TRAVAIL-ZAMBIE: La Tension Demeure Vive Après La Grève Des Mineurs

Lusaka, 9 nov. (IPS) – La tension est toujours vive dans la ville
minière
zambienne de Luanshya où deux personnes ont été tuées la semaine
dernière,
lorsque la police a ouvert le feu sur des mineurs qui ont
déclenché une
grève pour protester contre leurs mauvaises conditions de travail.

Certains témoins ont annoncé que l'accalmie a été rétablie dans
cette ville,
située à la frontière avec la République démocratique du Congo
(RDC), après
sept jours d'émeute déclenchée par une armée de plus de 6000
ouvriers d'une
mine de cuivre.
Lundi, au cours des troubles, un mineur a été exécuté et un bébé
d'un an a
suffoqué lorsque la police a lancé une bombe lacrymogène dans la
maison d'un
mineur, alors qu'elle essayait de disperser les émeutiers.
Un nombre inconnu de gens a également été blessé et des biens
d'une valeur
de plusieurs millions de dollars ont été pillés ou détruits par
les mineurs
furieux. Au moins trente d'entre eux ont été arrêtés.
Le chef de la police locale, Akende Mubialelwa, qui a confirmé les
exécutions et les arrestations, a condamné l'utilisation des
munitions
actives contre des civils non armés. Il a promis de discipliner
les agents
impliqués dans la fusillade.
Les troubles ont commencé dans cette ville calme lorsque les
mineurs sont
descendus dans les rues pour protester contre leurs mauvaises
conditions de
travail et le retard des allocations de logement qui ne leur ont
pas été
payées depuis le début de cette année-ci.
La grève pacifique des mineurs est devenue s'est transformée en
une tragédie
lundi lorsqu'ils ont commencé à piller des boutiques et à détruire
des biens
pour attirer l'attention de leur employeur.
Leur employeur, le groupe indien Binani, a récemment pris la
gestion de la
mine de cuivre, après sa privatisation par la grande compagnie
publique
d'exploitation minière – Zambia Consolidated Copper Mines (ZCCM) –
dans le
cadre du programme de libéralisation initié en 1992.
Le congrès zambien des syndicats (ZCTU) a condamné la fusillade.
"C'est
dégoûtant. On ne peut pas se mettre à tirer sur des gens qui
manifestent
parce qu'ils n'ont pas perçu leur salaire", a déclaré le
président du ZCTU,
Fackson Shamenda.
Il a demandé aux travailleurs de cesser de piller et de détruire
des biens.
Selon le responsable du ZCTU, ce ne sont pas seulement les mineurs
qui n'ont
pas été payés. "Les enseignants et autres fonctionnaires de
l'Etat n'ont
pas été payés pendant longtemps", a signalé Shamenda. "Le
gouvernement
doit prendre l'initiative de payer ses fonctionnaires à temps,
afin que les
investisseurs puissent suivre son exemple".
Le mois dernier, les instituteurs de Lusaka, la capitale, ont
demandé à
rencontrer le président Frederick Chiluba, après avoir passé plus
de dix
mois sans salaire.
Cependant, leur marche pacifique a été dispersée par la police qui
leur a
lancé des gaz lacrymogènes, et jeté plusieurs d'entre eux en
prison sous
prétexte qu'ils "n'ont pas suivi la procédure (normale). Les
détenus ont
été par la suite relâchés sans avoir été accusés.
"On peut disperser des émeutiers, mais on ne peut pas leur faire
oublier
leur faim. Le problème auquel le gouvernement doit faire face est
celui de
la faim. Les gens ont faim parce qu'ils ont des salaires
insuffisants, et
même quand ils perçoivent leurs salaires, ce n'est jamais à
l'heure", a
dénoncé John Mulenga, un résident de Lusaka.
Le point de vue de Mulenga a été confirmé par le président de
l'équipe
indépendante de contrôle de la Zambie (ZIMT), Alfred Zulu. "Le
degré
d'oppression et de souffrance parmi les travailleurs s'est aggravé
et a
empiré parce qu'ils pensent que le gouvernement ne se préoccupe
plus d'eux .
.. . Je ne serai pas surpris s'ils décident bientôt de se rendre
justice".
Les travailleurs zambiens ont un salaire mensuel de près de 80.000
kwachas
(environ 40 dollars), une modique somme dans un pays où un sac de
25
kilogrammes de farine de l'aliment de base coûte 20.000 kwachas
(environ 10
dollars US).
Les mineurs jurent de ne pas retourner au travail si leur prime de
logement
ne leur est pas payée.
Ils demandent aussi que soient amnistiés tous les mineurs ayant
pris part à
la grève. Ils souhaitent également que les accusations faites
contre les
responsables de leur syndicat soient retirées.
Le ministre des Mines, Syamukayumbu Syamujaye, a annoncé qu'il a
eu des
discussions avec la direction et le syndicat, cette semaine. Les
autorités
de la mine indiquent qu'elles discutent aussi avec les
travailleurs.
Syamujaye a accusé les politiciens de soutenir la grève. Mais, le
mouvement
des travailleurs, qui représente les ouvriers, a réfuté les
allégations.
Le cuivre rapporte 90 pour cent des recettes d'exportations de la
Zambie.