DROITS-USA: Un Soupçon de Lynchage Pèse sur la Mort d'une Etudiante Kenyane

NEW YORK, 9 nov. (IPS) – Les autorités fédérales américaines et
les
Kenyans-Américains concernés, exigent une enquête complète sur la
mort
mystérieuse en août d'une étudiante infirmière à Muscle Shoals
(Alabama).

Bien que l'autopsie initiale ait conclu que Catherine Mutheki,
âgée de 20
ans, s'était suicidée (en se pendant), les autorités de Muscle
Shoals disent
qu'elles attendent les résultats de l'autopsie finale pour
déterminer la
cause de la mort de l'étudiante.
Elle a disparu et est morte, tout juste après le bombardement des
ambassades
américaines à Nairobi et à Dar es Salaam, le 7 août, par des
présumés
islamistes radicaux. En outre, les suspicions suscitées par cette
affaire se
sont aggravées au point où le service fédéral des investigations
(FBI) et le
ministère de la Justice sont actuellement impliqués.
Les membres de la colonie kenyane, qui ont parlé à IPS tout en
gardant
l'anonymat, ont estimé que la pendaison de Mutheki, très peu de
temps après
la mort de plus de 250 personnes – y compris des ressortissants
américains –
dans la déflagration de Nairobi, aurait pu être un lynchage.
Au moins un des amis de Mutheki a confié à IPS que l'étudiante,
qui est
arrivé aux Etats-Unis en mars, pour apprendre l'infirmerie au
collège de la
communauté du Nord-est de Shoals, avait eu peur de cette petite
communauté
du sud et avait dit à au moins un professeur qu'elle était traquée
par
quelqu'un sur le campus.
Le FBI a formellement ouvert un dossier sur la mort de Mutheki, et
le
ministère de la Justice est sur le point de prendre bientôt une
décision
concernant une enquête de droits civils sur l'affaire, a annoncé
Martin
White, un avocat kenyan-américain résidant à New York.
Selon White, le problème est en partie dû au fait que jusqu'à
présent, la
police de Muscle Shoals n'a pas encore donné une explication
définitive sur
la mort de Mutheki, elle n'a pas non plus dit pourquoi elle a
considéré sa
mort comme un suicide.
Les responsables de la police avaient initialement supposé que
Mutheki avait
peut-être eu des difficultés financières ou des problèmes liés à
ses études.
Mais, ces arguments ont été, selon White, contrés car elle payait
très vite
ses droits d'inscription et avait d'excellentes notes.
"La police a changé son histoire sur toute la ligne", a fait
remarquer
White. Les appels répétés faits aux agents de la police de Muscle
Shoals
sont restés sans réponse, mais le directeur adjoint de la police
de la
ville, David Bradford, a dit à la presse locale que la mort de
Mutheki
"concordait avec un suicide" parce qu'il "n'y avait aucun autre
traumatisme sur le corps et aucune preuve médicale de sévices
sexuels ou de
quelque chose de ce genre".
Au moment de sa mort, Mutheki était inscrite à plein temps à des
cours d'été
à Northwest-Shoals, a rapporté Jim Silverberg, le porte-parole du
collège.
Jusqu'au lundi 10 août, elle n'avait jamais manqué un cours et
avait
toujours les meilleures notes dans toutes les matières.
Après sa dernière apparition le diman août, le cadavre de Mutheki
a été
retrouvé, quatre jours plus tard, suspendu à un arbre situé à 200
yards du
dortoir de son collège. Au cours des efforts qu'il a déployé pour
amener le
service des droits civils du ministère de la Justice à effectuer
une enquête
sur l'affaire, White a révélé que le cadavre de Mutheki était
'suspendu à un
niveau si bas qu'apparemment elle aurait pu prévenir l'asphyxie en
posant
ses pieds par terre à tout moment".
Une des amis de Mutheki, qui vit dans la ville voisine de
Birmingham, a
expliqué qu'après avoir vécu brièvement à Muscle Shoals, la
défunte avait
dit qu'elle souhaitait faire un transfert vers un autre collège et
commençait à montrer des signes de suspicion vis-à-vis de sa
communauté.
"Elle nous appelait dans des cabines téléphoniques", au lieu
d'utiliser le
téléphone se trouvant dans sa propre chambre, a indiqué l'amie.
"Elle avait
probablement peur de parler au téléphone . . . Elle traduisait
volontairement toutes les parties de ses messages électroniques en
Kiswahili
et disait qu'elle n'était pas capable de beaucoup écrire".
Tout juste deux jours avant sa disparition – à peu près au moment
du
bombardement des ambassades américaines le 7 août – Mutheki a
laissé un
message sur le répondeur automatique de son amie en disant
simplement "je
me sens menacée".
"Je crois que le mobile de cette pendaison était certainement le
bombardement de l'ambassade américaine au Kenya", a écrit White
dans une
lettre adressée au ministère de la Justice. "Après avoir lu (les
messages
sur l'Internet) au cours de cette semaine, plusieurs personnes
croyaient,
apparemment, que les ressortissants kenyans étaient les auteurs du
crime.
Malheureusement, ce n'est pas tout le monde qui comprend là-bas
que le Kenya
a été simplement utilisé parce que les terroristes ont trouvé que
c'était un
pays convenable en raison de sa situation et de ses frontières
poreuses".
Les lynchages – qui impliquaient souvent des pendaisons publiques
des
Afro-américains par des Blancs originaires du Sud, y compris des
organisations racistes telles que le Ku Klux Klan, représentaient
une grande
préoccupation aux Etats-Unis jusqu'aux années 1950. Plus
récemment, les
ministres afro-américains du Sud ont signalé une vague d'incendies
suspects
qui ont détruit plusieurs églises noires en 1996.
Alabama a eu une réputation particulièrement désagréable en
matière de
violence raciale. En témoignent le bombardement d'une église de
Birmingham
en 1964, qui a tué quatre filles noires, et le harcèlement de
certains
militants des droits civils au cours d'une marche qui allait de
Selma à
Montgomery, l'année suivante.
Depuis lors, Birmingham a changé, et les relations raciales "ne
sont plus
un problème", a confié à IPS un Kenyan-Américain résidant dans la
ville.
Cependant, Muscle Shoals, une très petite communauté isolée,
aurait bien pu
être hostile à une nouvelle venue comme Catherine Mutheki, a-t-
elle
renchéri.