forces gouvernementales à quelque dix kilomètres hors de la ville, ont déclaré à IPS des travailleurs humanitaires la semaine dernière.
"Les combats ont été violents et provoquent un départ massif des populations civiles des zones de conflit", a indiqué à IPS un responsable du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
Quelque 60.000 civils auraient fui la ville centrale de Gbarnga, qui est tombée aux mains des rebelles il y a quelques jours. La semaine dernière, de violents combats se seraient déroulés à l'intérieur et autour de Gbarnga, précédemment un bastion de l'actuel président Charles Taylor lorsqu'il dirigeait le Front patriotique national du Libéria d'alors (NPFL), mouvement rebelle avant d'accéder au pouvoir en 1997.
Depuis des semaines, les rebelles enregistrent d'importantes victoires dans les régions nord et nord-ouest du pays. Ils sont très actifs dans les comtés du Lofa, Grand Cap Mount et de Bomi, et se dirigent vers la capitale Monrovia.
"Notre objectif est de faire partir M. Taylor et de remettre notre pays sur la voie de la réconciliation et de la démocratie", a fait remarquer le commandant du LURD sur le quai de Bo dans le comté de Cap Mount, le prétendu capitaine juge de la jungle.
L'escalade de la guerre a également forcé plusieurs milliers de civils à traverser la frontière pour se rendre en Sierra Leone. Il y a plus de 60.000 civils qui sont déjà recueillis dans des camps en Sierra Leone.
Le responsable local du HCR à Zimmi, du côté sierra léonais de la frontière, Enoch Ochalla, a dit à IPS qu'on devrait s'attendre à ce que plusieurs autres milliers de réfugiés civils traversent, si le conflit traîne en longueur.
"Nous surveillons de près la situation dans le nord-ouest du Liberia et faisons tout notre possible pour nous préparer à de prochains flux de réfugiés", a déclaré Ochalla.
Avec la guerre en Irak qui occupe les devants dans les conflits mondiaux, il semble que les Etats-Unis accordent actuellement peu d'attention à la guerre civile sanglante au Liberia. L'Etat ouest-africain a été colonisé par l'Amérique, mais Washington et Monrovia avaient une relation glaciale depuis que le gouvernement de Taylor est arrivé au pouvoir en 1997. Les Américains et les Britanniques ont fait pression pour que les Nations Unies prennent des sanctions économiques et militaires contre le Liberia, durant la guerre civile en Sierra Leone voisine, de 1991 à 2001, pour le présumé soutien du Liberia au Front révolutionnaire uni (RUF).
Le pays s'apprête à organiser des élections en octobre avec environ une douzaine de partis politiques se préparant à défier Taylor. La voie menant aux élections est difficile avec des témoignages journaliers d'intimidation de partisans de l'opposition par les forces de Taylor, en particulier l'Unité d'élite anti-terroriste.
La plupart des leaders de l'opposition sont hors du pays, craignant qu'on ne leur nuise ou même qu'on les ne tue s'ils s'aventuraient à battre campagne à l'intérieur du pays. L'un de ces politiciens, Ellen Johnson-Sirleaf du Parti de l'unité, a parlé à IPS récemment dans la capitale sierra léonaise, Freetown.
"Notre parti veut que les élections d'octobre soient reportées jusqu'a ce qu'un terrain de jeu équitable soit créé pour que tous les Libériens puissent prendre part aux élections", a indiqué Johnson-Sirleaf.
Mais la plus grande menace pour le régime de Taylor ainsi que pour les prochaines élections est peut-être la campagne militaire menée par les rebelles du LURD. Avec l'instabilité qui prévaut dans plusieurs parties du pays et le départ des réfugiés pour les Etats voisins de la Sierra Leone et de la Guinée, on craint que plusieurs électeurs ne soient privés de leur droit de vote, si on se précipite dans les élections dans ces conditions.
Et l'attitude peu enthousiaste des dirigeants ouest-africains ainsi que celle de la communauté internationale à contribuer à résoudre la crise aussi rapidement que possible n'aide en rien la situation.

