POLITIQUE-GUINEE-BISSAU: Un Pas Vers La Paix En Guinée Bissau

PRAIA, (Cap Vert), 29 août (IPS) – En acceptant de conclure un
cessez-le
feu après plus de deux mois de combats, les forces
gouvernementales de la
Guinée Bissau et les mutins ont franchi un pas vers la paix dans
ce pays
déchiré de l'Afrique de l'ouest.

Le 27 août dernier, les belligérants de la Guinée Bissau ont
conclu un
cessez-le-feu, à Praia, la capitale du Cap Vert, sous la houlette
de la
Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)
et de la
Communauté des pays de langue portugaise (CPLP).
L'accord signé prévoit entre autres, la formation d'un
gouvernement élargi,
le respect par toutes les parties des institutions et de la
légalité
constitutionnelle, le maintien de leurs positions militaires
respectives à
la date d'entrée en vigueur de l'accord.
En application de cet accord, l'aéroport Osvaldo Vieira a été
rouvert au
trafic, afin d'assurer l'acheminement de l'aide humanitaire, la
fourniture
de l'appui logistique à la mission d'observation du cessez-le-feu.
L'accord prévoit le déploiement d'une force d'interposition et
d'observation
dont la nature et la composition devront être définies. Le
Sénégal a
proposé la création d'un corridor de sécurité à sa frontière avec
la Guinée
Bissau.
Certains réfugiés commencent à retourner chez eux, après la
signature du
cessez-le-feu.
Les différentes parties et les médiateurs se retrouveront les 11
et 12
septembre prochain à Abidjan, en Côte d'Ivoire, pour se pencher
sur les
modalités pratiques de l'application de cet accord.
Le conflit a éclaté en Guinée Bissau en juin dernier, lorsqu'une
insurrection des soldats loyaux à l'ancien chef d'état major de
l'armée
Bissau guinéenne, Ansumane Mane, a été organisée pour protester
contre le
limogeage de ce dernier.
Ansumane avait été radié par le président Jao Bernardo Vieira, qui
l'a
accusé d'avoir organisé un trafic d'armes vers les rebelles
sénégalais de la
Casamance.
Le Sénégal et la Guinée équatoriale sont impliqués dans ce
conflit, pour
avoir envoyé des troupes sur place à Bissau, afin d'aider le
pouvoir de
Vieira à venir à bout de la rébellion.
Le cessez-le-feu du 27 août vient après la signature d'une trêve,
le 26
juillet dernier, entre les représentants du gouvernement Bissau
guinéens et
les militaires insurgés, grâce à la médiation du groupe de
contact de la
communauté des pays de langues portugaises (CPLP).
A terme, le cessez-le-feu qui a contribué à décrisper
l'atmosphère en
Guinée Bissau, devrait mener à une paix définitive.
C'est une ambiance conviviale qui a caractérisé les négociations
entre les
délégations du gouvernement Bissau guinéen et de la junte
militaire
autoproclamée, conduites respectivement par le ministre des
affaires
étrangères par intérim de la Guinée Bissau , Joao Cardoso, et le
lieutenant
colonel Emilio Costa, représentant Ansumane Mane, chef des mutins.
Les deux délégations ont fait le déplacement de Praia dans le même
avion.
"Nous avons voyagé dans une atmosphère conviviale car nous nous
connaissons tous pour avoir fait les mêmes études emanquons pas
de
discuter quand nous nous retrouvons", confie Joao Cardoso,
sourire aux lèvres.
Pendant le déjeuner qui a rassemblé parties prenantes et
médiateurs à
l'hôtel "Tropico" de Praia, on pouvait les voir, assis à la même
table ou
discutant en aparté, à quelques encablures de la piscine de
l'hôtel.
"Les gens étaient si décontractés que cela m'aurait bien étonné
que cette
réunion ne débouchât sur quelque chose de positif", confie un
journaliste
présent à la cérémonie.
L'unique note sombre des pourparlers demeure la querelle de
leadership
observée entre la CPLP et la CEDEAO. Une réunion urgente tenue
dans le
palais de l'Assemblée nationale capverdienne, avait pour but
d'harmoniser et
de coordonner les efforts des médiateurs pour trouver une solution
durable à
la question du leadership entre la CPLP et la CEDEAO.
Au cap vert et dans beaucoup de pays lusophones, on pense qu'il
revient à la
CPLP de poursuivre et de se porter garante de la médiation.
En réalité, les divergences entre les deux communautés se sont
cristallisées
autour de la formule de règlement du conflit. La CPLP a toujours
prôné une
solution interne qui ne concernerait que les mutins et le
gouvernement
Bissau guinéen. Du côté du Sénégal et de la CEDEAO, la faveur va
vers une
solution sous-régionale qui inclurait les mutins, la CEDEAO, le
Sénégal et
la Guinée équatoriale, parties prenantes dans ce conflit, et enfin
la CPLP.
"Nous sommes favorables à une collaboration des médiateurs ainsi
qu'à une
rationalisation des moyens et à l'élaboration d'un agenda
concerté. Mais
nous espérons que la rencontre de Praia sera un déclic car nous
somme
confrontés en ce moment à un problème de leadership dans la
médiation",
confie Joao Cardoso.
Le ministre des Affaires étrangères du Cap vert a essayé
d'apaiser la
tension, en soulignant l'importance des deux institutions dans le
règlement
des conflits.
"La CEDEAO joue un rôle très important en intervenant dans les
conflits en
Afrique ainsi que dans la médiation dans le conflit Bissau
guinéen. Comme
elle, nous ne sommes guidés que par le souci d'instaurer le plus
rapidement
la paix en facilitant le dialogue entre les deux parties", a
affirmé José
Luis Jésus, ministre des Affaires étrangères du Cap vert.
Le même souci d'apaisement a été noté chez Amara Essy, ministre
ivoirien
des Affaires étrangères et de la coopération internationale,
intervenant au
nom de la CEDEAO.
"La Guinée Bissau étant membre à part entière de notre
communauté, la
libre circulation des biens et des personnes n'est possible
qu'avec la paix.
C'est pourquoi il nous est apparu nécessaire d'y étendre notre
zone de
compétence", a dit Amara Essy.
"Mais la CEDEAO n'est pas une machine de guerre et nous nous
félicitons de
l'émergence de la CPLP sur la scène internationale à l'instar de
la
Francophonie et du Commonwealth, tout comme nous la félicitons
pour le rôle
qu'elle a joué dans la signature de la trêve. La CEDEAO ne cherche
pas la
concurrence avec la CPLP, mais la coordination des efforts".
Chez les mutins Bissau guinéens, le propos est optimiste.
"Cette réunion coïncide avec un moment crucial dans le processus
de la
médiation chez nous. La CEDEAO et la CPLP vont se concerter pour
arriver à
une coordination de leurs ef en faveur de la paix ", confie le
lieutenant colonel Costa, chef de la délégation de la junte.
Joao Cardoso affirme qu'il faut "éviter les médiations
parallèles"
"La question de la coordination, au niveau des médiations est
fondamentale
car il nous faut éviter autant que possible les médiations
parallèles,
essayer de rationaliser les moyens. Nous espérons que la CEDEAO
qui a le
mandat des Nations Unies pour le maintien de la paix dans la sous
région
s'entendra avec la CPLP".
Cette querelle de Leadership n'a pas, pour autant, empêché la
signature de
l'accord de cessez-le-feu.
Jaime Gama, ministre des affaires étrangères du Portugal, qualifie
ce
résultat d'un "exemple pour les relations internationales"
"La CPLP et la CEDEAO ont réussi à se mettre d'accord dans un
climat
d'entente positif. Nous avons maintenant le but de consolider le
cessez-le-feu par une médiation conjointe pour ainsi obtenir la
réconciliation des frères ennemis en Guinée Bissau et aussi
parvenir à des
relations apaisées entre la Guinée Bissau et ses voisins", a
déclaré Jaime
Gama.
" C'est une grande réussite internationale car les deux
organisations ont
fait preuve d'une grande maturité et d'un grand sens de la
responsabilité.
C'est un exemple pur des relations inter nations modernes", a-t-
il ajouté.