ENFANTS: L'ONU Limite L'âge Des Soldats Chargés Du Maintien De La Paix

NATIONS UNIES, 2 nov. (IPS) – En renforçant sa campagne mondiale
contre le
recrutement des enfants soldats, les Nations Unies ont fixé une
limite d'âge
à leurs forces militaires de maintien de la paix.

"Nous demandons aux gouvernements fournissant ces agents de ne
pas envoyer
la police civile et les observateurs militaires de moins de 25 ans
pour
servir dans les opérations de maintien de la paix", déclare
Bernard Miyet,
sous secrétaire général des Nations Unies chargé du maintien de la
paix.
Le secrétaire général Kofi Annan, en sa qualité de commandant en
chef des
opérations de maintien de la paix, a décidé vendredi de fixer une
limite
d'âge minimum pour les agents de maintien de la paix mis à la
disposition de
l'Organisation par ses 185 Etats membres.
"Bien que nous n'ayons aucune indication selon laquelle les
gouvernements
membres ont fourni des soldats de moins de 18 ans aux Nations
Unies, cette
politique a été adoptée comme une mesure dynamique destinée à
assurer que
l'utilisation d'un personnel uniformisé par l'organisation est un
exemple
pour la police et les forces militaires du monde entier", a dit
Miyet.
Il a aussi démontré que conformément à la nouvelle décision, les
soldats des
armées nationales, loués aux Nations Unies pour les missions de
maintien de
la paix devraient de préférence avoir 21 ans, et non pas mois de
18 ans.
Le groupe de défense des droits de l'homme, Human Rights Watch
(HRW), a
qualifié la décision de "pas significatif vers un nouveau
consensus
international destiné à mettre fin à l'utilisation des enfants
soldats".
"Aucune personne de moins de 18 ans ne devrait prendre part à la
guerre,
que ce soit un membre d'une armée nationale, d'un groupe armé de
l'opposition ou d'une mission de maintien de la paix des Nations
Unies", a
déclaré vendredi Jo Becker, directeur des droits des enfants à
Human Rights
Watch.
Becker, qui est aussi le président du comité exécutif de la
'coalition
internationale chargée de mettre fin à l'utilisation des enfants
soldats, a
signalé que l'utilisation des enfants combattants "est devenue
l'un des
aspects les plus dévastateurs de la guerre contemporaine".
"Les gouvernements des nations devraient faire tout leur
possible pour
arrêter cette pratique horrible. La hausse de l'âge de
l'engagement
militaire à 18 ans est une mesure importante", a-t-elle ajouté.
Carol Bellamy, directrice exécutive du Fonds des Nations Unies
pour les
enfants (UNICEF), a déclaré qu'elle 'approuve sans réserve' la
décision
d'Annan de fixer une limite d'âge minimal aux soldats des Nations
Unies
chargés du maintien de la paix.
"C'est une grande percée pour les droits des enfants", a-t-elle
estimé en
démontrant que les programmes de terrain de l'UNICEF dans les pays
tels que
la Sierra Leone et le Rwanda soutiennent des projets de prévention
du
recrutement des enfants, et assurent leur démobilisation ainsi que
leur
réintégration dans la société.
L'UNICEF croit que cette nouvelle norme devrait être appuyée par
une
formation spécialisée sur les droits des enfants et des pees
impliquées
dans la construction, la restauration et le maintien de la paix,
comme l'a
récemment préconisé le Conseil de sécurité, a noté Bellamy.
Bellamy a signalé que la décision d'Annan favoriserait aussi les
efforts
internationaux déployés pour adopter un protocole facultatif sur
la
convention sur les droits de l'enfant, qui vise à rehausser à 18
ans l'âge
minimal de recrutement des enfants dans les forces armées et leur
participation aux hostilités.
Le groupe de travail de la commission des droits de l'homme des
Nations
Unies, qui est sur le point de finaliser ce protocole, tiendra sa
prochaine
réunion à Genève le 11 janvier. Becker a annoncé que le groupe de
travail
n'est pas jusque là tombé d'accord sur un texte, après quatre
années de
négociations.
Les Etats-Unis, avec l'appui d'un petit nombre d'autres Etats, se
sont
vigoureusement opposés à la limite – des 18 ans – fixée pour le
recrutement
militaire ou la participation aux conflits armés, a-t-elle
précisé. Becker a
aussi démontré que les Etats-Unis maintiennent leur opposition au
protocole
"malgré le fait qu'en tant que l'un des deux pays (le deuxième
étant la
Somalie) qui n'ont pas ratifié la convention sur les droits des
enfants, ils
ne seraient même pas qualifiés pour signer le protocole
facultatif".
En juin, le conseil de sécurité a publié pour la première fois un
communiqué
présidentiel condamnant les enfants pris pour cible dans les
conflits armés.
En juillet, une conférence internationale a approuvé à Rome un
traité
portant création d'une Cour criminelle internationale qui sera
autorisée à
juger comme un crime de guerre la conscription et l'utilisation
des enfants
de moins de 15 ans dans les hostilités.
Dans un rapport publié le mois dernier, Olara Otunnu, le
représentant
spécial des Nations Unies pour les Enfants et les Conflits armés,
a souligné
que "très cyniquement, les enfants ont été obligés de devenir des
instruments de la guerre, ils ont été recrutés, kidnappés et
transformés en
enfants soldats, afin de donner une violente expression à la haine
des
adultes".
"En tout", a-t-il dit, "environ deux millions d'enfants ont été
tués dans
des situations de conflit armé depuis 1987 ; par ailleurs, le
triple de ce
nombre a été grièvement blessé ou frappé d'une invalidité
permanente".
En soutenant que les enfants n'ont aucun rôle à jouer dans la
guerre",
Otunnu a signalé qu'il y a une tendance alarmante de
l'augmentation de la
participation directe et indirecte des enfants dans les conflits
armés
contemporains. Il a fait savoir que près de 300.000 enfants de
moins de 18
ans servent de combattants dans les forces armées gouvernementales
ou au
sein des groupes d'opposition armés dans les conflits actuels.
"En effet, le développement et la prolifération des armes
automatiques
légères, ont permis aux très jeunes enfants de porter et
d'utiliser des
armes", a-t-il indiqué.
Plusieurs autres enfants sont utilisés d'une façon indirecte et
plus
difficile à mesurer. Ils servent par exemple de cuisiniers,
messagers et
porteurs. "Les enfants ont également été utilisés dans les
opérations de
déminage, d'espionnage et d'attaque suicidaire à la bombe", a
indiqué
Otunnu.