OUAGADOUGO, 01 juin (IPS) – Alors que le Ghana, le Togo et le
Bénin
connaissent une petite amélioration avec la reprise des pluies, la
crise
énergétique qui secoue l'Afrique de l'Ouest depuis près de trois
mois
continue de faire des dégâts, au Bukina Faso où elle demeure
actuelle.
Le Ghana, le Togo le Bénin et le Burkina Faso vivent au rythme des
délestages suite à l'assèchement des eaux du barrage d'Akossombo
(au Ghana),
qui alimente les trois premiers pays en énergie électrique. La
décrue des
eaux du barrage de Bagré, au Burkina Faso a atteint cette année un
seuil où
il ne peut produire suffisamment d'électricité.
La mauvaise pluviosité enregistrée l'année dernière et cette année
a mis à
sec les principaux cours d'eau de la région, compromettant ainsi
la
production de l'électricité dans la sous région. En 1997, les
quantités
d'eau reçues dans la sous-région ont accusé un déficit par
rapport à la
moyenne annuelle.
"En 1997, nous n'avons eu que la moitié (d'eau) de ce qu'on avait
d'habitude. Nous sommes donc obligés de délester", Eugène Meda,
directeur
de la SONABEL, la société d'électricité du Burkina Faso.
Avec le retour des pluies au début de ce mois, les populations du
Togo, du
Bénin et du Ghana connaissent une réduction des heures de
délestage.
D'autres mesures comme la dotation des groupes électrogènes
fonctionnant 24
heures à Cotonou au Bénin et Lomé au Togo, ont contribué à réduire
la crise.
Mais on déplore le manque de mesures durables comme l'utilisation
de
l'énergie non hydraulique, à l'instar de l'énergie solaire.
Si dans les autres pays de la région la situation semble
s'améliorer avec la
reprise des pluies il y a quelques semaines, le Burkina Faso reste
encore
dans le noir faute de mesures efficaces et l'absence de pluies
dans ce pays.
Tous les secteurs de la vie sont touchés par la crise. Les
chauffeurs de
taxi de la capitale burkinabé n'en finissent pas de maudire cette
crise qui
prive les stations d'essence de l'électricité nécessaire pour
faire tourner
les pompes.
Aussi il n'est pas rare de voir un taxi vert, stationné dans un
coin de rue,
alors que le chauffeur, bidon à la main, sillonne les quartiers à
la
recherche d'une pompe manuelle. Malheureusement pour eux,
plusieurs stations
ont des difficultés à revenir au système manuel.
"Ils auraient dû prévoir des systèmes mixtes (automatique et
manuel) en
prévision des coupures d'électricité", s'indigne Adama Traoré
chauffeur de
taxi. "Notre pays ne produit pas suffisamment d'électricité alors
que nous
voulons copier les pays développés qui, eux, ont plus de moyens".
"Maintenant, je garde un peu d'essence dans un bidon au cas où il
n'y
aurait pas d'essence à coté de l'endroit où je me trouve", dit
Traoré. Les
gérants de station sont tout aussi affectés par cette fâcheuse
pénurie
d'électricité qui dure depuis des mois. "Nous avons des
problèmes", dit
Sylvain Sanou, gérant de station.
Le programme de délestage de la Socé Nationale d'Electricité du
Burkina
(SONABEL) se fait par groupe de secteurs. Pour les uns, le
délestage se fait
de 9h à 12h dans la matinée, pour d'autres de 14h à 17h et 19h à
21h.Mais
ces horaires sont loin d'être respectés. Les coupures sont plus
longues dans
la pratique.
La conséquence économique du délestage ne s'est pas fait
attendre. Faute
d'électricité, plusieurs services tournent au ralenti. Certaines
usines de
la zone industrielle de Kossoko tournent un jour sur deux.
Par exemple, la Cimenterie du Burkina (CIMAT), qui détient le
monopole de la
production et de la distribution de ciment, n'arrive plus à
honorer ses
engagements. Les commerçants en ont profité pour faire de bonnes
affaires
sur le dos des consommateurs mal organisés, livrés à leur propre
sort. Le
prix du sac de 50 kg de ciment, qui était de 4000 F CFA, a franchi
la barre
de 5000 F CFA en trois mois de pénurie d'électricité.
Quant à la Société des fibres et textiles du Burkina (SOFITEX) qui
commercialise le coton burkinabé, elle enregistre une perte
équivalant à 33
jours de travail d'égrenage du coton (graine), dans ses usines.
Contre toute attente, les responsables de la SONABEL déclarent que
ces
désagréments ne relèvent nullement de la responsabilité de leur
société.
"Cela pourrait être paradoxal, mais la SONABEL n'est nullement
responsable
de ces dégâts occasionnés. Nous sommes franchement désolés pour
ces
désagréments mais c'est un phénomène naturel qui nous met dans
cette
situation", soutient Eugène Meda, directeur de la société.
Pour palier au plus pressé, les sociétés, mais aussi certains
ménages
s'offrent des groupes électrogènes qui se vendent comme des petits
pains.
Depuis le début du délestage en mars dernier, une société de la
place a
vendu près de 15 groupes électrogènes (petits et moyens) dont les
prix
varient entre 5,8 et 14 millions de F CFA. Cela n'arrive pas
souvent.
"Plusieurs services ne peuvent pas s'offrir un groupe. Alors nous
faisons
de la location. Nous avons loué à la Caisse Nationale de Sécurité
Sociale
(CNSS) un groupe à raison de 30 000 F CFA par jour", dit
Ouangraoua,
directeur d'une société de vente de groupes électrogènes.
Les autorités du Burkina Faso ont acheté quatre groupes
électrogènes, déjà
fonctionnels, d'une puissance totale de 16 mégawatts, l'équivalent
du
déficit actuel à Ouagadougou.
La SONABEL, envisage également de construire en 1999, une
nouvelle unité de
30 mégawatt avec la fourniture de 10 mégawatts dès les premiers
instants.
Tenant compte d'une demande sans cesse croissante, une
interconnexion entre
les réseaux ivoirien et burkinabé est en cours de réalisation pour
faire
bénéficier le Burkina du potentiel énergétique de son voisin. Dans
ce cadre,
les deux principales villes du pays, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso
seront
connectées d'ici l'an 2000-2001.
"Mais nous devons d'abord compter sur nos propres forces en
développant les
ressources nationales, car un proverbe de chez nous dit : 'Si tu
dors sur la
natte du voisin, tu dors à terre"'.
Ainsi, sur la rivière Bougouriba, un barrage de 12 mégawatts sera
érigé à
Diebougou (225km au Sud-Ouest de Ouagadougou) grâce en grande
partie à des
investisseurs sud-africains. L'électricité produite sera
transportée à
Ouugou pour satisfaire la demande de plus en plus élevée d'une
population sans cesse croissante.
Quelque un million d'habitants peuple la capitale de ce pays
enclavé et
consomme 45 mégawatts par jour. Le parc énergétique du Burkina
comporte une
dizaine d'installations thermiques diesel et deux ouvrages
hydroélectriques
: Bagré (sur le Nakambe, ex-Volta blanche) et Kompienga (dans le
sud).
"Ces réservoirs, à leur niveau le plus bas jamais enregistré,
contribuent,
en année normale pour 30% à la production nationale d'électricité
et 50 en
année humide comme ce fut le cas en 1994", souligne Meda.
Le débat sur l'électricité ne semble préoccuper qu'une poignée
seulement de
Burkinabé, car cette source énergétique demeure un luxe au pays
des hommes
intègres. Même dans les zones urbaines, seulement 33,8% seulement
des
ménages l'utilisent contre 0,1% dans les zones rurales.
"L'électrification ne concerne encore que quelques villes, encore
que
beaucoup de ménages urbains ne peuvent s'abonner à cause des prix
très
élevés des branchements et du kilowattheure -73 F CFA-", indique
Mathias
Sanou, démographe.
Un nombre important de ménages, essentiellement en milieu urbain
utilisent
des lampes tempêtes, des lampes torches ou des moyens
rudimentaires tels que
la paille ou le bois pour s'éclairer.
Dans cette crise qui frappe la région, le Burkina Faso a été
accusé par ses
voisins de rétention des eaux de la Volta (fleuve qui coule aussi
au Ghana),
avec la construction d'un barrage d'irrigation sur ce cours d'eau.
Mais le Burkina avait rejeté ces accusations, en poursuivant,
malgré tout,
les travaux de construction du barrage d'une capacité de 200
millions de
mètre cube d'eau.
La crise énergétique et les régulations sur l'usage des fleuves
et rivières
de la sous-région, pourront être débattues au cours du sommet des
chefs
d'Etat de l'Organisation de l'Unité Africaine qui se tient du 1er
au 10 juin
à Ouagadougou.

