BENIN-POLITIQUE: Statu quo sur la Promotion des Femmes Dans les Institutions de l'Etat.

COTONO, 26 mai (IPS) – Le nouveau gouvernement formé ce mois-ci,
par le
chef de l'Etat béninois, M. Mathieu Kérékou, compte quatre femmes
sur 18
ministres, contre une seule dans l'ancienne équipe. Mais de
nombreux
observateurs affirment que cela ne constitue pas un exploit, mais
marque
plutôt une stagnation dans la promotion des femmes aux postes de
responsabilités.

Lorsque le 15 mai, tard dans la nuit, la liste officielle du
nouveau
gouvernement a été rendue publique par les médias d'Etat, nombreux
étaient
les Béninois qui ont été surpris par le grand nombre de femmes
dans cette
équipe, contre une seule dans la précédente, Mme Marina d'Almeida
Massougbodji, qui est l'un des trois ministres de l'ancienne
équipe à avoir
conservé son poste.
Certains citoyens, y compris des journalistes, avaient affirmé que
ce nombre
constituait “un record” dans l'histoire politique du Bénin. Mais
avant
Kérékou, un autre président avait déjà atteint ce record de quatre
femmes au
gouvernement.
En effet, le dernier cabinet de l'ancien président Nicéphore Soglo
comptait
déjà quatre femmes ministres jusqu'à l'élection présidentielle de
mars 1996
qu'il a perdu face à Kérékou soutenu par une coalition d'une
trentaine de
partis politiques.
Selon Mme Adissoda Gisèle da Martha, vice-présidente de la
Fédération des
associations des femmes béninoises," Kérékou n'a pas réalisé un
record en
nommant quatre femmes ministres, il a tout simplement rejoint le
dernier
gouvernement de Soglo qui comptait déjà quatre dames".
" Kérékou doit nommer davantage de femmes pour battre ce
record", a-t-elle
ajouté.
" Le président Soglo était lui aussi parti de deux femmes
ministres dans le
gouvernement de transition (1990-1991) quand il était Premier
ministre,
avant d'en arriver à trois, puis à quatre à la faveur des
remaniements
ministériels, au cours de son mandat présidentiel de cinq ans
(1991-1996), a
rappelé Adissoda, défenseur du principe de la parité entre hommes
et femmes
dans l'occupation des fonctions publiques.
Les quatre femmes du dernier gouvernement de Soglo étaient
respectivement
Mmes Véronique Lawson, ministre de la Santé, Sikira Aguêmon,
ministre du
Commerce, de l'Artisanat et du Tourisme, Félicienne Guinikoukou,
ministre de
la Culture et de la Communication, et Grâce d'Almeida Adamon,
ministre de la
Justice et de la Législation.
Les dames promues par Kérékou détiennent les portefeuilles de la
Santé, de
l'Education nationale, de la Condition féminine, et du Commerce.
La seule
femme du cabinet précédent de Kérékou, Mme Massougbodji, a
conservé le
ministère de la Santé, amputé cependant des attributions relatives
à la
Protection sociale et à la Condition féminine, ont été confiées à
une autre
dame, Mme Ramatou Baba-Moussa. Médecin, Mme Massougbodji est
professeur
agrégé de cardiologie à l'Université nationale du Bénin (UN0
C'est là que réside l'exploit de Kérékou. En effet, c'est pour la
première
fois, depuis la Conférence des nations unies sur les femmes et le
développement tenue en 1995 à Beijing en Chine, que le Bénin crée
un
ministère de la condition féminine à part entière. Dans le dernier
gouvernement, la condition féminine était fusionnée avec le
Minitère de la
Santé.
La deuxième femme nommée ministre, Mme Baba-Moussa, est une
ancienne
institutrice devenue administrateur. Elle a en charge le ministère
de la
Protection sociale et de la Condition féminine, qui apparaît
finalement
comme une véritable création, ces deux attributions étant quelque
peu
marginalisées dans l'ancien département de la Santé.
Mme Baba-Moussa a déclaré à la presse locale, au lendemain de sa
nomination,
avoir toujours ” lutte pour la promotion de la femme dans notre
pays “. Pour
elle, les femmes béninoises sont ” marginalisées ” alors qu'elles
représentent 52 % de la population du pays. Elle a exprimé
l'espoir de voir
les ” femmes prendre leur destin en main “.
Le portefeuille de l'Education nationale et de la Recherche
scientifique,
est détenu par Mme Conceptia Ouinsou, haïtienne d'origine et
béninoise par
le mariage. Professeur agrégé de droit a l'Université Nationale du
Bénin,
elle était aussi, en plus de sa fonction d'enseignante, présidente
de la
section béninoise du Forum africain d'aide à l'éducation des
jeunes filles
dont le siège est à Nairobi, au Kenya.
Prenant fonction à la tête de son ministère, Mme Ouinsou que les
étudiants
ont surnommée ” dame de fer ” à l'université, a tout de suite mis
un accent
sur sa méthode de travail: une large consultation de toutes les
parties
poursuivant le même but, la rigueur et la fermeté dans l'exécution
de toutes
les décisions arrêtées, ainsi que la transparence dans la gestion
du
personnel et des biens publics.
Mme Marie-Elise Gbèdo, nommée ministre du Commerce, de l'Artisanat
et du
Tourisme, est la quatrième femme ministre de l'actuel
gouvernement. Elle a
une quarantaine d'années et est avocate. ” Ne me prenez pas comme
un patron
ni comme un politique, mais comme quelqu'une que …Dieu a
désignée …. pour
l'édification de la maison du commerce, de l'artisanat et du
tourisme “,
a-t-elle déclaré le jour où elle prenait fonction.
Spécialiste du droit des affaires et benjamine des quatre femmes
ministres,
elle est vice-présidente de l'Association des femmes juristes du
Bénin.
Bien connue comme une grande féministe et un ardent défenseur des
femmes,
elle est aussi secrétaire générale de l'Union des Avocats du
Bénin, puis
membre du comité exécutif, et déléguée pour le Bénin de
l'Association des
jeunes avocats de l'Afrique de l'Ouest.
En dehors de Mme Baba-Moussa qui est chef d'un parti politique (le
RDD-Nassara non représenté au Parlement) et de Mme Massougbodi
(proche du
Parti social-démocrate du président de l'Assemblée nationale, M.
Bruno
Amoussou), Mmes Ouinsou et Gbèdo font partie des cinq
représentants de la
société civile dont les Béninois apprécient assez bien l'entrée au
gouvernement.
Toujours selon Mme Adissoda, la première femme à entrer dans un
gouvernement
du Bénin, depuis l'indépendance du pays en 1960, est Mme Rafiatou
Karimou
nommée en 1989 ministre de la Santé par Kou quelque six mois
avant la
Conférence nationale de février 1990 qui a mis un terme au régime
militaro-marxiste et a débouché sur le processus démocratique en
cours
depuis lors.
Mme Adissoda a cependant révélé qu'au cours d'un séminaire
organisé par la
Fédération des associations des femmes béninoises en 1994, celles-
ci avaient
interpellé deux des anciens présidents du Bénin -MM. Hubert Maga
et Emile
Derlin Zinsou invités à la rencontre pour se justifier sur
l'absence,
pendant longtemps, des femmes au sein des gouvernements.
A la suite de cette interpellation, a ajouté Mme Adissoda, deux
des dames
participantes à la réunion ont reconnu avoir été proposées
ministres, au
début des indépendances, mais qu'elles n'avaient pas accepté
l'offre. La
première, Mme Véronique Ahouamènou, aurait refusé la proposition
du
président Maga (1960-1963) parce que son mari était déjà membre du
même
gouvernement.
La seconde dame, Mme Justine Béhanzin, aurait décliné l'offre du
président
Justin Ahomadégbé (1964-1965), estimant que le moment n'était pas
encore
venu pour elle d'exercer la fonction de ministre.
La revendication, de nos jours, dans plusieurs pays africains, de
la parité
dans l'exercice des fonctions politiques, prouve bien que les
femmes
d'Afrique ont fait beaucoup de chemin.
Mais leur représentation dans les sphères de prise de décision
reste minime.
La Cour constitutionnelle du Bénin par exemple, dont les sept
membres ont
été nommés le week-end dernier pour cinq ans, compte désormais
deux femmes
contre une seule dans l'équipe précédente. Mme Elisabeth Pognon
Ekoué, 61
ans, ancienne présidente de l'institution, la seconde étant Mme
Clotilde
Mèdégan Nougbodé.
Le mandat de Mme Pognon a été renouvelé par l'Assemblée nationale,
alors que
quelques jours auparavant, la presse béninoise faisait état de
bruits
persistant sur sa volonté de se retirer. Des bruits renforcés par
un
entretien en tête-à-tête de près de deux heures, qu'elle a eu, une
semaine
avant le renouvellement de son mandat, avec le chef de l'Etat, M.
Kérékou.
L'opinion publique pense que le chef de l'Etat et le président du
Parlement,
M. Amoussou, ont fini par convaincre Mme Pognon – ancien magistrat
admise à
la retraite- de rester encore à la Cour constitutionnelle pour
cinq
nouvelles années (1998-2003). Au cours de son premier mandat (1993-
1998),
Mme Pognon a été bien appréciée en sa qualité de présidente de la
cour au
Bénin, mais aussi a l'étranger, notamment en Allemagne ou elle a
été décorée.
En tout cas, le renouvellement de son mandat a été globalement
approuvé dans
le pays ou la cour a accompli un travail de qualité pendant les
cinq
dernières années, avec rigueur et impartialité, notamment au cours
des
élections législatives de 1995 et de la présidentielle de mars
1996. En
effet, la cour, en plus de son rôle de contrôle de la
constitutionnalité des
lois, vérifie et proclame les résultats de ces deux scrutins.
Mme Mèdégan, magistrat en exercice et seconde femme nommée, elle
aussi, par
le Parlement, est, à 45 ans, la benjamine de la Cour
constitutionnelle où le
plus âgé est le premier président du Bénin, M. Hubert Maga, 82
ans. Le
Parlement
nomme quatre des sept membres de la cour et le chef de l'Etat
désigne trois autres.
Du côté de l'Assemblée nationale, on compte six femmes sur 82
députés dont
trois appartiennent au Parti du renouveau démocratique de l'ancien
Premier
démissionnaire, M. Adrien Houngbédji, deux à la Renaissance du
Bénin
(opposition, parti de l'ancien président Soglo) et une au Front
d'action
pour le renouveau et le développement (un parti membre de la
coalition au
pouvoir).
Enfin, deux autres institutions prévues par la constitution du
Bénin – le
Conseil économique et social ainsi que la Haute autorité de
l'audiovisuel et
de la communication- comptent chacune une seule femme parmi
plusieurs hommes.
L'Etat béninois ne dispose d'aucune politique nationale bien
définie pour la
promotion de la femme. Se basant sur les recommandations de
Beijing, le
ministère de la condition féminine est entrain d'élaborer un
projet de
politique de promotion de la femme, en accord avec les
organisations des
femmes. Mais ce projet est encore à l'étude.
Les organisations féminines ont également obtenu l'institution
d'un code de
la famille qui fait la part belle à la promotion et à
l'amélioration de la
condition de la femme. Ce code est actuellement en examen au
niveau de
l'Assemblée nationale.