POLITIQUE-OUGANDA: La guerre brutale dans le nord pourrait prendre fin

NAIROBI, 11 mars (IPS) – Il y a de fortes chances qu'une insurrection, vieille de 16 ans, dans le nord de l'Ouganda, prenne fin après la déclaration d'un cessez-le-feu des rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) le 2 mars.

La promesse du chef rebelle Joseph Kony de cesser toutes les embuscades, tous les enlèvements et les attaques, a été bien accueillie par le gouvernement ougandais. Son équipe présidentielle de paix se prépare maintenant à organiser des discussions directes avec les rebelles.

Alors que de précédentes propositions de paix avaient vite échoué, il y a un optimisme prudent selon lequel la situation politique est différente cette fois et que nous pourrions assister au commencement de la fin de la guerre qui dure depuis longtemps dans le nord de l'Ouganda.

Les rebelles de la LRA, pour une fois, sont dans une situation difficile.

Les bases rebelles dans le sud Soudan, situées juste au-delà de la frontière, en venant du nord de l'Ouganda, ont été détruites par des troupes ougandaises après un accord avec le gouvernement soudanais.

La principale source d'approvisionnement des rebelles en vivres et matériel militaire se trouve maintenant au pays, dans le nord de l'Ouganda – une entreprise beaucoup plus risquée et moins profitable.

Du côté du gouvernement, le président ougandais Yoweri Museveni pourrait finalement réaliser que, même avec l'accès aux bases rebelles au Soudan, sa solution militaire préférée n'est pas efficace.

Il subit actuellement une énorme pression de la part du public pour essayer de négocier une fin au conflit.

Charles Onyango-Obbo, un politologue ougandais travaillant au 'East African newspaper', basé à Nairobi, met en avant l'acceptation récente, par le président Museveni, d'un système multipartite en Ouganda comme un signe qu'il est maintenant prêt à dialoguer avec ses adversaires, plutôt que de tenter de les écraser.

"Une des choses arrivant en Ouganda est que nous commençons à assister, par exemple, à un assouplissement de la restriction des activités des partis politiques", dit-il.

"Si cela s'avérait, l'on serait enclin à penser que le gouvernement commence à réviser son approche générale par rapport à plusieurs choses. Il est en train d'abandonner sa ligne strictement militaire et de s'assouplir politiquement", affirme-t-il.

Même si les deux parties désirent parler de paix, quelle en serait l'issue probable? La LRA est l'un des mouvements rebelles les plus brutaux et les moins compris dans le monde. Il est tristement célèbre pour les enlèvements d'enfants, pour en faire des soldats, des porteurs ou des prostituées, et pour la coupure des lèvres des gens, apparemment pour les empêcher de parler.

Le mouvement rebelle a commencé comme le Mouvement du Saint Esprit sous la responsable de culte, Alice Lakwena, qui plongeait ses combattants dans de l'eau magique qui, apparemment, les rendait invulnérables aux balles.

Elle a été vaincue et vit maintenant dans un camp de réfugiés au Kenya bien que la rébellion ait continué sous le mystérieux et redoutable Kony. L'objectif avoué de la LRA est de renverser le régime de Museveni et de le remplacer par un gouvernement fondé sur les dix commandements de la Bible – difficile à croire lorsqu'elle survit en pillant et en tuant.

Pour quoi combattent-ils vraiment? Les leaders religieux et culturels des populations Acholi du nord de l'Ouganda ont été à l'avant-garde des efforts pour négocier une fin à l'insurrection.

L'initiative de paix du responsable religieux Acholi, Lam Cosmos, dit que les rebelles et le gouvernement partagent un objectif commun — améliorer la vie des populations Acholi, pauvres, qui ont été pendant longtemps négligées par le gouvernement.

"Si vous entendez la LRA parler, elle dit qu'elle lutte pour le bien de la communauté. Et bien sûr, le gouvernement tente de protéger la communauté.

Alors maintenant, l'ambitieux programme est comment mettre fin aux souffrances de la population du nord de l'Ouganda? Même si Onyango-Obbo est de cet avis, il fait remarquer qu'il sera difficile aux rebelles de traduire de tels sentiments en un programme politique pratique.

"Je pense que la LRA se nourrit, sans aucun doute, du grief issu du fait que le nord est marginalisé et sous-développé", reconnaît-il.

"Manifestement, ce qui n'est pas apparent est qu'ils n'ont, à vrai dire, aucun plan pour le convertir en exigences politiques concrètes. Je pense donc, au plus, que c'est juste une organisation opportuniste", affirme-t-il.

Pour que des pourparlers commencent sérieusement, le plus grand obstacle sera de surmonter la méfiance profondément enracinée entre les deux parties.

Les rebelles devraient être encouragés par l'empressement fréquemment exprimé par la population Acholi à pardonner et à se réconcilier avec eux.

"Comme le disent les Acholi, la mort n'est pas payée par la mort. Un sens profond du pardon est enraciné dans notre communauté", souligne Cosmos.

"Profitons de cela. Parce que si vous tuez maintenant, vous tuerez presque tout le monde ici. Maintenant, nous devons voir comment donner une nouvelle vie à notre communauté", dit-il.

Entre-temps, les opérations militaires ougandaises contre les rebelles continueront.

"Pour nous, en tant qu'armée, nous attendons des ordres de notre commandement", indique le Major Shaban Bantariza, porte-parole de l'armée ougandaise.

"Le cessez-le-feu n'est pas définitivement offert aux Forces de défense populaires ougandaises, il est offert au gouvernement. Donc, c'est lui qui nous dira ce qu'il faut faire, comment répondre à cette déclaration.

"Jusque-là, certainement, nous devons secourir des gens qui ont été kidnappés, nous devons nous assurer que des gens ne tombent pas dans des embuscades et ne soient tués pour rien", affirme-t-il.

Selon Bantariza, la déclaration de cessez-le-feu des rebelles a été violée dans les premières vingt-quatre heures dans une attaque qui a blessé trois personnes.

Toutefois, il admet que Kony peut ne pas contrôler, ou ne pas être en communication avec tous ses commandants.

"Le bruit court même que ceux qui tendaient des embuscades pourraient ne pas recevoir vraiment des ordres de Kony lui-même. Cela signifie donc qu'il n'aurait pas entièrement le contrôle de ses forces", explique-t-il.

"S'ils étaient tous assemblés dans un endroit, il serait alors facile pour lui de s'assurer que tous respectent son ordre. Mais comme cela n'est pas le cas maintenant, je ne suis pas sûr que lorsqu'il donne un ordre quelque part, tout le monde s'y conforme", doute-t-il.

Pour les responsables religieux Acholi, on ne devrait pas laisser se produire de tels incidents pour détourner de l'objectif global de paix.

"A ceux qui sont sceptiques, je voudrais dire que la paix, c'est l'établissement de la confiance et des relations", souligne Cosmos.

"Prêtons-leur une oreille attentive, écoutons, voyons que le plus grand objectif c'est de restaurer. C'est pourquoi nous ne considérons pas tellement la justice de rétribution, mais la justice qui peut nous aider à restaurer", insiste-t-il.

Cosmos qualifie la situation des populations Acholi de "désastreuse" et de "pathétique". Plus d'un million de personnes ont été forcées de vivre dans des camps protégés par suite de combats.

En conséquence, ils n'ont pas pu planter des cultures et sont confrontés à une vaste famine.

La seule façon de mettre fin à cette crise humanitaire est de restaurer la paix.

"Nous travaillons ensemble avec nos responsables culturels pour demander à la LRA et lancer en même temps un appel au gouvernement disant : 'Soyons humbles. Regardons vers l'objectif d'obtenir une paix durable, en réconciliant les populations pour que nous commencions tous à œuvrer pour la réalisation d'une cause plus grande, celle de la réhabilitation et de la guérison de notre communauté", ajoute Cosmos.