NATIONS UNIES, 27 mars (IPS) – Lorsque les Pays les moins avancés
(PMA) du
monde – décrits comme les plus pauvres parmi les pauvres – se
réuniront au
cours d'une importante conférence internationale à Bruxelles en
mai, leur
nombre augmentera une fois encore : il passera de 48 à 49.
Le pays, qui aura l'honneur discutable de voir son économie, déjà
défaillante, rétrogradée, serait le Sénégal – bien que la
République du
Congo et le Ghana ne soient pas loin derrière.
L'Assemblée générale des Nations unies, forte de 189 membres, se
réunira à
New York prochainement pour adopter une résolution demandant qu'on
ajoute le
Sénégal à la liste croissante des PMA.
La Commission de l'ONU pour les politiques de développement (CPD),
qui
statue pour déterminer le pays qui serait ou non classé comme un
PMA, a
également identifié la République du Congo et le Ghana comme deux
Etats
remplissant les critères d'éligibilité au statut de PMA.
Mais puisque ces deux pays africains ont, jusqu'à présent, refusé
de voir
leur statut économique rétrogradé – "d'un pays en voie de
développement" à
celui de "pays les moins avancés" -, ils ne seront pas ajoutés à
la liste
des PMA cette année.
Les seuils d'inclusion dans la liste des PMA sont : une population
de moins
de 75 millions, un Produit national brut (PNB) par tête d'habitant
de moins
de 900 dollars, une augmentation de l'indice de la qualité de vie
(combinant
la santé, la nutrition et l'éducation) de moins de 59, un indice
de
vulnérabilité économique (IVE) de moins de 36. Un pays doit
remplir tous ces
critères pour être classé comme un PMA.
Toutefois, la CPD a identifié 16 autres pays qui remplissent
certains de ces
critères, mais pas tous : le Cameroun, la Chine, la Côte d'Ivoire,
la Corée
du nord, la Guyane, le Honduras, l'Inde, l'Indonésie, le Kenya, la
Mongolie,
le Nicaragua, le Nigeria, le Pakistan, le Sri Lanka, le Vietnam et
le Zimbabwe.
Si les économies de certaines des nations en voie de développement
continuent par se détériorer – principalement à cause d'une dette
de plus en
plus élevée, de la chute des prix des matières premières et de
fortes
baisses dans l'aide au développement et les investissements
étrangers – les
rangs des PMA continueront par grossir au cours des dix prochaines
années.
Sur les 48 PMA actuels, 33 viennent d'Afrique. Ces pays vont de
l'Angola au
Mozambique, en passant par l'Ouganda et la Zambie. Parmi les 15
autres, neuf
sont d'Asie, cinq du Pacifique et un des Caraïbes. L'inclusion du
Sénégal
amènerait à 34 le nombre total de pays africains ayant le statut
de PMA.
Lorsque l'Assemblée générale avait approuvé la liste originale en
1971, il y
avait seulement 24 PMA. Mais depuis lors, la liste a doublé –
atteignant 48
en 1994 – ce qui montre l'aggravation des conditions économiques
dans les
nations du Tiers Monde.
S'ils améliorent leur niveau de développement et seulement à ce
moment-là,
ces pays devraient "passer" du statut de PMA à celui de pays en
voie de
développement. Mais depuis 30 ans que le classement des PMA a
commencé, un
seul pays a amélioré son statut économique et a quitté les rangs :
le Botswana.
En 1997, la CPD a suggéré que le Vanuatu passe du statut de PMA à
celui de
pays en voie de développement, et a identifié le Cap Vert, les
Maldives et
Samoa comme des candidats pour la promotion en 2000. Mais après un
examen
des économies fragiles de tous les quatre pays, la CPD a choisi
les Maldives
comme le seul PMA remplissant les critères de promotion.
Mais l'année dernière, le gouvernement de Maldives a contesté
l'évaluation
de la CPD, estimant que son économie n'était pas seulement
vulnérable aux
facteurs imprévus, mais est également menacée par une possible
montée du
niveau de la mer. Il a donc refusé d'être promu. Une décision
finale sur sa
promotion est encore pendante.
En attendant, la prochaine conférence sur les PMA, qui se
déroulera du 13 au
20 mai à Bruxelles, adoptera un programme d'action visant à
accroître l'aide
au développement, à encourager le flux des investissements
étrangers, à
réduire la dette et à ouvrir les marchés industriels aux produits
des PMA.
Un important objectif du programme d'action proposé, actuellement
en cours
de finalisation, est de poursuivre le but commun de réduction de
la pauvreté
de moitié, dans le monde entier, d'ici à l'an 2015.
Ceci nécessitera, entre autres choses, des accroissements
significatifs et
réguliers des taux de croissance dans les PMA. Pour cette fin, les
PMA
devraient s'efforcer d'atteindre des taux de croissance annuelle
de 5 à 6
pour cent d'ici à 2006 et de 6 à 8 pour cent d'ici à la fin de la
décennie.
Les PMA disent que cela ne peut être atteint qu'avec un soutien
économique
et politique fort des donateurs occidentaux.
La conférence de Bruxelles sera la troisième d'une série de
rencontres, la
première s'étant tenue à Paris en 1981 et la seconde, également à
Paris, en
1990. Les deux conférences ont adopté deux différents programmes
d'action
pour l'amélioration des économies des PMA.
La conférence de mai est mandatée pour évaluer les résultats du
dernier
programme d'action durant les années 90 au niveau local, et passer
en revue
l'exécution des mesures internationales de soutien, en particulier
dans les
domaines d'Aide publique au développement (APD), de la dette, de
l'investissement et du commerce international.
Dans son introduction, le nouvel avant-projet de programme
d'action dit que
"en raison de la baisse de l'APD, de l'énorme poids de la dette
et de la
chute des prix des matières premières, le développement économique
des PMA
n'a pas tourné à leur avantage, et que l'exécution du programme
d'action
pour les années 90 était loin d'être satisfaisante, avec plusieurs
objectifs
non réalisés".
La conférence de Bruxelles étudiera également la formulation et
l'adoption
des politiques nationales et internationales appropriées et de
mesures pour
un développement durable des PMA, ainsi que leur intégration
progressive
dans l'économie mondiale.
Conformément à son initiative "Tout sauf les armes", l'Union
européenne
(UE), composée de 15 membres, a décidé en février d'exonérer de
droits de
douane et de quotas les produits des PMA entrant dans les nations
de l'UE.
La seule exception concernait les exportations militaires.
Dans une lettre aux nations industrialisées non-membres de l'UE,
le
secrétaire général des Nations unies a indiqué, le mois dernier,
qu'ils
devraient encourager l'initiative de l'union et supprimer toutes
les
barrières douanières sur les produits des PMA afin d'améliorer les
conditions des pays les plus pauvres du monde.
La lettre était adressée aux chefs d'Etat et de gouvernement des
Etats-Unis,
du Japon, du Canada, de Norvège, de Suisse, d'Australie et de
Nouvelle
Zélande.

