LOME, 28 août (IPS) – Les participants à un atelier de l'Association africaine de crédit rural et agricole (AFRACA) proposent des stratégies pour soutenir le secteur agricole qui reçoit de moins en moins d'investissements en Afrique, malgré ses potentialités de diversification des sources de croissance.
Considérée comme secteur à risque et peu rentable, l'agriculture n'a pas accès en permanence aux services financiers tels que le crédit et l'assurance. Organisé en août au siège de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) à Lomé, au Togo, l'atelier a porté sur "Le rôle des banques commerciales dans le financement du monde rural et/ou la micro-finance".
Selon Gédéon Muriuki, président de l'AFRACA, le thème de cet atelier "est crucial pour contribuer à la solution des problèmes d'articulation entre les banques commerciales et les institutions de micro-finance pour mieux répondre aux besoins de financement de l'agriculture".
Rasmane Ouedraogo, secrétaire général de l'AFRACA, a relevé que le monde rural et l'agriculture, dans la sous-région, sont encore l'objet d'une petite attention de la part des institutions de financement malgré le nombre d'actifs qu'ils emploient et leur contribution dans la constitution du Produit intérieur brut (PIB).
"Le secteur agricole occupe une place dominante, entre 30 et 35 pour cent du PIB, 65 et 85 pour cent de la population active, 60 et 80 pour cent des recettes d'exportation", explique Ouedraogo. Mais ce secteur n'arrive pas à moderniser ses structures de production.
La rencontre de Lomé, qui a réuni des représentants des banques commerciales, des banques centrales, des associations professionnelles de banques et autres institutions financières, a été l'occasion de définir des orientations pour mieux soutenir et améliorer le financement du monde rural dans les différents pays de la sous-région.
Tirant les leçons de la rencontre, Boni Yayi, président de la BOAD, a déclaré : "Les échanges à partir des diverses contributions nous ont permis d'élaborer des conclusions et des recommandations pertinentes". Une amélioration du cadre réglementaire et institutionnel du financement du monde rural, notamment en ce qui concerne la micro-finance, a été suggérée pour mieux sécuriser les financements.
Les discussions ont aussi porté sur la nécessité d'instituer des fonds de calamité, de bonification et de garantie pour les crédits accordés au secteur rural. Pour mieux adapter les stratégies et les outils d'intervention des banques commerciales en faveur du monde rural, les participants ont demandé aux banques de développer leurs capacités institutionnelles et une expertise technique.
"Nous avons trouvé qu'il faut renforcer les capacités au sein des institutions, que les banques commerciales peuvent évaluer les programmes agricoles, être à même d'évaluer les conditions de financement", déclare Pierre Claver Damiba, consultant et ancien président de la BOAD.
"Nous avons aussi trouvé que quelque fois, pour financer l'agriculture, surtout l'agriculture vivrière, les ressources et les crédits sont chers; on peut trouver des formules pour bonifier les intérêts", ajoute Damiba.
Les participants ont déploré que la faiblesse d'équipement des zones rurales en infrastructures de base – routes, télécommunications, énergie, eau – constitue un frein à l'établissement des banques commerciales dans ces régions.
Ils ont également relevé que la banalisation du secteur, par les banques, tend à réduire l'accès des populations rurales aux produits et services financiers offerts par le système bancaire classique.
"Nous avons discuté du rôle de l'Etat, nous pensons que l'Etat a un rôle important à plusieurs niveaux en tant que souverain définissant des stratégies d'une part, et d'autre part en tant que garant de l'intérêt général. Or l'intérêt général, c'est la majorité et la majorité chez nous, c'est le monde rural", explique Damiba.
"En dépit de certaines dispositions mises en place dans la zone UEMOA, les financements en direction du monde rural sont restés marginaux", constate le Premier ministre togolais, Koffi Sama, qui regrette que le financement bancaire reste surtout orienté vers le secteur commercial.
L'UEMOA est l'Union économique et monétaire ouest-africaine. L'UEMOA et la BOAD comptent huit pays membres : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Les participants ont unanimement reconnu qu'une politique appropriée pour améliorer le financement agricole, en rapport avec l'importance de ce secteur dans l'économie des pays et les moyens requis pour son développement, est nécessaire.
"Nous ne pouvons pas continuer à développer des plans de développement pour notre continent si une très grande partie de notre population est exclue du système de financement actuel", a fait remarquer Ouedraogo. Pour le président de l'AFRACA, la lutte contre la pauvreté interpelle toutes les institutions financières du continent.
"Aucun développement durable de nos économies n'est possible si le financement du monde rural est toujours marginalisé", soutient le président de la BOAD. Le forum des institutions membres de l'AFRACA se tiendra en novembre prochain à Abuja, au Nigeria. L'AFRACA est une association de banques et d'institutions financières directement ou indirectement impliquées dans la prestation de services financiers au profit du développement rural.
Créée en 1977, l'AFRACA a pour mission d'améliorer l'environnement financier rural en Afrique en définissant des cadres appropriés de politique générale pour permettre aux institutions financières viables d'accroître leurs interventions, tout en améliorant la prestation des services financiers.

