MEXICO, 13 déc. (IPS) – Les deux milliards d'enfants du monde ont le droit d'être entendus et de participer pleinement à la vie de la société, déclare le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) dans son rapport phare, déplorant que des millions de mineurs continuent de souffrir d'un manque de soins.
Permettre aux enfants de participer aux prises de décisions qui les affectent, contribuera à développer le monde, dans lequel 150 millions d'enfants sont sous-alimentés, 120 millions d'enfants en âge scolaire ne vont pas à l'école et où 6.000 enfants sont infectés, chaque jour, par le VIH, affirme l'agence de l'ONU. Le centre d'intérêt de "L'Etat des enfants du monde en 2003", le rapport de l'UNICEF présenté dans la capitale mexicaine mercredi, fait la promotion de la participation des enfants dans la vie de la famille, de l'école, de la communauté et de la nation.
Parvenir à une telle participation permettra aux mineurs le développer leur jugement et de contribuer à la démocratie, à la paix et au développement social, souligne le texte. "Nous verrons une génération beaucoup mieux préparée et capable de s'attaquer aux problèmes, aux inégalités et injustices dont ils ont hérité".
"La démocratie commence avec les enfants", estime l'UNICEF, ajoutant que des enfants et des jeunes, qui prennent part et partagent leurs points de vue dans un contexte de tolérance et de respect, amélioreront la qualité de tout système démocratique.
"Si les droits et le bien-être des enfants ne sont pas pris en compte par les gouvernements, les agences nationales et les différents partenaires internationaux, les objectifs de développement ne seront jamais atteints", indique le rapport. "La pauvreté va sûrement persister et la démocratie régressera sûrement petit à petit".
Il y a plus de 80 nations démocratiques dans le monde aujourd'hui, presque deux fois le nombre qu'elles étaient, il y a deux décennies, selon le rapport 2002 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Toutefois, la force de ce système politique est actuellement remise en cause, comme l'indiquent les opinions d'enfants du monde entier.
Deux enfants sur trois interrogés en Amérique latine et aux Caraïbes ont dit q'ils se méfiaient de leurs gouvernements en partie ou entièrement, selon des études menées par l'UNICEF.
En Europe et en Asie centrale, quatre enfants seulement sur 10 considèrent les élections comme étant un moyen efficace d'améliorer la situation de leurs pays respectifs.
Sur les enfants interrogés dans la région d'Asie de l'Est et du Pacifique, trois pour cent seulement ont mentionné un chef d'Etat au nombre des gens qu'ils admirent.
Le processus de promotion de la démocratie doit cibler la population dans la tendre enfance, affirme l'UNICEF.
"La construction de la démocratie doit commencer avec les enfants — à partir de ce qu'ils apprennent au cours de leur propre croissance et développement", poursuit le rapport.
Faire cela nécessite l'optimisation de la participation des enfants, et "dépend du partage du contrôle, du pouvoir, des prises de décisions et de l'information par les adultes".
Dans certains cas, l'incapacité à partager de telles responsabilités peut avoir de graves conséquences pour un enfant, comme dans le cas de l'information sur le VIH/SIDA.
Des études effectuées dans 40 pays, citées par l'UNICEF, indiquent que plus de 50 pour cent des jeunes âgés de 15 à 24 ans consultés ont "de graves idées fausses" sur la manière dont le VIH, le virus qui conduit au SIDA, est transmis.
Par ailleurs, 14 millions d'enfants âgés de moins de 15 ans ont perdu un ou deux de leurs parents par suite de décès lié au SIDA.
"Construire un monde convenable aux enfants au 21ème siècle", écrit le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, dans le prologue du rapport, ne sera une réalité "que si les gouvernements honorent leur promesse selon laquelle les voix des enfants et des jeunes seront entendues fort et clairement; si nous garantissons une large participation des enfants à la tâche de construction d'un avenir meilleur".
Comme mesure du bien-être des enfants dans le monde entier, l'agence des Nations Unies a inclus dans son rapport une liste de pays, basée sur les taux de mortalité infantile, c'est-à-dire, les décès d'enfants de moins de cinq ans. Les pays ayant les taux de mortalité les plus élevés se trouvent sur le continent africain, avec la Sierra Léone en tête. La Suède a le taux le plus bas, selon le classement de l'UNICEF.
Concernant les taux de mortalité infantile – les décès d'enfants de moins d'un an — l'Afghanistan a le taux le plus élevé, suivi de l'Angola et de la Guinée.
Quant à l'espérance de vie, un autre indicateur social, le Malawi, le Rwanda et la Sierra Léone sont les pays ayant la moyenne la moins élevée, juste 40 ans. Le pays ayant la plus forte espérance de vie moyenne au monde est le Japon avec 81 ans.
L'UNICEF reconnaît qu'il serait peut-être prétentieux de favoriser la participation des enfants lorsqu'un monde de pauvreté et d'inégalité existe, et que des millions d'adultes continuent d'être ignorés.
L'agence de l'ONU souligne, cependant, que si le monde des adultes et les gouvernements veulent vraiment s'attaquer à la pauvreté et aux inégalités, leur meilleure chance est d'écouter les enfants, de respecter et de prendre en compte leurs opinions, parce que les enfants constituent la clé pour construire des sociétés qui sont plus égalitaires, démocratiques et tolérantes.

