DEVELOPMENT-AFRIQUE: L'uniformité de l'aide a contribué à l'échec des réformes économiques

NAIROBI, 21 sept. (IPS) – Les réformes économiques en Afrique ont
largement
échoué parce que les bailleurs ont imposé leurs programmes sans
distinction
à travers le continent, sans tenir compte des différentes
conditions qui
prévalent en Afrique. C'est ce que révèle une nouvelle étude de la
Banque
Mondiale.

Que ce soit dans les pays qui ont réussi les réformes avec des
mouvements
politiques claires, amenant ainsi le changement, ou dans ceux qui
ont
réalisé moins de progrès suite à des intérêts matériels puissants
qui ont
bloqué le changement, les donateurs ont apporté le même type
d'aide avec la
même série de conditionnalités, indique l'étude.
"L'utilisation d'un mauvais instrument au mauvais moment, est
au mieux
peu efficace, et peut dans certains cas, avoir retardé la
réforme", a
déclaré Shantayanan Devarajan, membre du groupe de recherche sur
le
développement à la Banque, qui a compilé le rapport.
Le rapport intitulé : L'Aide et la Réforme en Afrique, fait la
synthès e des
conclusions des études de cas de l'aide et de la réforme dans 10
pays
africains. Son contenu reflète un changement dans l'attitude de la
Banque
Mondiale par rapport aux réformes politiques en Afrique, en ce
sens qu'au
lieu d'imposer des réformes, les bailleurs tiennent compte des
initiatives
prises par les pays eux-mêmes.
Dans les 10 cas, l'étude fait ressortir le lien tendu existant
entre l'aide
et la réforme sur le continent africain.
L'étude indique également que dans la plupart des pays africains,
les
responsables politiques ont réalisé qu'ils avaient très peu de
choix autre
que celui d'entreprendre de sérieuses réformes telles que la
libéralisation
des devises étrangères et du commerce extérieur, lorsque les
relations avec
les donateurs étaient tendues et que le financement était en
baisse.
Présentant les conclusions aux experts économiques et aux
autorités
gouvernementales dans la capitale kenyane, Devarajan a indiqué que
bien que
les bailleurs aient toute une variété de programmes qui militent
en faveur
des réformes sur le continent, la plupart de ces réformes ont été
appliquées
sans distinction, ce qui a produit très peu de résultats
escomptés.
Les principaux instruments dans les mains des donateurs au cours
de ces
deux dernières décennies incluent l'argent, les conditionnalités
et
l'assistance technique. M ces instruments sont mal appliqués à
différents
stades de la réforme.
"Toutes ces études de cas reconnaissent que la politique
économique est
d'abord mue par les politiques nationales, et non par des agents
extérieur s.
L'atout principal pour une réforme réussie est un mouvement
politique pour
le changement, et les bailleurs ne peuvent pas faire beaucoup pour
provoquer
cela", indique Devarajan dans le rapport.
Ce point de vue est soutenu par l'étude de cas du Nigeria. "Ce
qui est
nécessaire, c'est de développer de nouvelles idées sur la manière
dont la
politique nigériane devrait opérer, quelque chose que la Banque
Mondiale, le
FMI, et les bailleurs bilatéraux ne peuvent pas apporter. Seuls
les
Nigérians peuvent faire cela", ont conclu Jeffrey Herbst et
Charles Soludo
dans leur rapport sur la région Ouest africaine.
Pour le Kenya, où les réformes ont été lentes et pénibles, les
résultats
économiques de deux décennies ont été désastreux, avec des taux de
pauvreté
en baisse constante, un problème que les donateurs attribuent à la
corruption qui prévaut au sein de la classe dirigeante de l'Etat.
Selon George Saitoti, le Vice-président du Kenya, pour que les
réformes
réussissent, elles doivent appartenir totalement aux pays
bénéficiaire s.
"Dans une large mesure, les conditionnalités ont toujours été
imposées
aux Africains et de telles conditionnalités sont perçues comme
commandées
par les donateurs. Dans de telles circonstances, l'objectif des
réformes
peut ne jamais être atteint", a-t-il déclaré à la centaine de
participants
au séminaire.
Pour Devarajan, donner d'importantes sommes d'argent à des pays
comme le
Kenya, qui a une politique peu performante, n'a pas stimulé la
réforme.
En fait, dit-il, plusieurs études de cas soutiennent de façon
convaincante
que l'argent donné dans ces conditions permet à un gouvernement de
ne pas
mettre en uvre la réforme.
"La preuve est que dans une situation ou la politique est
faible,
l'argent n'apporte pas de grands bénéfices perceptibles dans la
réduction de
la croissance ou de la pauvreté", dit-il.
"Mais l'argent doit aller quelque part, ainsi, cela permet
vraisemblablement au gouvernement de financer des secteurs et des
groupes
favorisés, en maintenant l'appui au statut quo inefficace".
Dans le cas du Congo par exemple, bien que la responsabilité de
l'échec
revienne à l'élite politique sous l'ancien président Mobutu Sese
Seko, qui a
dirigé le pays jusqu'en 1997, le rapport indique que l'interaction
avec la
communauté des bailleurs n'est pas aussi bénéfique qu'elle devrait
l'être.
"Les principaux bailleurs sont également les principaux
créanciers. En
finançant des projets non viables dans le cadre de conditions de
crédits
commerciaux au début des années 70, et en n'accordant pas
l'allégement de la
dette appropriée 10 ans après lorsque le pays était dans un
processus de
réforme, ils ont contribué à faire des ajustements difficiles à
supporter",
ont indiqué Jérôme Chevallier et Gilbert Kiakwama dans leur étude
de cas sur
la RDC.
L'aide extérieure ne peut être profitable au continent que si elle
éta it
plus sélective en matière de bénéficiaires et de programmes,
ajoute Devarajan.
Dans les pays pauvres qui ont fait des progrès positifs en matière
de
réformes politiques, les bailleurs devraient trouver des moyens
simples
d'apporter des crédits sans des tonnes de conditionnalités, dit-
il.
Pour les gouvernements qui ont adopté des politiques économiques
peu
performantes, et qui n'ont accordé aucun intérêt sérieux pour la
réforme,
les bailleurs doivent opérer sur une petite échelle, en apportant
l'appui
technique là où il y a une demande réelle. "Dans cette situation,
les
crédits à grande échelle et les prêts munis de conditionnalités
n'ont pas
été utiles", ajoute-t-il.
Dans le cas des réformateurs comme l'Ouganda et le Ghana, l'étude
indique
que l'assistance financière augmentait au fur et à mesure que la
politique
s'améliorait et a accru les gains des réformes.
"Mais le plus important est que, plutôt que de réduire l'appui,
comme ils
avaient tendance à le faire dans les quelques pays qui ont obtenu
une bonne
politique durable, les bailleurs devraient maintenir un niveau
élevé de
crédits dans ces environnements productifs".