POLITIQUE: L'Afrique du Sud nie toute fourniture d'uranium à l'Irak

JOHANNESBURG, 30 sept (IPS) – Le gouvernement du président Thabo Mbeki a rejeté d'emblée les allégations selon lesquelles l'Afrique du Sud pourrait avoir fourni à l'Irak de l'uranium qu'il a utilisé dans ses efforts pour développer des armes nucléaires.

Plus tôt la semaine dernière, le Premier ministre britannique, Tony Blair a publié un dossier de renseignements secrets sur les prétendues tentatives de l'Irak de développer des armes nucléaires.

Le rapport affirme : "Il y a des renseignements selon lesquels l'Irak a tenté de s'approvisionner en quantités énormes d'uranium venant d'Afrique".

Selon le Premier ministre britannique, si l'Irak arrive à mettre la main sur les composantes nécessaires, il pourrait produire une arme nucléaire dans un an ou deux.

Mais, le vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères, Aziz Pahad, a rejeté les allégations britanniques selon lesquelles l'Irak serait en train de s'approvisionner en uranium auprès des pays africains, les qualifiant de vagues et sans aucun fondement. Le Gabon, le Niger, la Namibie et l'Afrique du Sud produisent de l'uranium.

Il y a également eu des rapports non confirmés selon lesquels l'Irak aurait tenté d'obtenir de l'uranium de la République démocratique du Congo (RDC) qui a des gisements du minerai. Le Congo a été impliqué dans un conflit pendant les trois dernières années et le contrôle des réserves minières du pays est souvent entre les mains des groupes rebelles et des seigneurs de la guerre.

Un certain nombre d'autres pays africains ont également des gisements de ce minerai, mais le rapport britannique ne mentionne pas de quels pays africains l'Irak aurait pu tenter d'acquérir l'uranium.

Pahad maintient catégoriquement que l'Afrique du Sud n'avait jamais envisagé de vendre de l'uranium à l'Irak. "Ce que nous savons, c'est que nous n'avons jamais été contactés pour vendre de l'uranium à l'Irak. Je peux affirmer catégoriquement que nous ne l'avons pas été", a-t-il déclaré.

Il a ajouté que l'Afrique du Sud a une législation stricte régissant la vente du matériel nucléaire et il serait difficile pour tout Sud-Africain – même les compagnies privées – de vendre de l'uranium.

Pahad a fait remarquer que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a déjà indiqué que le rapport britannique était sans fondement.

L'AIEA soutient qu'elle garde un œil sur les réserves d'uranium qui pourraient être utilisées pour des armes nucléaires en Afrique – et qu'elle aurait su s'il en manquait.

Pahad a mis le gouvernement britannique au défi de présenter quelque information qu'il pourrait avoir en sa possession sur les soi-disant efforts de l'Irak pour obtenir de l'uranium en Afrique.

Deux semaines auparavant, l'Afrique du Sud avait signé le "Protocole additionnel à l'accord de sauvegarde" avec l'AIEA. L'Afrique du Sud est un Etat membre de l'AIEA, le forum gouvernemental international pour la coopération scientifique et technique dans l'utilisation pacifique de la technologie nucléaire.

Comme partie intégrante de l'effort global pour empêcher la prolifération des armes nucléaires, l'AIEA vérifie que les substances nucléaires ne sont pas détournées de l'utilisation pacifique légitime pour des buts militaires.

Une fois qu'un Etat membre signe l'Accord de sauvegarde, les inspecteurs de l'agence contrôlent toute matière nucléaire déclarée à travers des inspections sur le site, la surveillance à distance et le contrôle de performance.

L'objectif prédominant du Protocole additionnel est de renforcer la capacité de l'AIEA à détecter le matériel nucléaire et les activités non déclarés.

En juin, le ministère sud-africain des Mines et de l'Energie a co-abrité un séminaire pour les Etats africains sur les Accords internationaux de sauvegarde et le Protocole additionnel.

L'objectif du séminaire était d'encourager tous les Etats africains signataires du Traité de non-prolifération nucléaire (TNPN) à signer les protocoles avec l'AIEA. Le TNPN fait obligation à tous les Etats signataires ne possédant pas l'arme nucléaire de conclure des accords de sauvegarde complets avec l'AIEA et de mettre tous leurs matériels nucléaires sous protection.

L'Afrique du Sud est également le seul pays à avoir développé des armes nucléaires et à les avoir détruites par la suite avant de signer le TNPN.

Depuis lors, le pays soutient qu'il n'a pas été impliqué dans la fabrication d'armes nucléaires ou la production des composantes nécessaires.

Pendant ce temps, des reportages de presse font remarquer que l'Afrique du Sud a apporté un soutien modéré au droit des Etats-Unis à se défendre contre le terrorisme, même si cela s'étendait à des frappes contre l'Irak.

Cependant, les Etats-Unis devront produire la preuve que l'Irak était impliqué dans le terrorisme et dans la production d'armes de destruction massive avant l'action militaire, qui devrait être autorisée par les Nations Unies.