SOUDAN-POLITIQUE: Les belligérants proposent un référendum sur le Sud-Soudan

NAIROB, 09 mai (IPS) – Les belligérants soudanais se sont
accordés pour
organiser un référendum qui décidera de l'autonomie ou non de la
région
Sud de ce pays situé au nord-est de L'Afrique.

Mais, au cours des pourparlers de deux jours qui ont pris fin
cette semaine
à Nairobi au Kenya, les représentants du gouvernement soudanais et
les
rebelles de l'armée de libération du peuple soudanais (SPLA) ont
confirmé
qu'ils sont parvenus à une impasse sur la limite exacte du sud
Soudan.
Le gouvernement insiste que les limites devraient demeurer telles
qu'elles
étaient au moment de l'indépendance en janvier 1956. En ce temps,
le Sud
était composé de trois provinces (Equatoria, Bahr el Ghazal et le
Haut Nil).
Mais maintenant, dix Etats fédéraux y ont été crées par le
gouvernement
intégriste du Général Omar Hassan al Bashir, qui s'est emparé du
pouvoir en
1989.
De l'autre côté, le SPLA exige que Abyei, la région sud du Nil
bleu et les
provinces australes de Kordofan, qui faisaient partie du sud
avant
l'indépendance, soient inscrits dans le référendum.
Les trois régions qui font actuellement partie du Nord du Soudan,
sont
contrôlées par les forces du SPLA.
Le plébiscite sera conduit à travers un référendum supervisé par
la
communauté internationale à la fin de la période transitoire qui
sera
négociée par l'IGAD, a laissé entendre un communiqué conjoint
publié après
les pourparlers de Nairobi.
"Les gens du sud Soudan vont déterminer leur sort politique
suivant deux
options, à savoir : unité ou sécession totale", indique le
communiqué.
L'autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD),
présidée par le
président kenyan, Daniel Arap Moi, regroupe le Kenya, l'Ouganda,
l'Ethiopie,
l'Erythrée, la Somalie et le Djibouti. Elle a été mandatée par
l'organisation de l'unité africaine (OUA) en vue de trouver une
solution
pacifique au conflit soudanais.
Le ministre kenyan des Affaires étrangères, Bonaya Godana, qui
assumait
l'intérim du président Moi, a recommandé l'avancement des
pourparlers. "Il
y a eu des progrès significatifs, mais pas autant que les parties
(en
conflits) auraient souhaité atteindre", a-t-il rapporté aux
journalistes.
Plusrapporté aux journalistes.
Plus de 60 représentants dont les ministres des Affaires
étrangères de
l'Ouganda, de l'Erythrée, du Kenya, du Soudan et de l'Ethiopie et
les
membres du corps diplomatique, ont assisté aux pourparlers.
La délégation du SPLA était conduite par le commandant Nhial
Deng, alors
que celle de Khartoum était conduite par le ministre des Affaires
étrangères
Moustafa Osman.
La question de l'autodétermination faisait partie de la
déclaration de
principes de l'IGAD (DOP) qui a fait bloquer les pourparlers entre
le
gouvernement et le SPLA.
Le président Daniel Arap Moi a indiqué au début de la semaine que
les
pourparlers devraient se concentrer sur P- qui inclut une
Constitution
séculaire et une distribution équitable des richesses- adoptée
par les
parties lors du sommet des chefs d'Etat de l'IGAD tenu en juillet
de
l'année dernière.
"…toute chose n'ayant aucun rapport avec la déclaration de
principes n'a
pas sa place dans les négociations" a dit Dodan.
Pendant les pourparlers, Khartoum a proposé une copie de la
Constitution
révisée qui, selon Osman, devrait satisfaire la demande du SPLA
sur
l'accommodation de tous les Soudanais sans distinction de
religion, de race
ou de croyance.
Toutefois, les exilés soudanais ont dénigré le projet de
Constitution que
Khartoum va bientôt soumettre au référendum. Une Constitution qui
évoque le
nom d'Allah (Dieu) dans chaque chapitre est en grande partie une
Constitution religieuse", a déclaré un réfugié présent aux
pourparlers.
Le prochain round des négociations aura lieu dans les trois
prochains mois à
Addis-Abeba, en Ethiopie. Les parties reprendront alors ces
négociations à
partir de là où elles s'étaient arrêtées, a annoncé Godana.
La dernière rencontre s'était soldée par un échec parce que
Khartoum et le
SPLA avaient refusé de faire des compromis.
A la suite de l'échec de la rencontre de novembre, le président
Moi avait
menacé de démissionner de son poste de président de l'IGAD si les
deux
parties n'abandonnaient pas la politique de l'intransigeance.
Cette fois-ci, l'IGAD a exercé une forte pression sur les deux
parties pour
les persuader de s'engager à trouver une solution durable au
problème du sud
Soudan.
"Nous disons fermement aux parties concernées qu'une solution
urgente est
nécessaire parce que les populations du sud Soudan, qui ont été
longtemps
ravagées par la guerre, font maintenant face à l'inanition", a
expliqué
Godana dans son discours d'ouverture.
Osman a annoncé que son gouvernement a proposé un cessez-le-feu
immédiat
pour faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire vers les
régions du sud
Soudan, qui sont affectées par la famine. "Nous avons
l'impression que le
cessez-le-feu faciliterait l'acheminement des secours humanitaires
dans la
région", a dit Osman aux journalistes, lors d'une autre
conférence de
presse tenue dans cette même ville mercredi dernier.
Cependant, le SPLA a laissé entendre que Khartoum faisait du
cessez-le-feu
une condition à remplir avant que l'acheminement des secours
d'urgence ne
soit effectif dans la région de Bahr el Ghazal où près de 400.000
personnes
ont besoin de toute urgence de l'aide alimentaire.
"Nous avons le sentiment que ce cessez-le-feu n'a jamais été
réel, mais il
s'agit plutôt d'une farce bien organisée pour tromper la
communauté
internationale", a indiqué John Luk Jok, porte-parole officiel du
SPLA.
"Nous n'allons accepter le cessez-le-feu que s'il est proposé par
l'IGAD",
a-t-il précisé.
Plus 1,5 millions de personnes – pour la plupart des non
combattants – sont
mortes dans le Sud des suites des maladies liées à la famine,
depuis que le
SPLA a lancé la guérilla, il y a 15 ans, pour exiger l'autonomie
du Sud.
Le Sud est peuplé par les noirs non musulmans qui représentent le
tiers de
la population soudanaise estimée à 30 millions de personnes.
Malgré la nature imprévisible des deux parties, les observateurs
sont
demeurés optimistes quant au prochain round des négociations.
"Nous sommes
certains que la rencontre d'Addis-Abeba débouchera sur quelque
chose", a
fait savoir un diplomate africain en poste à Nairobi.