MOUVEMENT DES NON-ALIGNES: L'Organisation Doit Avancer Avec Son Temps

DURBAN, 31 août (IPS) – Le mouvement des pays non alignés (MNA),
un
mouvement fort de 113 membres, doit se transformer pour faire
face aux
nouveaux défis auxquels les pays du sud sont confrontés, au risque
de
devenir un dinosaure, affirme un analyste politique.

Les délégués au 12ème sommet, qui se tient en Afrique du sud,
reconnaissent
que l'organisation a besoin de défendre la voix des faibles durant
cette ère
de marchés de spéculations monétaires effrénées et incontrôlables.
Mais, le
nouveau rôle du MNA doit être soigneusement conçu, car plusieurs
autres
organisations défendent les intérêts commerciaux et économiques du
sud.
"Le groupe des 77 et le MNA suivent plus ou moins le même
programme",
déclare Alexandra Johnston, chef du département des sciences
politiques de
l'université de Durban (Natal). "La chose la plus raisonnable à
faire
consisterait à dire que l'une de ces organisations doit
disparaître,
fusionnons-les".
"Cette conférence du MNA est la conférence de la victoire ou de
la
rupture", déclare Johnston. "Elle développe un nouvel élan ou
elle
échoue". Johnston ajoute que les deux grands défis auxquels le
MNA est
confronté, sont les relations sud-sud et les relations entre les
pays du
nord et ceux du sud.
Dans le discours qu'il a prononcé à l'ouverture du sommet le week-
end
dernier, le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Alfred
Nzo, a
rappelé à l'organisation qu'elle se trouvait à un carrefour.
"Les défis du prochain siècle sont désormais beaucoup plus
complexes", a
dit Nzo, lors du sommet. "Ils sont de nature compliquée,
potentiellement
enclins à créer des divisions, et ont une portée et une profondeur
stupéfiantes".
"Il y a beaucoup d'incertitudes concernant la façon dont nous
pouvons
amener le nid de nos traditions à se conformer à nos principes
fondateurs,
tout étant assez efficaces pour continuer à porter très haut
l'étendard
moral de notre leadership", observe le ministre sud-africain des
Affaires
étrangères.
Les jours où l'organisation était confrontée aux problèmes tels
que
l'apartheid ou le colonialisme, sont révolus. Ces problèmes ont
fait place
aux défis tels que l'impact de la mondialisation.
"Comment qualifiez-vous la mondialisation ? Quels en sont les
éléments
négatifs et positifs ?", se demande le secrétaire général adjoint
du
sommet, Abdul Minty. "Comment ont-ils été gérés par les
organisations
telles que l'Organisation mondiale du commerce et la CNUED (la
conférence
des Nations Unies pour le commerce et le développement)" ?
La libéralisation commerciale, le développement durable, la bonne
gouvernance, l'éradication de la pauvreté, la résolution pacifique
des
conflits internationaux, l'égalité des sexes et les droits de
l'homme, sont
tous des questions auxquelles les pays en développement font face.
Le MNA a été formé en 1961. C'était un mouvement des pays qui ne
s'étaient
alignés ni derrière le bloc occidental ni derrière le bloc
communiste. La
dislocation de l'Union soviétique en 1991 a posé sur la place
publique le
débat relatif à l'avenir et à l'impertinence du MNA.
Contrairement à plusieurs autres organisations internationales, le
MNA n'a
pas de secrétariat permanent, il n'a non plus aucun mécanisme
chargé de
l'application de ses décisions.
La transformation du MNA signifie également qu'il doit se
démarquer de l'ère
des discours généraux qui n'engagent personne et qui évitent la
confrontation entre les Etats membres, pour s'orienter vers des
déclarations
plus pragmatiques, autrement l'organe sera toujours perçu comme
une entité
qui ne fait rien que de la parlote.
"Le MNA est aussi confronté au problème de la souveraineté
nationale. Le
problème des organisations internationales est qu'elles existent
pour aider
et soutenir les Etats, mais elles sont confrontées à un dilemme
qui fait que
pour agir, elles ont besoin de passer outre la souveraineté d'un
Etat",
explique Johnston.
Cependant, l'organisation est forte par le nombre (de ses Etats
membres).
"En tant que le plus grand regroupement des Etats nations, c'est
un
important rassemblement de forums électoraux multilatéraux",
indique Minty.
"Le MNA ne va pas disparaître ou tomber dans les oubliettes tant
qu'il sera
doté d'un si grand nombre de membres".
Le 12ème sommet du MNA a commencé à Durban, la 'Mecque'
commerciale et
touristique sud-africaine, le 29 août et prendra fin le 4
septembre. Etant
donné qu'elle est le pays qui abrite la conférence, l'Afrique du
sud prend
la présidence du mouvement pour les trois prochaines années.
Dans l'ordre du jour, figurent la crise de l'endettement des pays
en
développement, les problèmes de commerce et d'investissement,
l'environnement, le désarmement, la réforme des Nations Unies et
les
opérations de maintien de la paix.