DROITS-BENIN: La prise en charge des orphelins du SIDA reste encore dérisoire

COTONOU, 27 août (IPS) – Une enquête menée pour la première fois au Bénin en 2001 a révélé l'existence d'environ 42.000 orphelins du SIDA, un nombre jamais soupçonné jusque-là, selon Innocent Kpoton, sociologue au Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS) à Cotonou.

"Les orphelins du SIDA constituent une nouvelle couche sociale qui est en train de naître au Bénin", affirme Kpoton, responsable de la prise en charge des orphelins du SIDA et des personnes vivant avec le VIH au PNLS. Les statistiques du PNLS font état d'environ 160.000 personnes infectées par le VIH au Bénin depuis juillet 1985, date de la découverte du premier cas de SIDA dans ce pays d'Afrique de l'ouest. Environ 45 personnes s'infectent chaque jour et le taux national d'infection de 4,1 pour cent. A ce rythme, environ 246.000 Béninois seront porteurs du VIH en 2006. "C'est une bombe à retardement qui est ainsi actionnée car nous aurons de plus en plus d'orphelins du SIDA au fur et à mesure que ces personnes vont mourir. Cette situation nous inquiète au Programme national de lutte contre le SIDA parce que cela ne fera qu'aggraver le sort des orphelins du SIDA et rendre difficile leur prise en charge", explique Kpoton. Le gouvernement béninois a dégagé en 2001 une enveloppe budgétaire de 50 millions de francs CFA (environ 70.000 dollars US) pour la prise en charge des orphelins du SIDA. En 2002, cette somme a été réduite à dix 10 millions de FCFA (environ 15.000 dollars US), ce qui est dérisoire par rapport au nombre important d'orphelins du SIDA à prendre en charge, déplore Kpoton. Ces fonds servent à acheter du riz, du lait, de l'huile, du sucre, des couvertures et des tenues scolaires qui sont distribués aux orphelins. "Ce sont-là des appuis ponctuels qui leur sont apportés. Ce qu'il faut, ce sont des appuis durables", suggère-t-il. "Il n'y a pas a priori au Bénin un programme de prise en charge des orphelins du SIDA", estime le Dr Cyriaque Affoukou, de l'organisation non gouvernementale (ONG) Racines, dont la mission, entre autres, est de prendre en charge les personnes vivant avec le VIH et les malades du SIDA. Une enquête sociale qu'il a menée au début de cette année, dans le cadre d'un travail académique, lui a permis de découvrir que les orphelins du SIDA "ont tout simplement d'énormes difficultés pour satisfaire leurs besoins fondamentaux que sont se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner et s'instruire, parce que la perte de l'un ou des deux parents les prive automatiquement de leurs moyens de subsistance". Affoukou témoigne avoir rencontré des orphelins du SIDA souvent rejetés par leur famille, "parce que le SIDA est une maladie encore considérée comme honteuse au sein de la société béninoise". Si les deux parents meurent et que les enfants ne sont pas infectés par le VIH, ils sont parfois pris en charge par la famille. Mais s'ils sont infectés, ils sont automatiquement rejetés. Les enfants, dont un seul parent vit encore, souffrent beaucoup plus que ceux qui ont perdu leurs deux parents parce qu'ils reviennent tous à la charge du seul parent vivant qui se trouve souvent être la mère. En mai, un homme de 47ans, marié et père de six enfants, est décédé à Cotonou des suites du SIDA. Sa veuve, elle aussi infectée, s'occupe aujourd'hui seule des six enfants avec beaucoup de peine. Mais elle sait que dans peu de temps, elle aussi devra quitter ce monde, laissant seuls les enfants, dont deux sont à peine majeurs. La famille reçoit de temps en temps des vivres de certaines ONG dont Racines, basée à Cotonou. Racines a aidé la mère de famille à obtenir un crédit pour commencer un petit commerce, confie Epiphane Akpadja, responsable du département prise en charge de Racines. Mais que deviendront ces enfants lorsque la maman va mourir?, s'interroge-t-il. "En principe, ces enfants doivent être immédiatement récupérés par l'Etat, car la solidarité africaine n'existe plus en matière de SIDA", déplore-t-il. Affoukou suggère la création d'un centre national de prise en charge des orphelins du SIDA parce que le problème est déjà crucial au Bénin. Kpoton reconnaît aussi l'ampleur du drame et la nécessité d'agir en urgence.

"Le PNLS est en train d'élaborer en ce moment une politique nationale de prise en charge des orphelins du SIDA afin de veiller à leur scolarisation ou à leur insertion professionnelle". Mais, souligne-t-il, cette activité de prise en charge sera confiée à des institutions non étatiques comme les ONG et les religieux qui sont le plus en contact avec les communautés de base. C'est déjà le cas, à Cotonou, de l'ONG Arc-en-ciel qui prend en charge 250 orphelins du SIDA, et du Centre de traitement ambulatoire (CAT) qui en accueille 198 et qui dépend du PNLS.

D'autres ONG en font autant dans d'autres grandes villes avec des ressources très limitées, comme à Porto-Novo, la capitale politique du Bénin. Le gouvernement béninois appelle ses partenaires potentiels dans ce domaine, comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) à venir à son aide afin de sauver ces enfants de la délinquance et des pièges de la rue qui les guettent. "En dix années, la proportion des orphelins du SIDA se trouvant dans la rue s'est multipliée par quatre. Et nous n'en sommes qu'au début", avertit Kpoton. "Nous ne devons pas laisser ces enfants devenir des délinquants", ajoute le Dr Alphonse Gbaguidi, coordonnateur du PNLS.