HARAR, 11 mai (IPS) – Certains enfants portent quotidiennement
les mêmes
habits dépenaillés, mais, chaque jour, ils vont tous s'entraîner
pour
préparer le début de leur carrière de vedette au cirque.
La préparation des jeunes enfants noirs pour le cirque paraît
bizarre dans
cette nation de l'Afrique australe, surtout dans la dense commune
de Mbaré
de Harare la capitale. Mais, selon Lifati Harimedi, producteur et
directeur
artistique du projet 'Circus Mbaré, cette idée est peut-être une
innovation
en ce sens qu'elle permet de dégager les enfants de la rue.
"Circus Mbaré essaie d'enseigner une certaine compétence aux
enfants de la
rue. Nous espérons qu'ils pourront y gagner un peu d'argent et
reprendre le
chemin de l'école", déclare Harimedi, après avoir effectué une
tournée avec
l'ensemble artistique international Tumbuka Dance Troupe.
Le projet peut aussi être une "mesure préventive destinée à
empêcher les
enfants de devenir des enfants endurcis de la rue", ajoute
Harimedi. Il y a
des endurcis dans le groupe ; ceux là, Harimedi les a chargés de
former
l'orchestre devant tenir les acteurs du cirque en haleine. Ils
viennent
parfois aux entraînements dans un état d'intoxication à la colle
ou à la
marijuana, explique Harimedi.
Il y a 25 enfants, âgés de 8 à 16 ans, en cours de formation pour
le cirque.
L'orchestre est composé de six enfants.
David Christie, consultant à Streets Ahead (l'organisation non
gouvernementale qui gère le projet) signale qu'ils ont
délibérément choisi
les enfants de Mbaré "pour montrer que de bonnes choses peuvent
émerger
d'une situation difficile".
Christie précise que pour adhérer à l'initiative, les enfants
doivent non
seulement être de Mbaré, mais aussi satisfaire à deux autres
conditions.
"Il faut qu'ils vivent ou travaillent dans la rue. En plus, ils
ne doivent
pas être réguliers à l'école", affirme Christie, qui avait
travaillé dans
un cirque à Addis-Abeba, en Ethiopie, pendant près de trois ans.
Bien que la capitale zimbabwéenne ait une population relativement
faible
d'enfants de la rue, par rapport à Nairobi (Kenya) et à Addis-
Abeba Christie
prévient que si le problème n'est pas surveillé de près, il
prendra de
l'ampleur.
"On ne fait pas assez pour les enfants de la rue. Nous devons
faire plus",
déclare Christie qui est convaincu que l'idée du stie qui est
convaincu que l'idée du cirque est une occasion
pour montrer aux gens qu'ils (les enfants de la rue) ont des
aptitudes".
Selon Harimedi, le cirque présentera son premier gala en décembre
dans une
salle de spectacles située dans la banlieue du grand marché
Avondale
d'Harare, une zone où les seuls enfants de rue que l'on voit sont
ceux qui
surveillent les voitures des clients de la classe moyenne.
Avant décembre, les enfants vont améliorer leur jeu en faisant de
petites
représentations à Harare et lors du concert annuel agricole de la
ville en
août. Selon Christie, ces petites représentations sont destinées à
"aiguiser l'appétit du public en attendan l'orage s'abatte sur
Harare".
"L'objectif du spectacle de décembre est de collecter de l'argent
pour
permettre à ces enfants de retourner à l'école", indique Harimedi
avant
d'ajouter que "les enfants ne vont pas à l'école parce qu'ils ne
peuvent ni
payer les contributions scolaires ni s'acheter les uniformes".
"L'objectif est d'envoyer les enfants à l'école et de leur
enseigner un
métier, ajoute Christie. Le projet recherche actuellement des
enseignants
pour travailler avec les enfants pendant qu'ils apprennent les
actes du
cirque. Cela leur permettra de ne pas être trop faibles lorsqu'ils
retourneront éventuellement à l'école.
Goodwell Basikoro, un garçon enthousiaste qui paraît grand pour
ses 14 ans,
est le type d'enfants que le projet vise. Il a abandonné l'école
parce que
ses parents étaient tous deux malades et sans emploi à l'époque.
"Maintenant, mon père va au travail à 5 heures du matin et
revient le soir,
mais il ne gagne pas assez pour me renvoyer à l'école", précise
Basikoro.
Grâce au cirque, les enfants apprennent un certain nombre de
talents. Etant
donné que la plupart ne parlent pas couramment l'anglais, Harimedi
dit que
la langue anglaise est utilisée comme moyen de communication,
ainsi lorsque
les enfants retourneront à l'école, ils pourront suivre. L'anglais
est la
langue utilisée dans les écoles urbaines.
"Nous allons inscrire certains des enfants dans l'atelier de
musique pop
du collège pour qu'ils apprennent à jouer à la guitare et
obtiennent
d'autres aptitudes musicales", annonce Harimedi avant d'ajouter
que "nous
voulons avoir une production totale, une grande chorégraphie et de
l'éclairage".
Didymus Shumba, entraîneur des enfants en gymnastique et en
acrobatie,
déclare que bien que les enfants viennent tous les jours et sont
très
intéressés, il s'inquiète de ce qui leur arrive quand ils partent
à la fin
de la journée.
"Nous passons la journée avec eux et le soir, ils retournent dans
la rue",
indique Shumba qui joue avec un cirque appelé Zim-Zim Troupe.
"Ce serait bien si ce projet pouvait être étendu pour inclure des
centres
de d'intégration ; ainsi, les enfants pourraient avoir quelque
chose à
faire", affirme Shumba qui est aussi instituteur dans la banlieue
de
Sunningdale. Parfois, il combine les deux groupes pour "qu'ils
(ces enfants
de la rue) voient qu'il n'y a pas de différence entre eux et les
autres
enfants.
Harimedi veut à la fois changer l'idée que les gens se font des
enfants de
rue et les images négatives que les gens se font des artistes en
général.
"Les artistes, depuis les danseurs jusqu'aux peintres en passant
par les
musiciens, sont considérés comme de bons à rien, des
irresponsables et des
égarés qui fument du Mbanje et se complaisent dans l'oisiveté",
affirme
Harimedi. L'argent n'est pas bon, mais je sens que je veux faire
quelque
chose pour la communauté locale.
"A l'avenir, je peux les employer dans un groupe de danse ou bien
ils
peuvent former leur propre groupe de jeunes".

