DROITS-GUINEE: Les Défenseurs Des Droits Font Pression Sur Le Gouvernement

FREETOWN, 3 nov. (IPS) – Les groupes de défense des droits de
l'homme de la
Guinée, un Etat de l'Afrique de l'Ouest, font pression sur le
gouvernement
du général Lansana Conté au cours de cette période qui précède les
élections
présidentielles de décembre.

Un communiqué acerbe publié par l'Association guinéenne des droits
de
l'homme a qualifié, la semaine dernière, la situation des droits
de l'homme
sous l'actuel gouvernement de "médiocre et d'inacceptable".
Le communiqué a cité un certain nombre de présumées exécutions
politiques,
de disparitions et de tortures de détenus, d'arrestations
arbitraires et de
détentions des détracteurs du parti au pouvoir, le parti de
l'unité et du
progrès (PUP).
Au premier rang de la liste de l'association est inscrit le sort
du colonel
Giarra Traoré qui était impliqué dans un coup d'Etat en 1995 et
dont on n'a
plus entendu parler.
Plus de dix autres officiers militaires arrêtés et détenus à la
suite d'un
coup d'Etat manqué en 1996, sont aussi secrètement détenus dans
plusieurs
centres de détention dans le pays.
L'Association a dénoncé les détentions secrètes ou les
disparitions de
familles entières soupçonnées d'être des sympathisantes de
l'opposition.
Elle a lancé un appel en faveur de la libération des détenus
politiques dans
un esprit de réconciliation et de construction nationale.
La campagne a pris de l'ampleur, après le limogeage, il y a deux
semaines,
du président de l'Assemblée nationale par le parti au pouvoir. Le
président
limogé est généralement perçu en Guinée comme quelqu'un qui
critique
ouvertement la situation des droits de l'homme sous l'actuel
gouvernement.
Bien qu'il soit un membre fondateur du PUP du général Conté, le
président de
l'Assemblée, Alhadji Bubakar Diallo, a critiqué la torture des
détenus et
les détentions illégales de suspects en Guinée.
Le limogeage de Diallo est susceptible d'enrager sa puissante
circonscription électorale. En tant que Fulani, l'un des
principaux groupes
ethniques opposés à Conté, Diallo aide le PUP dominé par les Susus
à obtenir
les votes des Fulanis. "Je ne peux pas compromettre mes principes
sur
l'autel des convenances politiques", a-t-il dit aux journalistes
à Conakry,
la capitale guinéenne, après son limogeage.
"Si le fait que je dénonce certaines violations horribles des
droits de
l'homme, implique la perte de mon emploi, qu'il en soit alors
ainsi",
a-t-il déclaré.
Conté avait pris le pouvoir en 1984, à l'issue d'une lutte pour le
pouvoir,
déclenchée après la mort du dictateur guinéen Ahmed Sekou Touré.
Quatre ans plus tard, le pays a organisé les premières élections
depuis son
accession à l'indépendance en 1958. Le général s'est ensuite
transformé en
civil, il a été candidat aux élections qu'il a manipulées en sa
faveur.
Depuis lors, il a dirigé le pays d'une main de fer. Il se réfugie
dans les
camps militaires et prête peu oreille aux principes de la
démocratie.
Les rassemblements de l'opposition sont souvent violemment
dispersés par les
militants du parti au pouvoir. L'opposition n'a pas non plus le
temps
d'émission qu'elle mérite à la radio et à la télévision nationale.
Les
officiers militaires et la gendarmerie territoriale sont toujours
placés en
état d'alerte maximale pour réprimer les supporters de
l'opposition dès
qu'ils essaient de manifester dans les rues ou de mener une
campagne.
Tout récemment, Ba Mamadou, le chef du parti de l'Union pour la
Nouvelle
République (UNR), un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, a
été
brièvement détenu par les autorités pour avoir, paraît-il,
"incité ses
supporters à troubler l'ordre public".
La presse parlée de la Guinée n'a pas non plus été épargnée par la
bagarre.
Au cours de cette période électorale, les locaux des journaux
indépendants
ont été maintes fois mis à sac et leurs matériels de presse ont
été confisqués.
Au moins quatre journalistes indépendants travaillant pour
'l'Indépendant'
et 'l'il' ont été déportés, sous prétexte qu'ils sympathisaient
avec
l'opposition.
D'autres ont été détenus sans procès ou intimidés par les agents
du parti au
pouvoir. "Le climat de peur et d'intimidation règne", déplore
Abubacar
Condé, directeur de publication de l'Indépendant. "C'est très
difficile ces
jours-ci de pratiquer le journalisme en Guinée, mais nous luttons
pour le
droit du peuple et nous ne pouvons pas être intimidés".
Les partis politiques de l'opposition ne sont pas non plus
contents du refus
du gouvernement d'autoriser des moniteurs indépendants à observer
les
élections de décembre.
"Comment pouvons-nous parler d'élections démocratiques en
l'absence d'une
commission électorale indépendante et de la volonté du
gouvernement du PUP
d'autoriser les observateurs étrangers à contrôler les
élections", se
plaint Alphajor Barrie du parti du renouveau et du progrès (PRP)
qui est un
parti d'opposition.
Entre temps, l'opposition divisée de la Guinée a formé la
coordination de
l'opposition démocratique (CODEM) – une coalition de 20 partis et
de 20
associations – pour défier Conté.
"En ce qui nous concerne, le général Conté n'est pas vraiment
déterminé à
organiser des élections libres et justes", conclut Jean-Marie
Dore de la
CODEM.