POLITIQUE-AFRIQUE: Le monde doit aider à assurer la paix, selon Kabila

NATIONS UNIES, 16 sept (IPS) – Malgré de récents accords de paix, des combats sanglants continuent de déstabiliser la République démocratique du Congo (RDC) et la région sub-saharienne, a souligné le président Joseph Kabila devant les Nations Unies dont l'Assemblée générale se poursuivait samedi.

Tandis que la plupart des ses pairs africains avaient récemment loué les accords de paix dans la région des Grands Lacs et en Angola, sur le continent africain, le président Kabila a dit à la communauté internationale qu'un plus gros effort était nécessaire pour ramener la stabilité dans la région.

"J'ai en mémoire les évènements sanglants et pénibles à Kisangani et Bunia.

Je pense également à la reprise des combats au Kivu, et je pense aux viols et au pillage de la richesse de la République démocratique du Congo et aux autres formes de violations des droits de l'Homme", a déclaré Kabila devant l'Assemblée générale de l'ONU.

"J'aimerais lancer un appel d'urgence à la communauté internationale pour mettre fin à cette tragédie qui affecte les populations de l'est de la RDC, pour s'assurer que les auteurs de ces actes ignobles et barbares sont punis et traduits en justice".

Il y a quelques jours, la RDC a signé un accord avec l'Ouganda pour que ce dernier retire ses troupes estimées à quelque 2.000 soldats de ce pays d'ici à la fin de l'année. Mais des rapports indiquent que des soldats ougandais étaient impliqués dans de récents accrochages dans le nord-est de la RDC.

L'Ouganda et le Rwanda avaient envoyé des soldats en RDC en 1998 pour aider à renverser le président de l'époque, Kabila père (Laurent Désiré) qu'ils accusaient de soutenir les groupes rebelles venant de leurs pays respectifs.

La RDC et le Rwanda ont signé plus tôt un accord de paix cette année, mais selon l'ONU, le Rwanda continue d'accroître sa présence militaire dans le pays.

"L'engagement pris vendredi par le président du Rwanda selon lequel il commencerait à retirer ses troupes à partir de la semaine prochaine (cette semaine) pourrait marquer une phase décisive", a indiqué Kabila devant l'Assemblée générale.

Vendredi, le Conseil de sécurité de l'ONU et le secrétaire général Kofi Annan, ont tenu une réunion spéciale sur la RDC, à laquelle prenaient part les dirigeants du Rwanda et d'Afrique du Sud. Aucun résultat de la réunion n'a été rendu public par la suite.

Vendredi également, le président du Burundi, Pierre Buyoya, a demandé à l'ONU de l'aider à mater les rebelles dans son pays, qui continuent d'opérer malgré un accord entre le gouvernement de transition et un autre groupe rebelle.

"Si la voie diplomatique ne porte pas de fruit, tous les autres moyens doivent être utilisés pour empêcher la rébellion de prendre en otage notre processus de paix, conduit par le gouvernement né de la négociation et qui a une légitimité internationale", a déclaré Buyoya devant l'Assemblée générale.

Plus tôt la semaine dernière, le président sud-africain, Thabo Mbeki a fait le premier des nombreux comptes rendus positifs des récents développements sur le continent à la réunion annuelle du plus grand organe de l'ONU.

"Nous sommes heureux qu'il y ait des processus de paix encourageants en Angola, au Burundi, en RDC et au Soudan, avec les Comores qui ont déjà organisé des élections réussies", a déclaré Mbeki.

"Nous sommes particulièrement contents parce que ces développements positifs créeront la possibilité, pour des millions de nos compatriotes africains, de réaffirmer le caractère sacré de la vie humaine et de la sécurité, et de s'engager dans les importantes tâches de reconstruction de leurs pays pour l'avènement d'une vie meilleure pour tous", a-t-il ajouté.

Robert Mugabe du Zimbabwe était également affirmatif, mais a rappelé au reste du monde que son pays doit jouer son rôle dans le processus de paix.

"Permettez-moi de saisir cette occasion pour annoncer une fois encore, à la lumière de ces développements positifs, que le Zimbabwe est en train de retirer ses troupes restantes de la RDC", a-t-il dit.

Le Zimbabwe avec l'Angola et la Namibie, avaient envoyé plus tôt des troupes en RDC pour supporter le gouvernement congolais en difficulté.

"Nous espérons toutefois que le Conseil de sécurité agira de façon vigoureuse et sans parti pris pour s'assurer que la paix est consolidée en RDC", a ajouté Mugabe.

Le président au franc-parler a également ouvert la voie aux dirigeants africains qui ont instamment demandé, la semaine dernière, à l'Assemblée générale de réformer les institutions financières et commerciales mondiales.

"Nous appelons à une gouvernance mondiale améliorée à travers la démocratisation des organisations multilatérales comme les Nations Unies, les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et Fonds monétaire international) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC)", a poursuivi Mugabe. "Il est également nécessaire de faire preuve de cohérence dans les prises de décisions mondiales".

"Dans le même esprit", a-t-il ajouté, "ma délégation demande également une annulation immédiate de la dette des pays pauvres pour que les fonds du paiement du service de la dette, qui paralysent les efforts des nations en développement, puissent être utilisés pour améliorer la situation de ces pays".

Le président John Kufuor du Ghana a lancé un appel plus accommodant de la réforme. "Nous voyons beaucoup de potentiel dans la mondialisation. Nous aimerions recommander néanmoins qu'une organisation comme l'ONU fournisse le cadre réglementaire pour s'assurer que les avantages de la mondialisation sont distribués plus équitablement", a-t-il indiqué devant l'Assemblée générale. Son continent a déjà pris des mesures en vue d'un changement positif, a fait remarquer Kufuor.

"L'Afrique n'a jamais voulu être perçue comme la "cicatrice sur la conscience du monde. Nous ne voulons pas être l'objet de pitié et de charité et nous ne voulons pas donner des images sinistres de guerre, de maladie, d'ignorance, de famine et de pauvreté sur les écrans de télévision du monde", a-t-il affirmé.

"Aujourd'hui, sous l'égide de l'Union africaine, le regroupement continental rajeuni, nos pays sont résolus à s'attaquer aux problèmes du continent pour nous permettre d'entrer dans le courant dominant du développement mondial".

"Nous avons pris l'engagement de nous efforcer d'être honnêtes les uns envers les autres, et selon le Mécanisme de la revue des pairs, on ne pourra plus se cacher derrière des revendications de souveraineté pour tolérer des violations des droits de l'Homme dans des pays particuliers", a déclaré Kufuor.