DROITS-OUGANDA: Des enlèvements d'enfants par les rebelles refont surface

NAIROBI, 31 mars (IPS) – Des enlèvements d'enfants par les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) en Ouganda ont ressurgi ces derniers mois, selon un nouveau rapport de Human Rights Watch (HWR). Ces dix derniers mois, quelque 5.000 enfants ougandais ont été enlevés beaucoup plus qu'on ne l'avait jamais vu en une année durant ce conflit de 16 ans.

"L'augmentation du nombre d'enlèvements est dramatique et alarmante", affirme Joe Becker de la Division droits des enfants du HWR.

En 2001, moins de 100 enfants avaient été enlevés.

En les menaçant de correction, de torture, voire de mort, les rebelles forcent les enfants à devenir des porteurs, des domestiques et des soldats.

Les filles sont asservies en tant que "femmes" des commandants de la LRA, et soumises au viol, aux grossesses non désirées, et au risque de maladies sexuellement transmissibles, y compris le VIH/SIDA.

Tony Tate, l'un des auteurs du rapport, intitulé 'Enfants volés : enlèvement et recrutement dans le nord de l'Ouganda', raconte l'histoire d'un garçon de 15 ans qu'il a interrogé dans la ville de Gulu, dans le nord de l'Ouganda.

L'enfant avait échappé récemment à la LRA.

"Au moment où il a été emmené par la LRA, il était dans sa maison, la nuit, en train de dormir. Il a été enlevé de sa maison. La LRA a ordonné au reste de la famille de rester à l'intérieur de la hutte et a ensuite mis le feu à la maison. Et il sait que sa mère et ses frères ont été brûlés vifs à l'intérieur de la maison", se rappelle Tate.

"Il a parlé longuement du traitement horrible qu'il avait subi entre les mains de la LRA, y compris le fait d'être battu et torturé, et d'être obligé de tuer d'autres enfants qui avaient essayé de s'échapper.

"Il est désespéré maintenant. Il n'a nulle part où aller. Il n'a aucune famille. Il est un orphelin et était très, très déprimé, pas seulement à cause de ce qu'il a vécu, mais bien entendu à cause de ce que sera son avenir ", dit-il.

Un autre évadé de 13 ans décrit comment ses frères ont été assassinés.

"Au début, lorsque mes frères et moi-même avons été capturés, la LRA nous a expliqué que tous les cinq frères ne pouvaient pas servir dans la LRA parce que nous n'aurions pas de bons rendements", affirme-t-il.

"Ils ont alors attaché mes deux plus jeunes frères et nous ont invités à regarder la scène. Ils les ont ensuite battus avec des bâtons jusqu'à ce que tous les deux meurent. Ils nous ont dit que cela allait nous donner de la force de combattre. Mon plus jeune frère avait neuf ans", affirme-t-il.

Le gouvernement ougandais a été également fortement critiqué pour avoir recruté des enfants. Human Righs Watch s'est bien documenté sur le recrutement d'enfants âgés d'à peine 12 ans dans des Unités de défense locale, connues sous le nom de 'home guards', qui combattaient parfois aux côtés de l'armée rebelle.

Des garçons qui ont réussi à échapper à la captivité de la LRA, notamment ceux qui ont l'expérience des combats, ont également subi des pressions pour rejoindre l'armée ougandaise pendant leur garde pour un rapport de fin de mission.

Dans le nord de l'Ouganda, les enfants vivent maintenant dans la peur.

Chaque nuit, des milliers d'enfants entrent en grand nombre dans Gulu et d'autres villes du nord de l'Ouganda où ils dorment sur des vérandas, dans des parcs autos, sur des domaines d'églises et dans des hôpitaux locaux, dans l'espoir que cela les mettra à l'abri des enlèvements. Le matin, ils retournent à la maison.

Ils ont été surnommés "navetteurs de nuit".

La recrudescence des enlèvements est liée aux efforts de l'armée ougandaise de battre les rebelles militairement. En mars dernier, elle a lancé 'l'Opération main de fer', allant dans le sud Soudan pour détruire des bases rebelles qui s'y trouvaient. Ceci a obligé les rebelles à retourner dans le nord de l'Ouganda – et les enlèvements et pillages sont devenus pires qu'ils ne l'avaient jamais été auparavant.

"L'une des raisons avancées par le gouvernement ougandais au début de 'l'opération main de fer' était d'aller au secours d'enfants kidnappés..

En fait, il a réussi à capturer ou à secourir quelques enfants, mais malheureusement, au même moment, on a eu un accroissement massif du nombre d'enfants qui ont été enlevés", affirme Tate.

Le HWR estime qu'entre 2.000 et 3.000 enfants ont été secourus l'année dernière.

Le groupe de défense des droits demande aux Nations Unies de négocier la libération des enfants restants.

"Nous avons fermement recommandé aux Nations Unies de nommer un envoyé spécial qui ferait la navette entre le gouvernement ougandais et la LRA pour tenter de négocier la libération de ces enfants", indique Tate.

"Nous nous sommes rendu compte que cela n'est qu'une première étape, mais un premier pas important pour les enfants. Et qui, nous l'espérons, fera le consensus autour d'une solution durable au conflit dans le nord", ajoute-t-il.

Un important groupe d'organisations non gouvernementales ougandaises et internationales ont approuvé la proposition, au nombre desquelles 'Save the Children' (Sauver les enfants), 'International Rescue Committee' (Comité de secours international), 'Norwegian Refugee Council' (Conseil norvégien pour les réfugiés), et 'World Vision International' qui travaillent toutes dans le nord de l'Ouganda.

Des efforts ont été renouvelés pour entamer des négociations de paix entre le gouvernement ougandais et les rebelles puisque la LRA a déclaré un cessez-le-feu au début de mars.

Mais il n'y pas a eu beaucoup de succès jusqu'ici. Le lundi, 24 mars, un officier de l'armée ougandaise, qui a été envoyé pour délivrer un message de paix à la LRA, a été tué.

La LRA ne s'est pas montrée sur les lieux désignés par le gouvernement pour les pourparlers, et a violé l'annonce de cessez-le-feu de son leader Joseph Kony en attaquant et en kidnappant des civils.

Toutefois, des chefs religieux ont, dans le passé, réussi à négocier avec les rebelles pour obtenir la libération des femmes et des enfants.

"Il y a un précédent ici pour que les négociations marchent, même si je reconnais que ce sera un processus difficile", admet Tate.

"Mais, s'il y a assez de pression internationale, et peut-être si on introduisait une personnalité importante pour donner de l'élan aux pourparlers, cela pourrait être une grande prime pour le succès de telles négociations", estime-t-il.

Quelque 20.000 enfants ougandais auraient été kidnappés depuis que la guerre a commencé en 1986.

La LRA soutient combattre pour renverser le gouvernement du président Yoweri Museveni et pour le remplacer par un gouvernement basé sur les dix commandements de la Bible.

Museveni subit de plus en plus de pression pour abandonner ses tentatives visant à trouver une solution militaire au conflit et pour négocier la paix.

Mais les difficultés connues jusqu'ici pourraient renforcer la position des partisans de la ligne militaire dure.

Des chefs religieux locaux exhortent à la patience, estimant qu'on ne peut pas venir à bout de 16 années de méfiance en un mois seulement.