MONROVI, 26 oct. (IPS) – Des efforts sont actuellement entrepris
pour
réunir plus de 25.000 enfants avec leurs pères étrangers qui ont
servi dans
la force ouest-africaine de maintien de la paix (ECOMOG) pendant
la guerre
civile libérienne, a annoncé une nouvelle organisation caritative
à
Monrovia, la capitale.
L'organisation caritative, connue sous le nom de 'Ecomog Children
Project
Incorporated', indique que les soldats chargés du maintien de la
paix ont
engendré ces enfants entre 1990 et 1998.
L'organisation dont le siège se trouve dans la ville nigériane de
Lagos,
précise que le contingent nigérian est responsable de 50 pour cent
de la
progéniture issue des relations amoureuses entretenues entre les
forces de
maintien de la paix et les filles libériennes qui ont survécu
grâce à leur
sexe pendant les sept années de guerre civile qu'a connu le pays.
Les 50 pour cent restants sont nés des soldats ghanéens, guinéens,
gambiens
et sierra léonais.
Teniola Olufemi, le responsable de l'organisation caritative créée
en avril,
explique que l'objectif du projet est d'établir des liens entre
les mères,
les enfants et les pères, afin que les jeunes mamans soient
assistées.
L'organisation essayera aussi de retrouver les pères disparus.
"En raison de l'absence de toute aide financière, les mères sont
de plus en
plus incapables de subvenir toutes seules au bien-être des enfants
de
l'ECOMOG", déclare Olufemi.
Plus de 85 pour cent des pères de ces enfants ont fini leur
mission et sont
retournés au pays ou à l'étranger, a annoncé Olufemi. Etant donné
que
plusieurs d'entre eux étaient mariés bien avant d'aller accomplir
la mission
de paix au Liberia, ils ne vont certainement pas sceller les liens
avec les
filles.
L'Ouganda et la Tanzanie, qui avaient à un moment donné envoyé des
soldats
au Liberia, n'ont réclamé aucun enfant né de leurs soldats.
Le Nigeria a joué un rôle majeur dans la résolution du conflit
libérien, ce
qui lui a coûté plus de la moitié des 12 milliards de dollars
américains
dépensés par la sous région depuis l'éclatement de la guerre
civile en
décembre 1989. Le Nigeria a maintenu chaque année 5.000 à 10.000
soldats au
Liberia de 1991 jusqu'au début de l'année 1998.
Conformément à la loi libérienne, un enfant né dans ce pays de
l'Afrique de
l'ouest 'des gens de couleur' (c'est-à-dire des Noirs) est
considéré comme
un Libérien jusqu'à l'âge de 21 ans. A cet âge, il décide de
choisir la
nationalité de son père ou de sa mère.
Les Libériens dont le pays a été fondé par des esclaves libérés
aux
Etats-Unis en 1822, se font remarquer par des noms occidentaux
tels que
Browne, Cooper, Gibson, Dennis, Henries, Graham, mais depuis la
guerre
civile, les enfants libériens portent actuellement des noms tels
que Dongony
aro, Babanguida, Ogandare (du Nigeria), Dumbouya, Touré (de la
Guinée) et
Kwesi, Mensah, kwame (du Ghana). Ce sont là certains héritages de
la guerre.
Les Libériens s'habituent déjà à ces noms.
Des centaines de filles libériennes ainsi que des femmes mariées
auraient eu
des liaisons avec les soldats de l'G en échange d'aliments et de
protection pendant la guerre qui a fait plus de 250.000 morts.
La plupart des filles avaient entre 13 et 16 ans. Louise Togba,
une réfugiée
au camp de Buduburam (Ghana), raconte : "Je vivais avec mon homme
après
avoir perdu toute ma famille à l'issue de l'explosion d'une
grenade. Il
était très gentil avec moi. Et je suis tombée enceinte en 1992 .
.. . à l'âge
de 16 ans".
Togba signale que les efforts entrepris pour contacter le père de
son bébé
au Ghana, n'ont rien donné car il est parti pour une autre mission
outre mer.
Selon un récent rapport publié par le Fonds des Nations Unies pour
la
population (FNUAP), les pays affectés par les guerres civiles
connaissent
une nette croissance démographique. Le Liberia et le Rwanda
enregistrent,
selon le FNUAP, 8,6 et 7,9 pour cent de croissance de leur
population
respective.
Un demi-million de Libériens, notamment des femmes et des enfants,
ont fui
vers des pays voisins entre décembre 1989 et juillet 1997, avant
la tenue
des élections multipartites dans le pays.
Les efforts déployés par le HCR pour rapatrier les réfugiés
voulant
volontairement rentrer, n'ont pas été encourageants à cause de
l'insécurité,
du manque d'emploi et d'abri au Liberia. Moins de 20 pour cent des
réfugiés
sont retournés au bercail.
Malgré les difficultés de communication dans la sous région,
Ecomog Children
Project Incorporated a exhorté à ses agents à travailler dur pour
alléger le
sort des enfants.

