LILONGW, 10 nov. (IPS) – Bien que le Malawi ait signé la
convention des
Nations Unies sur l'élimination de toutes les formes de
discrimination à
l'égard des femmes (CEDAW), il y a 12 ans, les différences
sexuelles sont
toujours très répandues dans ce petit pays de l'Afrique australe.
Les groupes de défense des droits de l'homme ont attribué la
lenteur du
progrès effectué dans le combat contre le vice à la double
existence des
lois statutaires et coutumières et au manque de prise de
conscience de la
majorité des femmes de leurs droits.
"Les principaux actes de violence au Malawi incluent le viol, le
harcèlement, la bastonnade des femmes, la confiscation de leur
salaire
mensuel et le modique argent de poche qu'elles reçoivent, tout
comme si
elles étaient des enfants", a indiqué Mary Nyandovi-Kerr, la
présidente du
conseil des organisations non gouvernementales de Lilongwe
(CONGOMA).
"Nous ne pouvons pas réaliser un développement humain durable si
les
considérations liées aux sexes ne font pas partie des plans et des
programmes nationaux de développement", signale Funmi Baloguni du
bureau du
programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à Malawi.
Depuis sa participation à la quatrième conférence internationale
sur les
femmes, tenue à Beijing en 1995, le Malawi a intensifié les
activités
destinées à promouvoir l'égalité des sexes et les droits des
femmes, a
annoncé le ministère de la condition féminine, de la jeunesse et
des
services communautaires.
En dehors du lancement de sa propre plate-forme nationale d'action
qui se
concentre sur la formation, les filles, la violence à l'égard des
femmes et
la paix, le Malawi a aussi commencé à réviser les lois hostiles
aux femmes.
Une politique nationale des genres, destinée à orienter les
processus de
prise de décision, la planification et l'exécution des programmes
de
développement, est également en cours d'élaboration. La politique
qui sera
parachevée en décembre, mettra fin à la manière dont les problèmes
des
genres sont actuellement gérés et défendus.
"Une fois qu'elle sera élaborée, nous serons le troisième pays
africain à
avoir une politique nationale des genres, après l'Ouganda et la
Namibie",
affirme Mary Shawa, directrice adjointe intérimaire du ministère
de la
Condition féminine, de la Jeunesse et des Services communautaires.
Pendant la journée internationale de la femme qui a été célébrée
au début de
cette année-ci, les associations de femmes ont présenté une
pétition au
président Bakili Muluzi, afin qu'il élimine les pratiques
discriminatoires
dont les femmes sont victimes, et impose des sanctions rigoureuses
aux
violeurs et aux personnes qui obligent les femmes à se prostituer
ou qui les
empêchent de progresser lorsqu'elles s'opposent au harcèlement
sexuel.
La pétition de 12 pages décrit le cas d'un homme de 40 ans qui a
violé et
provoqué la mort d'une fillette de deux ans. Depuis, l'homme a
disparu après
avoir été libéré sous caution car son acte a été considéré comme
étant
"écurant, outrageant et une moquerie non seulement pour les
valeurs
culturelles du Malawi, mais aussi pour le système judiciaire et le
système
de sécurité".
Pour lutter contre de pareils incidents à l'avenir, la pétition a
exhorté le
gouvernement à mettre en application la déclaration de la
communauté de
développement de l'Afrique australe (SADC) sur les genres et le
développement. Cette déclaration a été signée par les chefs d'Etat
lors
d'une réunion tenue à Blantyre, la principale ville commerciale du
Malawi,
en septembre, l'année dernière.
Le protocole demande aux 14 Etats membres de la SADC de créer plus
d'occasions pour favoriser l'accès des femmes aux biens productifs
et
d'entreprendre une action concrète pour s'assurer que les femmes,
qui
constituent plus de la moitié des 135 millions d'habitants de la
SADC,
occupent au moins 30 pour cent des postes de décision.
Bien que les femmes représentent presque 52 pour cent de la
population du
Malawi (12 millions d'habitants), elles occupent cinq pour cent
des postes
de prise de décision, selon une récente enquête réalisée au
Malawi.
Sur les 177 sièges que compte le Parlement du pays, seuls neuf
sont occupés
par des femmes. "C'est une situation inquiétante que nous devons
changer au
cours des prochaines élections générales (de mai 1999)", souhaite
Reene
Kachere, directeur général chargé du progrès des femmes politiques –
une
nouvelle organisation qui uvre pour accroître la participation
des femmes à
la politique.
L'Afrique du sud est le seul pays de la SADC dont la Constitution
comporte
une action concrète visant à assurer que 25 pour cent des sièges
parlementaires sont occupés par les femmes. L'ambassadeur de ce
pays près le
Malawi, Nthutang Carter Seleka, dit que cette disposition
"favorise
l'émancipation et la promotion de la tolérance, de l'équité et de
la
dignité".

