LOM, 08 mai (IPS) – – Le Département d'Etat américain accuse le
Togo et le
Nigeria d'être une plaque tournante de la drogue en Afrique.
Dans un rapport publié le 02 mars dernier, les autorités
américaines
indiquent que "le Togo et le Nigeria sont devenus des plaques
tournantes de
l'héroïne en provenance de l'Asie du Sud-Est et du Sud-Ouest, et
en
direction de l'Europe, et même des Etats Unis d'Amérique.
"Le Togo est un point de transit de la cocaïne, haschisch et
d'héroïne. Le
trafic de la cocaïne et de l'héroïne est contrôlé par des
Nigérians et
surtout par des Gambiens… Le marché du Haschisch est dirigé par
des
gambiens, des togolais et des ghanéens…, dit le rapport.
D'après le même rapport on ne peut pas dire que le Togo produit en
grande
quantité la drogue qu'il convoie vers les USA. Mais il y a un peu
de
cannabis, une drogue pour la consommation locale. Les saisies sont
importantes. Seuls les petits trafiquants sont arrêtés alors que
les gros
trafiquants sont souvent libres de leur mouvement contre des pots
de vin.
Plus de 1000 kilogrammes de drogue en tout ont été saisis et plus
de 200
interpellations réalisées par les forces de répression d'après
l'organisme
togolais de coordination de la lutte contre la drogue, au cours de
l'année
1997. Déjà au début de l'année 1998, deux nigérians et une
togolaise avaient
été arrêtés pour détention d'un paquet de 3 kilos d'héroïnes
d'une valeur
de plus de 75 millions F CFA. Le paquet intercepté dans leur main
provenant
de la Thaïlande.
Le Nigeria, autre pays très proche du Togo est à l'origine de gros
trafics
de drogue dans la sous-région. Après avoir déclaré que le Nigeria
était la
plaque tournante du trafic illicite de stupéfiants en Afrique, le
président
Clinton a annoncé qu'il refusait de certifier que ce pays avait
coopéré avec
les Etats Unis dans la lutte contre ce trafic.
Plusieurs hommes d'affaires sont suspectés de blanchiment d'argent
de la
drogue. Certains membres de l'actuel régime seraient impliqués
dans la vente
et le trafic de la drogue. "Même des transactions financières
sont
utilisées à travers les banques togolaises pour le blanchiment de
l'argent
de la drogue", ajoute le rapport.
La collaboration entre les Etats Unis et le Togo dans la lutte
contre ce
trafic n'a pas apporté de résultats concrets.
Les Américains avaient demandé l'assistance du Togo en 1996 pour
arrêter
deux trafiquants de pour arrêter
deux trafiquants de drogue en fuite. Le gouvernement togolais a
relâché les
deux suspects, par corruption dit-on, après les avoir arrêtés sur
la base
d'un mandat d'arrêt américain.
En 1997, les responsables du gouvernement américain ont collaboré
avec le
gouvernement togolais dans l'arrestation de Musiliu Ballogun et
Tiltiola
Olubi, deux trafiquants nigérians en fuite des USA. Les deux
nigérians
responsables d'un réseau de distribution d'héroïne dans le
district de
Chicago-Milwaukee (USA) avaient fui pour se réfugier à Lomé au
Togo. Les
responsables de l'ambassade des USA ont négocié leur détention
avec les
autorités togolaises sur la base dandat d'arrêt d'une cour
fédérale du
district en question.
Les deux fugitifs avaient été arrêtés par les autorités
togolaises en
juillet 1997. Mais avant que le gouvernement américain ne puisse
réagir, le
procureur de la République les avait relâchés. Bien que
recherchés, les deux
trafiquants courent encore.
Présentement il n'y a pas d'accord entre le Togo et les USA sur le
trafic de
drogue. Le Togo est pourtant signataire de toutes les conventions
des
Nations Unis sur les produits narcotiques et de la convention
internationale
sur l'assistance administrative et mutuelle de l'organisation
mondiale des
douanes, la convention de Nairobi sur l'assistance en matière de
délit de
drogue, indique le rapport.
Du côté des autorités togolaises, le rapport 1997 du comité
national
anti-drogue (CNAD) présenté le 19 mars 1998 au cours de la réunion
annuelle
des membres dudit comité dresse un tableau sombre. L'année 1997,
selon le
CNAD est révélatrice de l'ampleur de la culture du cannabis au
Togo. 42 kg
de cocaïne et 52 kg d'héroïne ont été déjà saisis en juin 1997. Un
hectare
de cannabis a été aussi détruit en novembre 1997.
Les trafiquants nigérians de stupéfiants ont mis sur pied, dans le
monde
entier, des filières qui transportent l'héroïne d'Asie en Afrique,
dans les
anciennes républiques soviétiques et aux Etats Unis, ainsi que la
cocaïne
d'Amérique du sud en Europe, en Afrique et en Asie de l'Est. Ils
sont les
fournisseurs d'une proportion importante de l'héroïne consommée
aux Etats Unis.
"La nécessité de rapatrier les recettes de ce trafic a poussé les
trafiquants nigérians à mettre au point un système perfectionné et
souple de
blanchiment de l'argent, qui permet également de rapatrier les
recettes
provenant de la fraude financière commise par des nigérians. La
désorganisation de l'économie nigériane a contribué à créer un
vaste secteur
commercial non structuré, à l'abri de toute réglementation et bien
adapté
aux activités illicites", affirme le département d'état
américain.
Le bilan des services de répression nigérians est contrasté. La
seule force
capable de faire des progrès dans la lutte contre le trafic des
stupéfiants,
la NDLEA (Nigerian Drug Law Enforcement Agency), a vu son action
entravée
par l'absence d'un soutien politique et financier de grande
ampleur.
D'après le Major Général Musa Bamaiyi, président de la NDLEA, 2372
personnes
ont été appréhendées transportant près de 17.683 kilogrammes de
différents
types de drogues narcotiques et des substances psychotropes en
1997 ; 2143
suspects ont été arrêtés avec plus de 15.904 kilogrammes de
cannabis et 129
autres avaient en leur possession 1738 kilogrammes de différents
types de
substances psychotropes.
Le patron de la NDLEA a ajouté aussi que 60 autres personnes
arrêtées en
1997, transportaient 31,9 kilogrammes de cocaïne et 40 autres
avaient 10,49
kilogrammes d'héroïne. Au total plus de 1.327.728 kilogrammes de
chanvre
indien (marijuana) ont été récoltés et détruits au cours de
l'opération
"burn the weeds (brûler les mauvaises herbes)".

