SMDD: Des spécialistes en communication se préparent pour transformer unéchec en succès

JOHANNESBURG, 3 sept (IPS) – Alors que le sommet de 10 jours sur le développement durable entre dans sa dernière semaine, les responsables des Nations Unies l'essorent pour s'assurer que la réunion se montrera à la hauteur des espérances de Rio+10 – une amélioration par rapport au Sommet de la Terre de Rio – plutôt que de se terminer en Rio-10 – un recul.

Un indicateur qu'ils ont adopté pour répandre ce point de vue est le nombre de promesses actuellement faites au Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) pour financer des programmes à travers des partenariats de "Type 2".

Des responsables de l'institution mondiale se vantent du fait que le nombre de projets de "type 2" – qui impliquent plusieurs acteurs comme les gouvernements, les organisations intergouvernementales (OIG), les organisations non gouvernementales (ONG) et les entreprises – avoisinent 300.

Mais les activistes disent que le "Type 2" permet une échappatoire pour les gouvernements qui ne veulent pas signer des accords multilatéraux, comme le Protocole de Kyoto et la Facilité sur l'environnement mondial (GEF), que beaucoup voient comme les triomphes du Sommet de Rio.

"Le SMDD avait l'intention de sécuriser les engagements et les promesses de financements conformément au cadre multilatéral de Rio", indique Martin Khor, du Réseau Tiers Monde, un groupe d'experts basé en Malaisie. "Mais nous savons maintenant que cela ne va pas se faire".

"Les conclusions de Type 2 ont été inventées comme une option de secours au cas où nous n'aurions pas des accords multilatéraux concrets", ajoute-t-il.

"Ainsi ils peuvent amener les journalistes à dire que quelque chose a été fait au sommet. C'est un exercice de relations publiques".

Les Nations Unies ont un point de vue différent.

"Certains des partenariats devraient être perçus comme de nouveaux efforts – des expériences auxquelles le système mondial n'a pas pensé", a indiqué Nitin Desai, secrétaire général du SMDD, à un groupe de journalistes d'Asie du sud. "Les partenariats peuvent faire une différence. Selon eux, les populations locales auront un plus grand rôle, un siège à la table de (prise de décision)".

Comme l'a montré la semaine passée, les responsables des Nations Unies comme Desai ne sont pas les seuls à avoir le même discours. Jeudi, la délégation américaine a dévoilé une stratégie qui suit une ligne de pensée similaire. Washington envisage de dépenser plus d'un milliard de dollars pour alléger la pauvreté et financer les projets qui protègent l'environnement du monde – mais en grande partie comme des partenariats, ont indiqué les responsables à une conférence de presse archi-comble.

Cette "nouvelle approche" pour offrir de l'eau potable aux pauvres du monde et aider à alléger la faim, entre autres objectifs, impliquera des fondations et entreprises.

En annonçant cet accord, la délégation américaine a affiché son mépris pour les efforts au SMDD visant à renforcer une approche multilatérale de sécurisation du développement durable – une caractéristique centrale de l'accord conclu par les gouvernements en 1992.

Aux sommets comme le SMDD, "les mots sont bons, mais seule une action concrète peut régler ces problèmes", a indiqué Paula Dobriansky, sous-secrétaire d'Etat.

Un tel effort des responsables américains pour donner à Washington la base politique élevée était soutenu par des déclarations selon lesquelles les Etats-Unis sont "le leader mondial dans le développement durable".

Cependant, ces efforts collectifs pour trompeter la signification des partenariats de "Type 2" minimisent les importantes institutions mondiales issues du Sommet de Rio, comme la GEF.

En 1992, le Fonds était perçu comme le genre de mécanisme international dont avait besoin le monde pour faire accepter les initiatives de développement durable au niveau multilatéral. Le Protocole de Kyoto pour combattre le changement climatique en était un autre.

Les gouvernements avaient pris l'engagement de financer la GEF – connue maintenant comme une solution de "Type 1" – tous les quatre ans.

Le Fonds a reçu 2,9 milliards de dollars US en soutien initial en 1994, 2,75 milliards de dollars en 1998 et ce mois les Etats ont promis 2,9 milliards de dollars pour soutenir cette initiative de "Type 1".

Mais le directeur général de la GEF admet que l'argent est très en deçà de ce qui est nécessaire pour financer tous les projets de la GEF dans le monde en développement – y compris les initiatives sur la biodiversité, le changement climatique et la dégradation de la terre.

"Au cours des deux dernières années, les fonds de la GEF n'ont pas été suffisants pour s'attaquer à tous les projets prévus", affirme Mohammed El-Ashry. "Même si nous avions 10 milliards de dollars, nous n'aurions pas pu satisfaire la demande".

Comme le montrent les signes émergeants du SMDD, la GEF – et vraisemblablement d'autres fonds de "Type 1" – ne peuvent pas s'attendre à recevoir plus d'argent. Parce que d'une part, plusieurs nations développées sont peu disposées à se conformer à l'engagement de Rio de dépenser 0,7 pour cent de leur Produit national brut (PNB) pour l'aide au développement.

Et d'autre part, le monde développé essaie d'éluder cette promesse non tenue en soutenant une initiative financière – des partenariats de "Type 2" – qui va contre l'esprit de la coopération internationale, reconnue au Sommet de la Terre comme capitale pour la réalisation d'un développement durable.

Il n'est pas étonnant que les écologistes et les activistes de la société civile à Johannesburg soient furieux par rapport à cette tournure des évènements. La bruyante Coalition EcoEquity, un regroupement de six grandes ONG internationales dont Oxfam et Greenpeace, a averti vendredi que le SMDD pourrait se terminer comme Rio-10, un recul.