BAMAKO, 14 déc. (IPS) – le président de l'association malienne des personnes atteintes du SIDA (AMAS), Modibo Kane, a demandé un statut juridique pour protéger les malades du SIDA et une socialisation de la maladie comme ce fut le cas avec la variole, la tuberculose et la lèpre. Avec une population de 10,472 millions d'habitants, le Mali compte 6.846 personnes "officiellement répertoriées" comme infectées par le VIH/SIDA, soit un taux de prévalence national de 1,7 pour cent.
Sur ce chiffre, on dénombre 3.864 femmes, soit 2 pour cent et 2.971 hommes, soit 1.3 pour cent, selon une récente enquête démographique et de santé en 2001.
Au Mali, tout le mois de décembre a été déclaré par les autorités, comme celui de la lutte contre la pandémie, en rapport avec la célébration de la Journée mondiale contre le SIDA, le 1er décembre. Cette année, le thème retenu est : "La lutte contre la discrimination et la stigmatisation".
Profitant du lancement de ce mois, le président de l'Association malienne des personnes atteintes du SIDA (AMAS), Modibo Kane, a signalé aux autorités que "presque toutes les personnes infectées ou affectées par le virus du SIDA sont victimes de discrimination et de stigmatisation". Cette situation est entretenue par le fait qu'il n'existe aucune protection juridique pour assurer les droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA, a-t-il martelé.
Volant à son secours, la présidente de l'Association féminine d'aide et de soutien aux veuves et orphelins du SIDA (AFAS), Aïssata Sacko, a révélé au public et aux autorités des cas de discrimination et de stigmatisation : "La plupart des personnes séropositives, dont les employeurs ont connaissance de leur statut sérologique, ont toutes été 'virées' sans droit… Dans les familles, des femmes et leurs enfants sont souvent jetés au dehors quand on apprend que le chef de famille est décédé des suites du SIDA…" Celles qui résistent font également l'objet d'agression, poursuit-elle.
En guise d'illustration, elle a donné l'exemple d'une veuve du SIDA qui, après maintes sommations lui ordonnant de quitter la maison qu'elle habite, s'est retrouvée, en pleine période de pluie, dans sa maison avec le toit enlevé par le propriétaire. "Face à tout cela, nous ne savons pas où nous plaindre", a déclaré Sacko en s'adressant d'une voix plaintive au président de la République, Amadou Toumani Touré.
Pour le président de l'AMAS, "Cet état de fait est lié au vide juridique qui entoure l'infection du VIH au Mali, à l'ignorance des modes de transmission et de non-transmission du VIH et au faible pouvoir économique des personnes infectées".
Kane a mis aussi en cause l'Initiative malienne des anti-rétroviraux (IMAARV) : "Après une année d'existence, l'IMAARV a inclus moins de 400 personnes sur un nombre initial de 17.000 malades", a-t-il déploré.
L'IMAARV a démarré l'année dernière à travers un programme d'accès aux anti-rétroviraux, qui a été mis en place par les autorités maliennes. Ce programme a permis de réduire le coût des médicaments anti-SIDA de 400.000 francs CFA (environ 615 dollars US) à 90.000 FCFA (environ 138 dollars US). Les malades soumis à ce traitement doivent subir de nombreuses analyses médicales trimestrielles dont le coût avoisine 25.000 FCFA (environ 38 dollars US). "Avec un faible revenu et, dans une situation d'extrême précarité, la quasi-totalité de ces malades ne peut pas s'offrir un tel traitement, pourtant vital pour leur santé, voire leur survie", a souligné Kane.
Le Mali a une population pauvre dont 69 pour cent des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.
En conséquence, le président de l'AMAS a demandé au gouvernement d'élaborer et de mettre en œuvre une "politique de prise en charge globale" des orphelins du SIDA et des enfants vivant avec le VIH/SIDA; de déclarer le SIDA maladie sociale (comme la tuberculose et la lèpre); et de rendre effectives les mesures d'accompagnement : la gratuité des médicaments contre les maladies opportunistes, des traitements anti-rétroviraux pour tous les malades infectés par le VIH/SIDA au Mali. Répondant aux doléances des associations, le président Touré, a, par rapport au vide juridique, rassuré le président de l'AMAS que des études et réflexions seront menées rapidement. "Il n'est pas exclu, à cet effet, l'intervention de l'Assemblée nationale pour combler ce vide juridique", a-t-il ajouté.
"Cependant, pour gagner cette guerre contre le SIDA, les 'armes' dans leur écrasante majorité (médicaments, financements) tout comme la définition des stratégies à suivre, sont extérieures au Mali, voire à l'Afrique", a dit le président, paraphrasant un acteur humanitaire français : "Les malades sont au Sud et les médicaments au Nord".
Aux malades et au peuple malien, le président Touré a adressé ce message : "Nos frères et sœurs qui souffrent du SIDA attendent de nous beaucoup plus de compassion. Ils ont besoin de réconfort, d'écoute, de soutien, en un mot d'une main fraternelle et de médicaments". Il s'agit là, selon lui, d'autant de "comportements et d'attitudes qui s'opposent à la stigmatisation et à la discrimination".

