ENVIRONNEMENT: Les écologistes dénoncent la loi sur le commerce avec l'Afrique.

WASHINGTO, 29 mai (IPS) – Les environnementalistes américains se
joignent à
d'autres organisations non gouvernementales (ONGs) pour lutter
contre un
projet de loi destiné à promouvoir le commerce et les
investissements
américains en Afrique.

Depuis que "l'acte relatif à la croissance et aux opportunités
commerciales en Afrique" a franchi le cap de la chambre des
représentants
en mars dernier, plusieurs groupes locaux se sont battus pour
bloquer son
passage au Sénat, le seul obstacle l'empêchant de devenir une loi.
Les environnementalistes du Sierra Club et de 'Les amis de la
terre' arguent
que ce projet de loi "réduira la protection de l'environnement"
et fera la
promotion des industries telles que les mines, le bois et
l'agriculture
d'exportation, qui "menacent les écosystèmes et les petits
fermiers".
"Cette loi imposerait aux pays d'Afrique subsaharienne de
nouvelles
conditions économiques extrêmement dures et exposerait la région à
l'exploitation des multinationales. Malheureusement, elle ne
prévoie rien
pour assurer le développement durable dont les peuples africains
ont besoin
de toute urgence", a écrit Carl Pope, directeur général du Sierra
Club,
dans une lettre adressée aux sénateurs cette semaine.
Ce projet de loi fera l'objet d'une discussion au Sénat en juin.
Il a pour
objectif de promouvoir le commerce et les investissements
américains en
Afrique subsaharienne. Les liens économiques actuels entre les
Etats-Unis et
les pays de la région subsaharienne sont minimes. En 1996, les
exportations
américaines vers la région ont été évaluées à 6,1 milliards de
dollars
seulement, soit environ un pour cent du total des exportations
américaines.
Les importations de l'Afrique se sont élevées à 15,2 milliards de
dollars,
soit environ deux pour cent de toutes les importations
américaines. La
grande partie des échanges commerciaux entre les Etats-Unis et
l'Afrique
s'effectue avec un petit nombre de pays, notamment l'Afrique du
sud, le
Nigeria ainsi que l'Angola, le Gabon et le Ghana.
Soucieux d'accroître ce nombre, Clinton a fait la promotion du
projet de loi
au cours de sa visite au Ghana, en Ouganda, au Rwanda, en Afrique
du sud et
au Sénégal, en mars. Depuis lors, les groupes de promotion des
droits de
l'homme et du commerce, ainsi que les environnementalistes, ont
qualifié le
plan "d'acte de recolonisation de fait".
Même le président sud-africain Nelson Mandela a répliqué que ce
projet de
loi est inacceptable. "C'est une question sur laquelle nous
émettons de
sérieuses réserves", a-t-il dit lors de la visite de Clinton en
Afrique.
Entre autres dispositions, le projet de loi élargit le nombre de
produits
africains pouvant bénéficier de près de 50 pour cent du régime
hors taxe,
dans le cadre du système généralisé des préférences. Ces
réductions
budgétaires et fiscales réduiraient les dépenses relatives à la
protection
environnementale et sanitaire, affirme Carl Pope du Sierra Club.
"Sans de solides garde-fous environnementaux, les nouveaux
investissements
ers suivraient certainement le modèle établi par les compagnies
étrangères telles que Royal Dutch Shell, dont les opérations de
forage des
puits de pétrole dans l'Ogoniland (au Nigeria), ont provoqué une
dégradation
généralisée de l'environnement, et sont liées à des graves
violations des
droits de l'homme perpétrées par le gouvernement militaire", a
écrit Pope
dans le message qu'il a envoyé aux sénateurs.
Les organisations de protection de l'environnement ont aussi
contesté les
conditions d'éligibilité des pays désireux de bénéficier du
programme. La
section quatre du projet exige que le président s'assure
annuellement que
chaque pays participant "s'engage à ne pas commettre de
violations
flagrantes des droits de l'homme reconnus sur le plan
international, et a
fait ou, plutôt, fait constamment des progrès pour établir une
économie de
marché".
Le projet définit 12 points concernant la conformité à ce progrès.
Ces
points incluent la réduction des tarifs et des barrières
commerciales, la
recherche de l'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce et
l'application des programmes d'ajustement structurel du Fonds
monétaire
international (FMI).
L'application de ces mesures pourrait affaiblir la protection de
l'environnement et accroître la pression "d'une activité
économique
incontrôlée" sur l'environnement, déclarent les groupes
écologiques.
"La libéralisation des investissements exposerait, par exemple,
les vastes
forêts humides tropicales de l'Afrique centrale à l'exploitation
excessive
des riches compagnies étrangères de bois", a écrit Pope. "Les
taux de
déforestation de la région, déjà supérieurs à ceux du Brésil,
augmenteraient
très certainement par voie de conséquence".
Les Amis de la Terre, dans le cadre d'un réseau environnemental
international comprenant des organisations au Bénin, en République
démocratique du Congo, au Ghana, au Kenya, en Sierra Leone et au
Togo,
pensent que le projet mettrait en place, entre les Etats-Unis et
l'Afrique,
un accord commercial défavorable à l'environnement, sur la base de
l'accord
nord-américain de libre-échange.
Les groupes écologiques ont accusé cet accord entre le Canada, le
Mexique et
les Etats-Unis d'encourager une "chute" des pays qui
brandissent des lois
écologiques ou essaient de les mettre en application pour attirer
des
investissements étrangers.
"Nous approuvons l'aide du gouvernement américain ainsi que les
investissements et le commerce privés, qui font avancer la
démocratie et le
développement durable dans les nations africaines, mais ce projet
combine
les pires aspects des accords commerciaux hostiles à
l'environnement et au
travail", a écrit Brent Blackwelder, président des Amis de la
Terre, dans
le message envoyé aux décideurs en mars, avant le passage du
projet à la
chambre des représentants.
D'autres ONGs importantes, y compris Transafrica et Public
Citizen,
désapprouvent une autre disposition du projet qui permettrait aux
pays
éligibles d'exporter du textile et des appareils sans bénéficier
d'un quota
ni d'un régime hors taxe. Les groupes en question disent que cela
favoriserait les intérêts des multinationales et des investisseurs
étrangers
aux dépens des pauvres d'Afrique.
Bien qu'une section du projet stipule que les Etats-Unis sont
intér9s par
le "développement durable" de l'Afrique, les
environnementalistes pensent
que cette loi ne fait rien pour promouvoir la protection de
l'environnement
qui est perçue comme la clé de ce développement.
"Les auteurs du projet semblent dire que le renforcement de la
protection
de l'environnement se produira comme une conséquence inévitable de
l'intensification des activités économiques", déclare Carl Pope
du Sierra
Club. "Les recherches économiques montrent que la pollution aura
tendance à
s'accentuer jusqu'au moment où les pays atteindront un niveau de
revenu par
habitant plus élevé que les taux typiques de revenus en cours en
Afrique".
Au lieu de promouvoir le développement durable, Pope déclare que
le projet
"réduirait davantage le capital naturel des forêts vierges, de
l'air propre
et des sols fertiles de l'Afrique, et cela diminuerait les chances
des
futures générations africaines".