WASHINGTON, 30 oct. (IPS) – Quatre organisations internationales
ont lancé
ce vendredi une campagne massive contre le paludisme, la maladie
affaiblissante qui tue environ 3.000 personnes par jour, surtout
en Afrique.
Le projet "Roll Back Malaria", initié par l'Organisation
mondiale de la
santé (OMS), le Programme des Nations Unies pour le développement
(PNUD), le
Fonds des Nations Unies pour les enfants (UNICEF) et la Banque
mondiale, a
pour objectif de réduire substantiellement les souffrances
humaines et les
pertes économiques causées par le paludisme.
En tant que coordinatrice du projet, l'OMS a annoncé que plus d'un
million
de personnes – dont 90 pour cent vivent en Afrique – meurent du
paludisme
chaque année. L'objectif global de Roll Back Malaria est de
réduire les taux
de mortalité du paludisme de moitié d'ici l'an 2010.
La phase préparatoire du projet sera mise en application en
Afrique
subsaharienne où la plupart des 300 à 500 millions de cas
cliniques se
produisent chaque année. Cette première phase du projet
quinquennal prendra
fin en décembre 1999.
Roll Back Malaria sera entrepris en partenariat avec des
organisations
internationales, des gouvernements, des institutions académiques,
le secteur
privé et les organisations non gouvernementales. Il renforcera les
services
de santé existant dans les communautés affectées et mettra au
point de
nouvelles façons de contrôler le paludisme.
Le paludisme est la principale cause de décès en Afrique. Il est
responsable
d'un décès sur quatre parmi les enfants de moins de cinq ans,
révèle l'OMS
avant d'ajouter que la maladie est une grande cause de pauvreté et
d'inégalité dans le monde. Elle affecte surtout les pauvres et
coûte aux
pays africains au moins un pour cent de leur produit intérieur
brut (PIB).
"La souffrance humaine est inacceptable, de même que la charge
économique
et les obstacles au progrès", a dit le directeur général de
l'OMS, Gro
Harlem Bruntland ce vendredi, lors du lancement du projet à New
York.
"L'Afrique et d'autres régions infectées par le paludisme lancent
un appel
auquel nous devons répondre".
Lors d'une réunion tenue 24 heures avant le lancement du projet,
Bruntland a
dit à Washington qu'au cours des visites qu'elle a effectué dans
plusieurs
pays africains l'année dernière, elle a trouvé que les dirigeants
africains
étaient prêts" . . . pour un partenariat et une alliance
mondiale, afin de
faire un effort durable pour réduire le paludisme".
"S'il n'y avait pas un réel engagement, il serait difficile de
faire cet
effort supplémentaire et d'avancer, car il faut que ce soit un
effort
soutenu", a renchéri Bruntland".
Le paludisme a défié tous les efforts d'éradication entrepris
depuis un
demi-siècle. Certains pays ont réussi à éradiquer la maladie,
d'autres n'ont
pas pu soutenir leurs efforts pendant longtemps à cause des autres
pressions
auxquelles font face leurs budgets sanitaires, a déclaré l'OMS.
Roll Back Malaria renforcera les systèmes de santé, afin de
fournir de
meilleurs soins de santé, surtout au niveau des districts et des
communautés. Il assurera également un accès adéquat auns de santé
primaires et à la formation des agents de santé.
Il encouragera également le développement de nouveaux
antipaludéens plus
efficaces et des vaccins, tout en assurant l'usage élargi des
moustiquaires
imprégnées d'insecticides.
Les moustiquaires imprégnées de pyrèthre, un insecticide
biodégradable
essayé au Burkina Faso, en Gambie, au Kenya et au Ghana, se sont
avérées
efficaces dans la protection contre les moustiques responsables de
la
transmission du paludisme. Contrairement au DDT, par exemple, les
pyréthroïdes sont dérivés d'une substance naturelle, le pyrèthre,
contenue
dans les chrysanthèmes. Le pyrèthre reste efficace pendant six à
douze mois.
Les chercheurs de l'OMS ont découvert que les moustiquaires
imprégnées ont
réduit les décès dus au paludisme d'environ 30 pour cent.
Le paludisme est actuellement un problème de santé publique dans
plus de 90
pays, où habitent au total 2,4 milliards de personnes, soit 40
pour cent de
la population mondiale, a rapporté l'OMS.
Dans le cadre de cette initiative, l'UNICEF travaillera avec des
ONG pour
attirer l'attention sur la nécessité de réduire le grand nombre
d'enfants et
de femmes enceintes que le paludisme tue. Les moustiquaires
imprégnées
seront aussi mises à la disposition des familles qui en ont
besoin.
La Banque mondiale a promis d'accroître les investissements dans
le domaine
de la lutte et de la recherche sur le paludisme, de faciliter la
mobilisation des ressources devant soutenir Roll Back Malaria, de
soutenir
la recherche sur les aspects économiques du paludisme et de
promouvoir une
participation plus efficace des ministères des Finances, de
l'Economie et de
l'Agriculture aux efforts de réduction du paludisme.
Pour sa part, le PNUD s'est engagé à créer au niveau des pays une
capacité
d'intégration de l'action de lutte contre le paludisme dans les
initiatives
nationales d'allégement de la pauvreté. Il a également promis
d'encourager
la collaboration antipaludéenne au niveau des agences des Nations
Unies dans
les pays concernés.
Au niveau mondial, le PNUD continue de soutenir un programme
spécial –
PNUD/OMS/Banque Mondiale – de formation et de recherche sur les
Maladies
Tropicales. Ce programme concerne essentiellement la fabrication
des
médicaments et des moyens de lutte contre le paludisme ainsi que
l'adaptation de la recherche aux milieux locaux.
"Les pauvres souffrent plus du paludisme", a signalé
l'administrateur des
Nations Unies Gus Speth. "La communauté internationale doit
fermement
s'engager dans ce nouveau partenariat pour développer des actions
intégrées
visant à la fois le paludisme et la pauvreté qui est son principal
terreau".

