DROITS-GUINEE: Les orphelins du SIDA sont souvent rejetés

CONAKRY, 26 août (IPS) – Le nombre d'orphelins du SIDA est estimé à plus de 13.000 en 2001 en Guinée, selon les statistiques communiquées par l'organisation non gouvernementale (ONG) Stat Views International lors d'un récent atelier de restitution des résultats de la première enquête nationale sur la séroprévalence.

Ce nombre pourrait dépasser 92.000 en 2010 si aucune mesure efficace n'est prise d'ici-là, estime l'ONG. Les orphelins du SIDA sont souvent rejetés en Guinée où ils sont victimes de l'ignorance des populations, affirme Djenabou Ndiaye Fofana, membre du Comité national de lutte contre le sida (CNLS) dans ce pays d'Afrique de l'ouest. Dr Bintou Bamba, présidente de l'Association des femmes guinéennes pour la lutte contre le VIH/SIDA (ASFEGMASSI) – une ONG – a indiqué à IPS que "Le problème des orphelins du SIDA est complexe. Dans leur cas, la création d'orphelinats n'est pas une solution puisqu'elle ne règle pas leur situation. En Afrique, la famille est large et on devrait trouver les moyens d'éduquer les enfants sans nuire à leur équilibre". Bamba a été auparavant coordinatrice du Programme national de lutte contre le SIDA.

Elle regrette que "souvent, ces orphelins se heurtent à un rejet. A l'ASFEGMASSI, nous avons actuellement le cas d'une femme dont le mari est décédé de SIDA. Cette femme souffre aujourd'hui de la maladie et ses deux fillettes ont toutes les chances de devenir orphelines. Nous menons en ce moment une action visant à convaincre la famille de cette femme de récupérer ces enfants. Les gens pensent qu'en s'approchant d'elle, ils contracteront la maladie, ce qui est bien évidemment une fausse croyance". Selon Bamba, "un suivi psychologique est assuré au niveau de l'AFEGMASSI pour ces orphelins du SIDA. Nous avons aussi des médecins spécialisés pour assurer le suivi de ces enfants". Les autorités guinéennes ont décidé de prendre bientôt en charge les orphelins du SIDA, selon Fofana qui travaille également à la Direction nationale des affaires sociales. "Nous sommes actuellement sur un grand projet visant à soutenir, éduquer et trouver des familles d'accueil pour ces enfants. C'est un projet étalé sur 10 ans".

"Dans un premier temps, nous avons un projet de cinq ans au cours duquel les enfants de quatre à 12 ans seront pris en charge au niveau scolaire, sanitaire, etc; ceux âgés de 14 à 16 ans bénéficieront de cours dans des centres d'apprentissage de métier pour faciliter leur réinsertion socio-professionnelle. Mais je tiens à faire remarquer que tout cela n'est qu'au stade de projet, nous sommes en train de peaufiner les derniers contours afin de pouvoir le soumettre aux bailleurs de fonds", déclare Fofana.

"De toutes les façons, avec ces enfants, il n'y a que deux solutions : soit on facilite leur intégration dans les familles, soit on les dirige vers d'autres structures comme les villages SOS par exemple", affirme-t-elle.

Concernant les femmes enceintes, Bamba explique : "Nous négocions en ce moment, avec les Laboratoires Boringer, la livraison de Nevirapine, un produit qui offre des chances au fœtus de ne pas contracter le virus du SIDA. Nous voulons l'administrer gratuitement à toutes les femmes enceintes concernées. Même si on ne nous offre pas ce médicament, il ne coûte que quatre dollars. Avec l'aide de l'Etat ou des bailleurs de fonds, on devrait parvenir à l'obtenir pour sauver des vies". La secrétaire exécutive du CNLS, Dr Mariama Djelo Barry, ancien ministre des Affaires sociales, a déclaré à IPS que "l'objectif est d'assurer la prise en charge socio-médicale de ces orphelins du SIDA afin d'offrir à ces enfants un cadre propice à leur épanouissement, sans oublier les parents vivants".

Selon Djelo Barry, "l'infrastructure est en chantier. Il faut d'abord les recenser tous, distinguer les orphelins qui n'ont perdu qu'un seul parent et ceux qui n'en ont plus, pour agir de manière efficace".

Pour une population de 8 millions d'habitants, le taux actuel de séroprévalence en Guinée est de 2,8 pour cent, un chiffre bien au-delà des estimations des Nations Unies qui donnaient environ 1,7 pour cent pour cette année.

Selon le directeur de l'ONG Stat Views International, Aliou Barry, "Quand le taux de séroprévalence atteint 2 pour cent dans un pays, il faut considérer le SIDA comme un problème de santé publique et faire le maximum pour agir efficacement. Car si en 2001, nous avons dénombré 114.000 séropositifs dans ce pays, ils pourraient être plus de 290.000 en 2010".

Toujours d'après Barry, "13.800 cas de décès sont directement liés au SIDA en 2002. En 2010, ce chiffre atteindra 119.000 si aucune intervention n'est envisagée".

La Guinée vient d'être admise au programme permettant l'approvisionnement du pays en anti-rétroviraux à moindre coût. Le coût minimum actuel pour un traitement mensuel contre le SIDA avoisine les 300.000 francs guinéens (environ 150 dollars US), un montant qui est hors de portée pour les Guinéens moyens. Environ 60 pour cent des Guinéens vivent sous le seuil de pauvreté avec moins d'un dollar US par jour.

La secrétaire exécutive du CNLS se dit "inquiète et préoccupée" face à l'ampleur de la séroprévalence des femmes prostituées, qui est de 42 pour cent à l'échelle nationale et de 55 pour cent à Conakry, la capitale. Djelo Barry estime qu'il est nécessaire de légaliser la prostitution en Guinée comme dans d'autres pays fortement musulmans. Si les prostituées sont reconnues par la loi, elles pourront bénéficier d'une surveillance médicale, explique-t-elle.