NAIROBI, 18 sept (IPS) – Le Rwanda a commencé à retirer ses troupes de la République démocratique du Congo (RDC) – une étape majeure pour mettre fin à la guerre de quatre ans chez son grand voisin.
La première phase du retrait a débuté mardi lorsqu'un bataillon de soldats, comptant entre 800 et 1.000 hommes, a été emmené par avion de Kindu, dans l'est du Congo, à quelque 500 km à l'ouest de la capitale rwandaise, Kigali.
"D'ici à la fin de la journée, nous aurions fait partir un bataillon et probablement d'ici à la fin de la semaine, nous aurions fini le retrait de Kindu. Ensuite, cela continuera avec d'autres secteurs et unités où nos soldats sont stationnés au Congo", a indiqué le porte-parole du gouvernement rwandais Joseph Bideri. Le retrait du Rwanda fait partie d'un accord de paix signé entre le président rwandais Paul Kagame et son homologue congolais Joseph Kabila à Pretoria, en Afrique du Sud le 30 juillet.
Le Rwanda a accepté de retirer ses troupes – estimées à 30.000 hommes – du Congo dans 90 jours. En échange, Kabila a promis de désarmer et de rapatrier des milliers de rebelles hutu rwandais qui s'étaient réfugiés au Congo après le génocide rwandais de 1994.
L'Afrique du Sud et les Nations Unies se sont portées garantes pour superviser l'accord. L'accord marque une grande percée dans les efforts destinés à mettre fin au conflit du Congo, qui a déjà tué quelque deux millions de personnes. Selon les analystes, amener les troupes rwandaises à se retirer est la clé pour ramener la paix chez son voisin, vaste et appauvri. Le Rwanda contrôle environ un tiers du territoire de la RDC.
Le Rwanda a envahi le Congo en 1998 pour protéger ses frontières contre les milices extrémistes hutu. Certains font partie d'un groupe appelé les Interahamwe, formés spécialement pour mettre à exécution le génocide.
D'autres sont membres des anciennes Forces armées rwandaises, connue sous le nom de ex-FAR.
Avec l'accord de Pretoria, le gouvernement rwandais croit qu'il sera maintenant à l'abri des attaques. "Si le gouvernement congolais fait ce à quoi il s'est engagé avec l'accord de Pretoria, la menace serait éloignée.
Nous espérons que c'est ce qui va se passer", a déclaré Bideri.
"Nous espérons qu'ils vont respecter et observer l'accord, arrêter, appréhender et cesser de soutenir les Interahamwe et les ex-FAR", a-t-il ajouté. Toutefois, il s'inquiète un peu que le gouvernement congolais n'ait rien fait pour s'acquitter de sa part de l'accord. Bideri soutient que de grands nombres de ex-FAR sont toujours dans la capitale congolaise, Kinshasa. Ils combattent aux côtés du gouvernement de Kabila. "Depuis le temps où l'accord a été signé à Pretoria, le gouvernement du Rwanda a associé une tierce personne, le gouvernement d'Afrique du Sud, en ce qui concerne nos préparations et arrangements pour nous retirer du Congo, ce qui a abouti à ce qui se passe aujourd'hui et les jours à venir", a souligné Bideri.
"Nous n'avons pas vu cela de la part du gouvernement congolais. Nous ne les avons pas vu faire quelque chose par rapport à l'application de l'accord.
Nous espérons qu'ils le feront parce qu'ils se sont engagés à le faire", a-t-il dit. Le Rwanda veut que la communauté internationale s'assure que le Congo ne reviendra pas sur son accord.
"Nous ne laisserons même pas un seul soldat sur le territoire congolais et nous espérons que la communauté internationale va persuader le gouvernement de Kinshasa de tenir ses engagements", a-t-il indiqué.
Pour sa part, le gouvernement congolais estime qu'il a déjà capturé quelque 2.000 de ces milices hutu qui sont détenus sur la base militaire de Kamina dans le sud-est du pays. Le gouvernement de RDC affirme qu'il est prêt à les rapatrier vers le Rwanda.
Une telle angoisse n'est pas surprenante. Le Congo adopte également une attitude prudente par rapport aux actes du Rwanda.
"Nous ne pourrons nous réjouir qu'une fois que le retrait sera confirmé par les Nations Unies, une fois que c'est vérifié", avait répondu le ministre des Affaires étrangères de la RDC, Léonard She Okitundu, selon des reportages de presse en provenance de Kinshasa.
Okitundu a prévenu que le Rwanda ne devrait "pas simplement jouer l'audience en retirant les troupes en plein jour et en les ramenant la nuit". Certains analystes partagent ce scepticisme, pointant du doigt les intérêts économiques lucratifs au Congo, riche en minéraux.
Mais Bideri affirme que son gouvernement est si déterminé à se retirer qu'il ne se préoccupe même pas de savoir qui prendra le contrôle de l'est du Congo après le départ des troupes rwandaises.
"Nous présumons que les Nations Unies ou quelqu'un d'autre vont occuper ces lieux. Mais ce n'est plus notre affaire parce que nous quittons ce pays", a-t-il déclaré.
"Nous revenons sur notre territoire. Alors, tout ce qui se passe là n'est plus notre affaire. Nous ne le savons pas et nous ne nous en préoccupons pas", a-t-il ajouté. Si tout se passe bien, le gouvernement de Kinshasa espère mettre en place un gouvernement représentatif d'ici à la fin de l'année pour préparer la voie pour des élections deux ans plus tard. Il se prépare à rouvrir les négociations avec ses opposants pour installer un gouvernement de transition pour le partage de pouvoir.
L'accord de paix de Pretoria a poussé d'autres pays à retirer également leurs troupes du Congo. Au plus fort de la guerre, il y avait six armées étrangères sur le sol congolais : le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi aux côtés des rebelles et l'Angola, la Namibie et le Zimbabwe soutenant Kinshasa.
Quelques jours seulement après la signature de l'accord de Pretoria, le Zimbabwe a annoncé qu'il retirait également ses quelque 3.000 soldats. Le 6 septembre, l'Ouganda en a fait de même en signant un accord de paix avec l'Angola, dans lequel lui aussi acceptait de retirer toutes ses troupes du Congo.
La Namibie s'est complètement retirée, tandis que l'Ouganda et l'Angola ont rapatrié la plupart de leurs troupes. Quelque 1.000 soldats zimbabwéens attendent de retourner chez eux.

